«En classe!»: les joies du direct

Les étudiants en télévision bouclent leur trimestre en produisant une émission d'actualités de 90 minutes.

26 Avril 2017 à 9H14

Série En classe! 
Un journaliste d'Actualités UQAM redevient étudiant et s'immisce dans un cours offert par l'un des 40 départements et écoles de l'Université.

Les étudiants en télévision bouclent leur trimestre en produisant une émission d'actualités de 90 minutes intitulée Fraîchement pressé.
Photo :Nathalie St-Pierre

«Nous sommes en ondes dans deux minutes!», lance le chargé de cours Claude Maher avant de refermer doucement la porte de la régie. Il est 12h28 et tout le monde est fébrile. L'émission à laquelle nous assistons aujourd'hui – retransmise en direct sur les écrans disséminés à travers l'UQAM et sur Facebook Live  –  s'intitule Fraîchement pressé. Il s'agit d'un format de 90 minutes comportant des actualités, des nouvelles culturelles et sportives, un segment météo, des entrevues et des chroniques. L'émission a été concoctée d'un bout à l'autre – décors, accessoires, animation, production et réalisation – par les étudiants en deuxième année du baccalauréat en communication (création médias – télévision).

Les premières minutes sont un brin chaotiques, le temps que la réalisatrice, Joanie Beaudoin, l'assistante réalisatrice, Élizabeth St-Cyr, et l'aiguilleuse, Stéphanie Poitras-Plante, trouvent leurs marques et leur rythme. Sans jamais élever la voix, Claude Maher prodigue ses conseils. «Belle coupe! Bravo Joanie!», souligne-t-il à 12h36 après une transition particulièrement réussie. La nervosité retombe quelque peu.

L'enregistrement de l'émission est l'aboutissement d'un long processus qui a débuté en janvier dernier, au début des cours Animation, recherche et écriture télévisuelle et Réalisation multicaméra en studio. «Il y a eu des ateliers d'écriture télévisuelle, de réalisation, de mise en scène, une répétition des contenus, un enchaînement technique – pour l'éclairage, le son et le positionnement des présentateurs – et une générale», explique Benoît Prégent, l'animateur pédagogique qui fait équipe avec Claude Maher et le chargé de cours Réjean Gaudreau afin d'encadrer les 7 étudiants en animation/recherche et les 20 étudiants en production. «Aujourd'hui, nous n'avons plus grand-chose à faire. C'est à eux à performer.»

Réunion éditoriale

La réunion éditoriale a lieu dès 8 heures afin que les étudiants choisissent les sujets d'actualités à traiter. Photo: Nathalie St-Pierre

La journée a débuté à 8 heures, dans une classe équipée d'une télé et d'un enregistreur, au pavillon Judith-Jasmin. Benoît Prégent anime la réunion éditoriale en changeant les chaînes. On regarde Salut Bonjour!, RDI Matin, Sports 30  et Météomédia. Il inscrit au tableau: actualités, sports, culture. Les étudiants qui seront devant la caméra doivent sélectionner les nouvelles qu'ils retiendront pour leurs topos respectifs et en organiser le montage avec leurs collègues. Durcissement de ton entre les États-Unis et la Corée du Nord, référendum en Turquie, décès lors d'une poursuite policière, rémunération des PDG des grandes sociétés d'État, surveillance des cours d'eau à risque de débordement, les actualités ne manquent pas. Pour l'exercice, les étudiants empruntent les images aux réseaux de télévision.

Le festival Coachella, où Lady Gaga s'est produite durant le week-end, semble un sujet incontournable en culture, tout comme le sont les séries de la coupe Stanley du côté des sports. Le tableau se remplit et les discussions vont bon train. «C'est toujours le contenu du texte du présentateur qui mène, souligne Benoît Prégent à l'intention des monteurs et monteuses. Vous devez monter le topo comme on vous le demande.»

