Matinée en mode design

L'UQAM a accueilli sa première conférence Mat'Inno sur les innovations du domaine de la mode.

18 Avril 2017 à 13H52

La professeure de l'ESM Marie-Ève Faust donnait une conférence dans le cadre du petit-déjeuner-conférence Mat'Inno.Photo: Denis Bernier

Étudiants, designers, professeurs, créateurs de start-up et autres professionnels œuvrant dans l'industrie de la mode, du design ou de l'innovation s'étaient donnés rendez-vous le 13 avril dernier à l'École supérieure de mode de l'ESG UQAM dans le cadre du petit-déjeuner-conférence Mat'Inno. Organisé par le Quartier de l'innovation (QI), en collaboration avec la Jeune chambre de commerce de Montréal, l'événement matinal et décontracté propose depuis 2015 des rencontres avec des universitaires autour de sujets d'actualité en lien avec leur expertise. Rappelons que l'UQAM est membre et Grand partenaire du Quartier de l'innovation depuis 2016.

Tenue pour la première fois à l'UQAM, la conférence Mat'Inno du 13 avril avait pour thème Mode et design et réunissait les professeures Marie-Ève Faust (B.A gestion et design de la mode, 2000) de l'École supérieure de mode (ESM), et Joanna Berzowska, vice-doyenne à la recherche de la Faculté des beaux-arts de l'Université Concordia. Les deux chercheuses disposaient d'une dizaine de minutes chacune pour présenter leurs travaux. Elles étaient par la suite invitées à participer à une période de questions animée par Madeleine Goubau (B.A. communication/journalisme, 2011), chargée de cours à l'ESM et journaliste spécialisée en mode à Radio-Canada. Le public pouvait également intervenir à la fin de l'activité.

Professeure depuis 2015 à l'ESM, Marie-Ève Faust est une spécialiste de l'anthropométrie, qui regroupe les techniques de mesure des proportions morphologiques du corps humain. Elle s'intéresse au 3D Body Scanner, qui permet de numériser le corps humain en entier et qui est l'un des outils d'anthropométrie les plus connus et les plus modernes. La professeure se penche également sur les concepts d'essayage et de tailles (Sizing and Fit).

L'asclépiade, fibre du futur?

La chercheuse a présenté un aperçu du cours «Développement de produits de mode et gestion des ventes », qu'elle donne cette session, une formation axée sur les opportunités d’affaires, l'innovation et le développement durable, mais aussi sur l’importance d’être à l’affut des nouveautés. Marie-Ève Faust et ses étudiantes mènent présentement une série de travaux innovateurs sur l'asclépiade, cette ''mauvaise herbe'' qui pousse un peu partout au Québec et que l'on surnomme la soie d'Amérique. «On se demande si l'asclépiade, cette fibre à la fois légère et chaude, pourra un jour remplacer le coton», dit-elle. La conception d'une éponge pour le maquillage, fabriquée à partir d'asclépiade, qui «possède également de superbes capacités d'absorption», et la réalisation de fils à tricoter avec la fibre comptent parmi les projets de recherche en cours.

Marie-Ève Faust a aussi profité de l'occasion pour raconter ses débuts comme candidate au doctorat en génie à Polytechnique, après sa formation en mode. «Je me suis intéressée à différents outils pour mesurer le corps humain et me suis mise à observer les gens en cabine d'essayage, puisque je voulais savoir ce qui s'y passait, explique-t-elle. Cinquante pour cent des clients rapportaient un vêtement parce que la taille n'était pas la bonne. Je me suis alors rendue compte qu'il était très difficile de trouver des vêtements à sa taille en se fiant aux étiquettes et aux différents profils de silhouettes existants. Dans la réalité, il existe une plus grande diversité corporelle.» En combinant les nouvelles technologies virtuelles aux traditionnelles cabines d'essayage, on peut arriver à des séances d'essayage plus performantes et satisfaisantes pour les clients, note la chercheuse. «Par déformation scientifique, je vois tous les êtres humains en termes de shapes», a-t-elle confié, provoquant les rires de l'auditoire.

Un vêtement qui mesure notre niveau d'énergie

La professeure associée au département de design et d’arts numériques de l’Université Concordia Joanna Berzowska s'intéresse pour sa part au textile intelligent. En collaboration avec la start-up montréalaise OMsignal, qui conçoit des vêtements technologiques pour le sport, elle a développé le Polo Tech T-Shirt, commercialisé par la marque Ralph Lauren. Le vêtement est muni de biocapteurs qui enregistrent des données biométriques afin de mieux gérer les performances et le niveau de stress. «L'objectif des produits est, entre autres, d'améliorer notre bien-être en nous permettant, par exemple, de mieux connaître notre niveau d'énergie ou de fatigue», soutient la chercheuse. En tant que directrice du laboratoire de recherche et de design XS Labs, elle conçoit des vêtements technologiques qui interagissent avec l'environnement et les individus.

Vêtements et environnement

Durant la période de questions, Madeleine Goubau a demandé aux chercheuses si les innovations du domaine de la mode entraînent une réduction des déchets. «L'impression en 3D génère moins de déchets, c'est vrai, puisqu'on fait de nombreux tests en virtuel avant d'imprimer le tissu, a fait remarquer Marie-Ève Faust. Mais nous en sommes encore aux premiers balbutiements en matière d'impression 3D.» Joanna Berzowska a pour sa part expliqué que de nombreuses recherches en cours visent à réutiliser les tissus et à donner une seconde vie aux vêtements. «Mais il est certain que l'industrie de la mode doit faire sa part et prendre ses responsabilités.»

La journaliste Madeleine Goubau en compagnie des professeures Marie-Ève Faust et Joanna Berzowska.Photo: Denis Bernier

Autre question: que fait-on avec les données obtenues des participants? Appartiennent-elles aux compagnies ayant développé les vêtements intelligents ou aux chercheurs ayant pris les mesures numérisées? Comment peut-on assurer la confidentialité de ces données? «Cela dépend des pays, a expliqué Marie-Ève Faust. Aux États-Unis, où j'ai mené plusieurs recherches avec le Body Scan, les participants devaient avoir plus de 18 ans et signer une entente. Les données sont confidentielles. Je ne peux pas, par exemple, communiquer de nouveau avec les participants afin de savoir s'il y a eu des changements au fil des ans, si le corps a évolué, ce qui est fort dommage pour une chercheuse!»

«Pour les données biométriques, c'est un peu plus compliqué parce que les technologies évoluent plus vite que les lois, a précisé Joanna Berzowska. Les lois peuvent changer à tout moment: ce qui était illégal peut devenir légal, et vice-versa. Si j'étais encore étudiante et intéressée par une carrière en mode, je penserais à m'orienter vers l'aspect juridique de l'industrie, puisque c'est un domaine en pleine ébullition, qui risque de changer pas mal de choses.»

Avant la conférence, les participants ont pu prendre le petit-déjeuner et discuter avec designers et autres créateurs de mode techno qui étaient sur place pour présenter leurs produits, dont Cinderella Garbage, qui fabrique des bijoux à partir de déchets vitrifiés (!), et Hexoskin, qui développe des vêtements équipés de capteurs enregistrant et traitant les signes vitaux. Cette dernière firme a déjà collaboré à la conception de vêtements intelligents dans le cadre de l'expédition XPAntarctik, une recherche portant sur l'adaptation du corps humain au froid réalisée par les professeurs Alain Steve Comtois et Jean P. Boucher, du Département des sciences de l'activité physique.

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