Les défis de la mixité

Pascale Gagnon-Boucher mène un projet de maîtrise dans quatre villes européennes.

13 Mars 2017 à 7H11

Vienne, capitale de l'Autriche. Photo: Istock

Quelles sont les caractéristiques d’une bonne communauté d’accueil dans un contexte de migration massive vers les centres urbains à l’échelle planétaire ? Quels sont les impacts de l’organisation urbaine sur l’intégration socio-économique des immigrants ? Quelles leçons peut-on tirer de l'expérience des villes européennes ? Ces questions sont au centre du projet de maîtrise en urbanisme de Pascale Gagnon-Boucher. La diplômée mène ce projet dans le cadre du programme 4Cities, EuroMaster in Urban Studies, offert conjointement par six universités dans quatre capitales européennes: Bruxelles, Vienne, Copenhague et Madrid.

La diplômée Pascale Gagnon-Boucher au château de Schönbrunn, à Vienne.

«Mon projet de mémoire aborde l'un des défis majeurs auxquels font face les administrations des grandes villes, dit Pascale Gagnon-Boucher. Il est aussi en lien avec mon emploi actuel à la Direction de l’habitation de la Ville de Montréal.» Détentrice d'un baccalauréat en histoire de l'art (2007) et d'un baccalauréat en urbanisme (2011), elle a obtenu un congé sans solde de deux ans de son employeur pour entreprendre une maîtrise en Europe. Elle fait partie d'une cohorte de 35 étudiants venus de partout dans le monde qui ont été admis – parmi plus de 565 candidats – au programme 4Cities, EuroMaster in Urban Studies, donné conjointement par la Vrije Universiteit Brussel et l'Université Libre de Bruxelles, l'Universität Wien de Copenhague, la Kobenhavns Universitet de Vienne, l'Universidad Complutense et l'Universidad Autonoma de Madrid.

«Il s’agit d’un programme de maîtrise en études urbaines de type Erasmus Mundus, créé en 2004 en partenariat avec le réseau des universités des capitales européennes (UNICA)», explique la diplômée. Offerts un peu partout sur la planète par des consortiums d'universités de différents pays, les quelque 140 programmes de maîtrise et de doctorat Erasmus Mundus concernent des domaines aussi variés que l’agriculture, la production industrielle, la santé, les sciences humaines et sociales ou l’informatique. Ils permettent à des étudiants de séjourner dans un pays étranger durant une session ou plus.

De Farnham à l'Europe 

Après son bac en urbanisme, Pascale Gagnon-Boucher a rapidement déniché un emploi dans la petite municipalité de Farnham, en Montérégie. «Ce fut une expérience très formatrice, dit-elle. Les équipes d'urbanistes en région sont si petites que les diplômés embauchés touchent à tout. Je suis restée trois ans et demi à Farnham, où j'ai effectué mon stage d'admission à l'Ordre des urbanistes du Québec.»  

La diplômée a ensuite obtenu un poste permanent à la Direction de l'habitation de la Ville de Montréal. «Je suis inspectrice principale en bâtiment au sein de l'équipe de l'amélioration de l'habitat, laquelle s'occupe des logements insalubres à Montréal», précise-t-elle.  

Pascale Gagnon-Boucher a reçu l'une des 12 bourses offertes par le programme 4Cities, d'une valeur de 49 000 euros pour deux ans. «Je suis vraiment privilégiée, dit-elle. Cette bourse couvre entièrement les frais de scolarité ainsi que des frais de subsistance et de transport pour voyager.»

La richesse du programme 4Cities repose sur son caractère interdisciplinaire, poursuit la diplômée. «Son contenu se situe à la jonction de plusieurs disciplines: urbanisme, science politique, sociologie, économie, gestion, architecture, design, etc.» De plus, chacune des six universités partenaires  a une approche particulière. «À Bruxelles, par exemple, les études urbaines sont rattachées à la géographie, tandis qu'à Copenhague, elles sont davantage associées aux humanités et aux Cultural Studies. À Vienne, la formation est axée sur la géographie sociale et les études démographiques, alors qu'à Madrid, l'accent est mis sur les dimensions politiques, le logement social et les questions d'habitation en général.»

Reconnu par le ministère de l’Enseignement supérieur du Québec, le programme 4Cities comporte des excursions, des cours de terrain et des rencontres avec des représentants d'organismes et d'institutions. Ses finissants obtiennent un diplôme conjoint des six universités. «C'est un programme de plus en plus populaire, note Pascale Gagnon-Boucher. Plus de 800 étudiants ont soumis leur candidature pour faire partie de la prochaine cohorte.»   

Des villes portails d'accueil

Le projet de mémoire de la diplômée portera sur les quartiers qui agissent à titre de portails d'accueil des nouveaux arrivants et sur leur rôle en matière d'intégration des immigrants. «L'idée m'est venue en lisant l'ouvrage Arrival City du journaliste Doug Sanders, qui jette un regard  sur le potentiel d'intégration sociale et économique de certains quartiers issus de l'immigration. C'est le cas, par exemple, du quartier Côte-des- neiges à Montréal. Celui-ci abrite depuis plusieurs années de nombreuses communautés ethnoculturelles ainsi qu'un important réseau de ressources communautaires, qui facilite l'intégration des immigrants.»

Pascale Gagnon-Boucher cherchera à comparer deux quartiers multi-ethniques situés dans des villes de pays différents. «Je m'intéresse à la façon dont les gens cohabitent dans ces quartiers hyperdiversifiés et, surtout, au lien entre le développement d'un sentiment d'appartenance au quartier et l'intégration dans le pays d'accueil.» Son approche relèvera de la sociologie urbaine. «Je veux examiner comment les gestes et les événements de la vie quotidienne participent à la formation d'un sentiment d'appartenance à l'échelle du quartier.»

Pour la jeune chercheuse, la mixité sociale ne va pas de soi. «L'harmonie ne se crée pas spontanément dans des quartiers où se côtoient des citoyens d'origines sociales et ethniques différentes.»

Depuis son arrivée en Europe, Pascale Gagnon-Boucher a pu observer de près la montée du populisme, favorisée notamment par la crise des réfugiés. «Les tensions sociales et politiques sont bien présentes, dit-elle. À Bruxelles, où j'ai vécu cinq mois durant mon premier semestre, les blessures causées par les attentats terroristes de mars 2016 ne sont pas encore guéries. Les équilibres politiques sont particulièrement fragiles dans certains pays, notamment aux Pays-Bas et en Flandre.»

La diplômée séjourne à Vienne jusqu'à la fin juin. De septembre à décembre, elle sera à Copenhague, puis à Madrid, de février à mai 2018. «Les mois de juin, juillet et août 2018 seront consacrés à la rédaction de mon mémoire. Je serai de retour à Montréal en octobre 2018 pour réintégrer mes fonctions à la ville de Montréal. Je pourrai alors mettre à profit mes connaissances et les résultats de mes recherches», conclut-elle.

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