Montage et répétitions

Vers 10 h 15, nous effectuons un saut du côté des salles de montage, au troisième étage. Claude Maher se promène d'une salle à l'autre, à l'écoute. Les deux réalisatrices du jour sont en pleine discussion avec Pamela Lachance, responsable du topo sportif, et son monteur. «Je dois écrire mes interventions et les questions que me posera l'animatrice, en plus de fournir le minutage exact de tous les extraits vidéos», nous explique Pamela. Dans une autre salle, Maxence Garneau a arrêté son choix sur cinq nouvelles pour son topo sur les actualités du jour. En face de son local, Véronique Bissonnette, la présentatrice météo, répète à haute voix ses interventions en forçant un peu la note… ce qui fait rire ses collègues. Les images montées pour tous les topos seront envoyées dans le serveur central de la régie.

Benoît Prégent explique comment installer un micro-casque à une invitée.
Photo: Nathalie St-Pierre

Un étage plus bas, dans le studio adjacent à la régie, l'assistante à la réalisation répète la chronique jardinage avec Hubert Lavallée. «L'ordre des accessoires sur la table est crucial pour que tout soit fluide une fois en ondes», fait remarquer Claude Maher. Ce vieux routier de l'univers théâtral (il fut comédien, puis metteur en scène) et télévisuel (il a réalisé entre autres quelques Bye Bye  et plusieurs émissions de variétés) tente de transmettre à ses étudiants son approche calme et posée du métier. «Au début de leur baccalauréat, les étudiants travaillent sur de petites fictions en équipe de trois ou quatre, dit-il. Aujourd'hui, ils doivent travailler tous ensemble et c'est un art qui requiert une organisation irréprochable.»

Entre le studio et la régie, Benoît Prégent explique à une étudiante comment installer un micro-casque sur une invitée. «C'est un geste intime, car il faut aller sous les vêtements, mais sans jamais toucher la peau de la personne», explique celui qui a une longue expérience de régisseur de plateau. L'hiver dernier, il travaillait à Radio-Canada sur Votre beau programme et En direct de l'univers.

Mise en place

Trente minutes avant d'entrer en ondes, on est fébrile dans la loge qui sert aussi de salle de maquillage.
Photo: Nathalie St-Pierre

Nous nous pointons à midi à la loge qui sert aussi de salle de maquillage. Plus que 30 minutes avant l'entrée en ondes. Entre les retouches, les présentateurs répètent leurs textes. Dans le corridor, l'animatrice et l'assistante à la réalisation règlent les derniers détails de l'ouverture de l'émission. La réalisatrice passe en coup de vent afin de clarifier une information avec Pamela Lachance. Elles s'entendent pour modifier l'ordre de deux nouvelles de sport. Une caméraman relaie une demande entendue dans ses écouteurs: «Laurie au mixage sonore souhaite entendre tous les présentateurs parler à tour de rôle pour tester les micros.» Ceux-ci obtempèrent joyeusement.

À 12 h 20, tout le monde est à sa place, tant dans le studio que dans la régie. La réalisatrice indique à un caméraman d'ajuster son cadrage. À 12 h 26, Claude Maher s'informe: est-ce que tout le monde est prêt? «Non, les vidéos ne seront pas prêtes à temps», lui répond calmement Stéphanie Poitras-Plante à l'aiguillage. Inébranlable, le chargé de cours affirme que l'on va trouver une solution et que l'émission débute à 12 h 30, quoiqu'il arrive. «Que chacun fasse son travail et ça va bien aller», dit-il à ses troupes.

Ajustements en cours de route

Après le tourbillon des premières minutes, l'émission est sur la bonne voie. En studio, Rosalie Bycenko anime le plateau de belle façon. Lorsque Maxence Garneau amorce son topo sur la rémunération des PDG, on affiche un graphique pour appuyer sa nouvelle. «Je veux avoir le temps de lire les chiffres, ne l'enlevez pas tout de suite», indique Claude Maher à l'équipe en régie.

Le minutage est l'un des éléments-clés d'une émission en direct.Photo: Nathalie St-Pierre

Quelques instants plus tard, un reportage préenregistré est mis en ondes, et les étudiants ont quelques minutes pour reprendre leur souffle. «Ça va bien, dit Claude Maher à Joanie Beaudoin, la réalisatrice. N'oublie pas de toujours prévoir ton prochain plan de caméra. Ne te laisse pas distraire par les conversations.»

