Entrepreneur en toits verts

Antoine Trottier a une mission: verdir cours, parois et toitures urbaines.

10 Juillet 2017 à 9H13

Série «Sur le terrain»
Des diplômés de l'UQAM qui ont fait leurs preuves répondent à 10 questions sur leur univers professionnel.

Antoine Trottier

Vous souhaitez verdir votre toit, votre cour ou l'un des murs de votre demeure? La ligne verte: Toit vert est l'entreprise qu'il vous faut! «Nous nous spécialisons dans le design, l'installation et l'entretien de toitures végétales et de murs végétaux», annonce Antoine Trottier (M.Sc. sciences de l'environnement, 10), qui a fondé l'entreprise en 2009.

Lors de ses études de maîtrise, Antoine Trottier a cofondé le Collectif de recherche en aménagement paysager et agriculture urbaine durable (CRAPAUD), dont il a été coordonnateur. «J'ai également eu la chance de travailler avec les gens du Centre d'écologie urbaine de Montréal, qui travaillaient à l'époque sur les enjeux de verdissement et de toits verts.»

C'est au retour de son second stage, effectué au Congo, qu'il a décidé de fonder sa propre entreprise. «Je n'avais pas d'emploi… alors j'ai décidé de m'en créer un!», dit-il en riant. Durant la saison estivale, La ligne verte: Toit vert emploie une douzaine de personnes. Les projets sont bien adaptés à chaque lieu, ils sont esthétiques et une attention particulière est apportée au choix des plantes.

Quelle est la plus grande qualité pour être heureux dans votre domaine?

La motivation. C'est un domaine en développement et le salaire n'est pas toujours à la hauteur des heures travaillées. Mais c'est un travail gratifiant qui concorde avec mes valeurs. Je crois en l'amélioration de notre environnement et je souhaite rendre la ville plus belle, plus vivante, plus écologique.

Votre plus grande réussite?

La ferme sur le toit du Palais des congrès, réalisée par le Laboratoire sur l'agriculture urbaine (AU/LAB), dont je suis membre, est une grande fierté. Inclure des plantes comestibles dans des murs végétaux est un projet emballant, réalisé en collaboration avec les chefs des restaurants aux alentours. C'est emballant !

Un faux pas qui vous a servi de leçon?

Suivre une courbe d'apprentissage est inévitable quand on lance sa propre entreprise. Dans le domaine des phytotechnologies, la limite entre ce qui touche à la construction et à l'aménagement paysager est parfois mince… ou illogique! Il faut vérifier quel type d'ouvrier peut réaliser telle ou telle tâche, car les réglementations et les salaires peuvent varier grandement. C'est une réalité à laquelle j'ai dû m'adapter rapidement.

Un bon coup d'un compétiteur que vous auriez aimé faire?

Le mur végétal de la Maison du développement durable est très intéressant. Il combine l'esthétisme et l'amélioration concrète de la qualité de l'air du bâtiment. J'aurais aimé réaliser ce projet !

La dernière tendance dans votre secteur?

Les aménagements naturels. Sur la côte Ouest, par exemple, on ne met pas de plantes sur les toits verts: on laisse la végétation s'installer et on s'assure uniquement qu'il n'y ait pas d'arbres qui y poussent. On prône le moins d'intervention humaine possible. Du côté des murs végétaux, la tendance est à la purification de l'air. On ne veut pas uniquement enjoliver l'environnement, mais aussi le rendre plus sain.

Et ce qui est définitivement dépassé?

Trop de plantes à entretenir… Le toit vert cadre bien avec cette philosophie, car il n'est pas toujours facilement accessible et l'on ne veut pas y grimper chaque semaine pour l'entretien. En ce qui concerne l'aménagement, on vise un look organique, à l'opposé du jardin français, trop symétrique et complexe à entretenir à long terme.

Sur la scène nationale ou internationale, qui est le «gourou» de l'heure?

Patrick Blanc, un Français qui a inventé le concept des murs végétaux (celui des toits verts est plus ancien et date des années 1970, en Allemagne). C'est un véritable pionnier, qui a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et qui est réellement inspirant.

Nommez une étoile montante qui vous inspire.

Jean-Martin Fortier. Je ne l'ai jamais rencontré, mais j'ai lu son excellent livre, Le jardinier-maraîcher (Écosociété, 2012). Sa démarche est très inspirante pour beaucoup de gens de ma génération qui songent à s'établir en campagne. Il offre du concret, des chiffres et sa réflexion est ancrée dans un modèle environnemental viable. De l’agriculture biologique intensive rentable et non motorisée. Très cool!

Quel est le livre qu'il faut lire en ce moment?

Il faut tout lire! Mais The Vertical Garden de Patrick Blanc est un incontournable.

Les deux principaux conseils que vous donneriez à un jeune qui commence sa carrière?

Il faut se lancer dans l'aventure par passion, car cela demande beaucoup d'énergie. Il faut toujours être ouvert aux nouvelles idées. Elles ne sont pas toutes bonnes, mais certaines oui! Il faut échanger avec les gens et ne pas s'enfermer dans des idées reçues.

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