Défis d'intégration

Béatrice Halsouet s'intéresse au rôle de l'école dans le processus de socialisation de jeunes réfugiées népalaises.

21 Février 2017 à 15H22

Série Doc en poche
Un doctorat, ça ne change pas le monde, sauf que… chaque thèse peut être à l'origine d'une transformation sociale.

Béatrice Halsouet (Ph.D., sciences des religions, 2016)

Titre de sa thèse: «La double socialisation de jeunes filles "népalaises" entre famille hindoue et école québécoise en région»

Directeur: Mathieu Boisvert, professeur au Département de sciences des religions

Enjeu social: la socialisation à l'école

L'immigration en région représente un défi particulier, tant pour les villes d'accueil que pour les nouveaux arrivants. «Le rôle de l'école est primordial pour la socialisation des enfants dont les parents ont vécu une trajectoire migratoire complexe», souligne Béatrice Halsouet, conseillère pédagogique à la Commission scolaire de Laval et membre du Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora (CERIAS), dirigé par le professeur Boisvert.

La conseillère a suivi durant cinq ans le parcours de jeunes filles nées dans des camps de réfugiés au Népal de familles d'origine bhoutanaise. Elle les a accompagnées dans leur apprentissage du français dans des établissements scolaires de Saint-Jérôme.

Dans leur famille, ces adolescentes participent aux pratiques rituelles basées sur la tradition hindoue, y retrouvant ce qui caractérisait leur vie dans les camps. «Leur socialisation est liée aussi à un réseau composé de parents et d'amies du même groupe ethnoculturel, vivant dans d'autres pays, dit Béatrice Halsouet. À l'école, la socialisation se construit timidement. Les jeunes filles éprouvent des difficultés à tisser des liens avec les autres élèves. Leur rapport à l'école est instrumental: on la fréquente d'abord pour obtenir un diplôme et pour apprendre un métier. Dans un contexte d'immigration, ce sont les enfants qui portent le poids de la réussite du projet migratoire familial.»

L'organisme communautaire responsable de l'accueil des réfugiés dans la région de Saint-Jérôme a joué un rôle médiateur entre l'école et la famille. «Il a organisé plusieurs activités, qui représentaient autant d'occasions de socialisation pour les jeunes filles», observe la conseillère.

Ce qu'il faut changer

Il faut plus d'ouverture pour favoriser l'intégration scolaire, souligne Béatrice Halsouet. «Dans le cas des jeunes Népalaises, on ne peut pas leur demander de cesser de parler leur langue sous prétexte que cela nuit à leur socialisation. Toutes les recherches montrent qu'il faut donner une bonne image de la langue maternelle, une condition pour l'apprentissage d'une langue seconde.» On doit aussi donner du temps au temps. «L'intégration est un long processus. Les réfugiés ne sont pas totalement démunis. Ils sont résilients et ont une grande capacité de réussir.»

L'automne dernier, deux jeunes Népalaises sont allées visiter leur pays d'origine, dont elles ne connaissaient que les camps de réfugiés et certaines villes avoisinantes. «Quelques jours avant leur retour au Québec, elles disaient avoir hâte de revenir dans leur pays !»

 

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