Pour une science engagée

La recherche scientifique ne peut pas être neutre, soutiennent des chercheurs.

9 Mai 2017 à 17H06

Série Acfas 2017
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université McGill du 8 au 12 mai.

Image: Istock

Le modèle positiviste, qui présente la science comme l'étude objective de la réalité, est prédominant dans le système de production des connaissances. Selon ce modèle, la neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité, voire la vérité, d'une connaissance.

«Bien que relativement ancien, le débat sur la neutralité de la science demeure d'actualité et contribue à éclairer plusieurs controverses publiques», souligne Laurence Brière, chargée de cours à l'Institut des sciences de l'environnement et coresponsable du colloque Et si la recherche scientifique ne pouvait pas être neutre ! (10-11-12 mai).

Celui-ci proposera quatre axes de réflexion. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail de production des connaissances. Le second portera sur l'injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent des enjeux politiques majeurs. L'axe éthique abordera l'idée selon laquelle la doctrine de la neutralité permet à la science de se dégager de toute responsabilité face à ses effets. Enfin, l'axe sociétal traitera de l'influence des rapports sociaux et économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.

Selon Laurence Brière, «les chercheurs ont pour responsabilité éthique de s'interroger sur les valeurs morales et sociales dont ils sont porteurs et d'expliquer leur vision du bien commun.»

Le colloque abordera la remise en cause du modèle positiviste, issue principalement du champ des sciences sociales et humaines, notamment de l'histoire des sciences et des études féministes et postcoloniales. Pour plusieurs chercheurs dans ces domaines, les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel et politique dans lequel travaillent les scientifiques. «Le cadre de pensée féministe, par exemple, est porté par un projet politique d'émancipation, note la chargée de cours. Cela n'empêche pas les chercheuses féministes, historiennes ou sociologues, d'être rigoureuses et de faire de la bonne science basée sur l'observation des faits.»

Une séance, à laquelle participeront les professeurs Éric George (École des médias) et Oumar Kane (communication sociale et publique), portera sur les rapports entre critique, engagement et neutralité. Marie-Ève Maillé, professeure associée au Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE), présentera une communication intitulée «Une scientifique dans le monde de la justice ou la difficulté de témoigner des sciences sociales».

Une autre partie du colloque sera consacrée à la conciliation entre recherche et militantisme et aux enjeux épistémologiques, méthodologiques et éthiques qu'elle sous-tend. Les professeurs Jean-Marc Fontan (sociologie) et Emmanuelle Bernheim (sciences juridiques) participeront à la discussion.

«Au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l'environnement et à l'écocitoyenneté, où je suis professeure associée, nous sommes nombreux à tenter de concilier les deux postures, dit Laurence Brière. Je suis pour une science engagée, qui prend position dans les débats publics et qui contribue au développement de meilleures conditions de vie. On peut faire une science engagée en conservant son indépendance d'esprit et en évitant d'être inféodé à des intérêts économiques et politiques.» 

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