Visages de l'itinérance

Il faut adapter les interventions aux problématiques variées de l'itinérance.

9 Mai 2017 à 16H44

Série Acfas 2017
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université McGill du 8 au 12 mai.

L'itinérance se conjugue aussi au féminin. Photo: Istock

Depuis quelques années, le problème de l'itinérance a enfin été reconnu politiquement. Différentes mesures ont été prises pour venir en aide aux itinérants et une politique nationale a même été adoptée en 2014. À Montréal, la question a fait l'objet d'un avis récent du Conseil des Montréalaises concernant l'itinérance au féminin. «Il y a de plus en plus de subventions qui ciblent l'itinérance et on reconnaît mieux la complexité du phénomène», note Philippe Benoit-Côté, professeur au Département de sexologie et coresponsable du colloque Mise en commun sur les nouvelles réalités en itinérance au Québec: mieux comprendre pour atteindre de nouveaux sommets (11 mai).

«Sur le plan de l'intervention, il existe de nombreuses tables de concertation autour de ce phénomène, dit le professeur. Mais il n'y a pas, sur le plan scientifique, d'espace où les chercheurs qui s'intéressent à la question peuvent échanger. C'est ce que nous allons essayer de mettre en place avec ce colloque.»

Le premier axe du colloque s'attardera aux nouvelles réalités et aux multiples visages de l'itinérance: l'itinérance des femmes, liée entre autres à la violence conjugale, l'itinérance rurale, l'itinérance des autochtones, l'itinérance associée aux problèmes de santé mentale, l'itinérance des jeunes des minorités sexuelles, surreprésentés parmi les jeunes de la rue. Un projet subventionné par le CRSH depuis 2015 a  permis de tracer un portrait de ces jeunes gais, trans ou lesbiennes, indique Philippe Benoit-Côté. «Nous avons tenté de comprendre leur parcours amoureux et sexuel, et d'identifier des marqueurs expliquant leur passage à la rue: situation familiale, hébergement en centre jeunesse, etc. La question de l'homophobie ou de la transphobie est très présente dans leur milieu familial élargi. On ne parle pas nécessairement d'actes homophobes, mais d'un discours stigmatisant, jumelé à un milieu souvent négligent ou maltraitant.»

Le deuxième axe du colloque sera consacré aux paradigmes d'intervention et aux pratiques novatrices. «Sur ce point, le seul consensus qui émerge, c'est qu'il faut une diversité d'actions pour cibler les différentes problématiques associées à l'itinérance, souligne le professeur. On ne peut pas se contenter d'approches individuelles ou répressives.»

Les participants du colloque s'interrogeront également, dans un troisième axe, sur les perspectives méthodologiques et théoriques émergentes pour comprendre l'itinérance. «On dit de plus en plus qu'il faut aller vers la prévention. Mais cette idée de "prévenir" l'itinérance soulève des enjeux, entre autres sur ce que sont les facteurs de risque, sur l'amont de l'itinérance, sur la question de la marge, note Philippe Benoit-Côté. D'un côté, on reconnaît que la rue puisse être, pour certains jeunes, un espace de socialisation qui fait partie de leur construction identitaire et qui a donc des aspects positifs. D'un autre côté, il faut reconnaître qu'il y a des aspects négatifs à la rue. Mais cela nous ramène à la nécessité d'avoir des pistes d'intervention adaptées aux différentes réalités de l'itinérance.»

Plusieurs chercheurs de l'UQAM participeront au colloque, dont la professeure du Département de psychologie Sophie Gilbert et les doctorantes Caroline Baret et Anne-Marie Émard, le professeur du Département de sexologie Martin Blais et la doctorante Julie Duford.

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