Des tics envahissants

Julie Leclerc parle du syndrome de Gilles de la Tourette à l'émission Les éclaireurs.

14 Mars 2017 à 13H59

Photo: Istock

Sursauter de la tête et claquer de la langue plusieurs fois, hausser les épaules et grimacer, japper, prononcer des mots ordinaires hors contexte, nettoyer sans fin parce qu'on a peur des microbes… Ces comportements souvent involontaires et difficiles à contrôler sont généralement associés au Syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) et au trouble obsessionnel-compulsif (TOC). La professeure du Département de psychologie Julie Leclerc s'intéresse à ces troubles de comportement envahissants, en particulier chez les jeunes. Elle en parlera à l'émission Les éclaireurs, un magazine d'information sur la santé et la consommation animé par Sophie-Andrée Blondin sur les ondes d'Ici-Radio-Canada-Première, le 15 mars prochain, de 19h à 20h.

Directrice du Laboratoire d'études des troubles de l'ordre de la psychopathologie en enfance (LETOPE) et membre du Centre d'études pour les troubles obsessionnels compulsifs et les tics (CETOCT) à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Julie Leclerc mène actuellement deux projets de recherche clinique. Le premier vise la diminution des tics et le second celle des crises de colère chez les jeunes atteints du SGT.

«D'origine neuro-génétique, le SGT et le TOC figurent dans la section "Troubles neuro-développementaux" du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5) parce qu'ils ont des conséquences sur les comportements et les émotions, note la professeure. Ce ne sont pas des troubles intériorisés, comme l'anxiété ou la dépression. Difficiles à contrôler, ils relèvent d'un déficit d'inhibition.»

Tics moteurs et sonores

Le SGT se caractérise par des tics moteurs et sonores qui se produisent de façon répétée et stéréotypée. «Il est deux à quatre fois plus fréquent chez les garçons et atteint trois à huit enfants sur 1 000», note Julie Leclerc.

Environ 15% des jeunes peuvent manifester des tics transitoires ou d’autres comportements involontaires au cours de leur développement. Les tics moteurs émis entre quatre et huit ans sont souvent des manifestations bénignes et épisodiques. «Dans le cas du SGT, précise la chercheuse, plusieurs tics moteurs et au moins un tic sonore surviennent fréquemment, durant plus d’un an, au cours de l’évolution du syndrome. L'âge moyen du diagnostic est de sept ans.»

Les parents sont d'abord alertés par des comportements hyperactifs et impulsifs, ou par des difficultés à se concentrer chez leurs enfants, ce qui les incite à consulter des spécialistes. «Le SGT et le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité ne sont pas identiques, bien qu'il existe des similitudes entre les deux», note Julie Leclerc.

Pour le moment, on ne peut pas guérir le SGT, mais il est possible de le traiter. «La thérapie cognitivo-comportementale, par exemple, ne fait pas disparaître le syndrome, mais elle peut aider les jeunes à développer des stratégies pour contrôler ses manifestations, observe la chercheuse. La thérapie ne se concentre pas sur un tic en particulier, mais sur les pensées et les émotions sous-jacentes. Les jeunes prennent ainsi conscience qu'ils ont un certain contrôle, même limité, sur leur vie. Les meilleurs résultats s'obtiennent à partir de l'âge de 10 ans.»   

Associé à l'anxiété

Moins répandu que le SGT et apparaissant surtout à l'adolescence, le TOC est généralement associé à l’anxiété. Il se caractérise par des obsessions, des compulsions ou les deux. «Les obsessions sont des pensées ou des images mentales intrusives qui surgissent à répétition et qui sont difficiles à chasser de l’esprit, souligne Julie Leclerc. Elles peuvent générer beaucoup de détresse, de la peur et des malaises.» Pour réprimer ou se débarrasser des obsessions, et ainsi diminuer l'anxiété, on se sent obligé d’accomplir des gestes répétitifs, de véritables rituels, appelés compulsions.

Il est parfois difficile de distinguer le TOC et les tics. «Ces derniers se manifestent sans lien avec l'anxiété, remarque la professeure. Les individus aux prises avec un tic ont l'impression que celui-ci leur permet de se sentir mieux physiquement, de diminuer la sensation de tension dans le corps..»

Julie Leclerc offre des formations aux enseignants pour qu'ils puissent répondre aux besoins particuliers des enfants. «Ils sont généralement peu outillés pour faire face au SGT et au TOC, parce qu'ils connaissent mal la nature de ces troubles. Cela dit, ils manifestent de l'intérêt et font preuve d'ouverture pour en savoir davantage.»

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