La liberté académique menacée en Hongrie

La Direction de l'UQAM appuie l'Université d'Europe centrale, à Budapest.

6 Avril 2017 à 10H21

L'Université d'Europe centrale à Budapest, en Hongrie.

Le recteur de l'UQAM, Robert Proulx, a adressé une lettre au président de la République de Hongrie, Janos Ader, afin de protester contre une loi qui menace l'existence de l'Université d'Europe centrale (CEU en anglais), située à Budapest, en s'attaquant à son autonomie et à la liberté académique. La lettre a été cosignée par les autres membres de la direction de l'UQAM et l'ensemble des doyens et doyennes des facultés et école. De statut privé, la CEU est une université américano-hongroise qui opère exclusivement à Budapest tout en décernant des diplômes reconnus dans l’Union européenne et aux États-Unis, où elle est accréditée. Elle compte environ 1 800 étudiants provenant de plus de 100 pays.

Le parlement hongrois a adopté, le 4 avril dernier, une loi controversée qui prévoit notamment de priver de licence les établissements d'enseignement étrangers ayant des antennes en Hongrie et ne disposant pas de campus dans leurs pays d'origine, tout en les empêchant de décerner des diplômes sans un accord négocié au préalable. La nouvelle loi vise tout particulièrement la CEU. Dans une lettre parue dans le New-York Times, le président et recteur de cette université, Michael Ignatieff, ancien chef du Parti libéral du Canada, a déclaré que la loi permettrait au gouvernement hongrois de refuser des permis de travail à des professeurs provenant de l'extérieur de l'Union européenne et de modifier le système de visa pour restreindre le pouvoir de l'université de recruter des étudiants.

 Le 2 avril dernier, quelque 10 000 personnes, – étudiants, anciens étudiants, personnel de la CEU et supporteurs –, ont manifesté à Budapest contre le projet de loi. Plus de 500 universitaires du monde entier, dont 20 lauréats du prix Nobel, ont réclamé son retrait.

Université mondialement reconnue

Fondée en 1991 à l'initiative du philanthrope américain d’origine hongroise George Soros, la CEU a accueilli depuis 14 000 étudiants. Elle offre, en anglais, des programmes de deuxième et de troisième cycles dans diverses disciplines: sciences sociales, humanités, droit, économie, sciences de l'environnement, sciences cognitives, mathématiques, etc.

«Créée après la chute du communisme, cette université mondialement reconnue a accueilli des professeurs et a formé des universitaires de haut calibre provenant d'un peu partout à travers le monde, notamment des pays d'Europe centrale et de l'est», rappelle le doyen de la Faculté de science politique et de droit Hugo Cyr, qui suit le dossier de près. «La nouvelle loi exige que la CEU ouvre un campus aux États-Unis, qu'il y ait une entente entre le gouvernement américain et le gouvernement hongrois pour la reconnaissance de cette institution, alors que cela ne relève pas de la compétence du gouvernement américain, observe le doyen. Le régime hongrois, nationaliste et autoritaire, n'apprécie pas d'avoir sur son territoire un bastion qui défend la liberté de pensée. Face à un régime qui fait peu de cas de l'autonomie universitaire et de la liberté académique, l'ensemble des universités en Hongrie se sentent menacées.»

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