De retour en direct en studio, on passe à la chronique culturelle présentée par Flavie Melançon. La réalisatrice alterne entre la caméra en «two-shot», dont le plan inclut l'animatrice et la chroniqueuse, et celle centrée sur cette dernière. Les présentatrices doivent s'adapter et diriger leur regard vers la caméra dont le voyant rouge est allumé. Une chose plus facile à dire qu'à faire dans le feu de l'action. «Regardez comme Flavie suit bien le changement de caméra, remarque Claude Maher. Il faudrait toutefois dire à Rosalie de se déplacer un peu sur sa droite, car on la voit dans le plan.» Avertie dans ses écouteurs, l'animatrice bouge immédiatement de quelques centimètres. À l'écran, tous les détails comptent!

Changement de garde

Après 21 minutes en ondes, Joanie Beaudoin lance un vidéoclip et en profite pour passer le relais à sa collègue Émilie Dionne-Lanthier, qui assurera la réalisation du deuxième et du quatrième bloc de l'émission de 90 minutes.

Stéphanie Poitras-Plante est responsable de l'aiguillage des images.Photo: Nathalie St-Pierre

«La première journée est toujours la plus difficile», note Claude Maher pendant cette courte pause. Les étudiants répéteront en effet l'exercice le lendemain et le surlendemain. Mis à part Andréa Chevrette au titrage, Stéphanie Poitras-Plante à l'aiguillage, Laurie Carrier au mixage sonore et Kim Abel à la régie, tous les étudiants changeront de rôle pour les deux autres éditions. «Nous formons des étudiants versatiles, capables de s'intégrer immédiatement à des équipes sur le marché du travail», souligne fièrement Claude Maher. Plus tôt dans le trimestre, les étudiants ont réalisé une émission de type table-ronde. L'automne prochain, ils réaliseront deux émissions enregistrées devant public: un quiz ainsi qu'une émission de variétés.

Après la pause musicale, Hubert Lavallée présente sa chronique horticole, dans laquelle il est question de fines herbes. «Bravo Émilie! Bons réflexes!», note Claude Maher à l'intention de la nouvelle réalisatrice, qui marie habilement les différents plans de caméra entre l'animatrice, le chroniqueur et les fines herbes qu'il présente.

Nous nous transportons ensuite rue Saint-Denis, où Véronique Bissonnette attend pour faire son deuxième segment météo. Par chance, le beau temps est au rendez-vous aujourd'hui. Véronique discute avec son caméraman, Jérémy Paquet, du meilleur emplacement pour son topo. «Aucun passant ne m'a dérangée jusqu'à maintenant, mais certains prennent des photos… ils doivent penser que je suis une animatrice connue!», dit-elle en riant avant d'entrer en ondes pour livrer un topo dynamique.

Deuxième moitié d'émission

Quinze minutes plus tard, en studio, Joanie Beaudoin est de retour à la réalisation. Tandis que Rosalie Bycenko mène une entrevue avec une DJ, la réalisatrice rattrape rapidement un extrait vidéo qui n'est pas le bon et quelques instants plus tard, elle réussit une transition parfaite entre deux segments avec l'aide de ses acolytes au titrage et à l'aiguillage.

Les présentateurs utilisent en ondes des cartons rappel-mémoire avec le logo de l'émission.Photo: Nathalie St-Pierre

«On commence à retomber sur nos pattes!», affirme Claude Maher au début du quatrième et dernier bloc de l'émission, tandis qu'Émilie Dionne-Lanthier reprend le fauteuil de réalisatrice. Benoît Prégent en profite pour aller prendre des nouvelles d'Émilie Samson, responsable des réseaux sociaux, assise à l'arrière dans la régie. «Depuis deux semaines, les étudiants annoncent l'émission et essaient de susciter un "buzz", dit-il. C'est chouette!»

Lors du dernier segment culturel, on passe un extrait du spectacle de Lady Gaga pendant que Flavie Melançon commente la performance de l'artiste au festival Coachella. Claude Maher suggère à la réalisatrice de demander à la mixeuse sonore, Laurie Carrier, d'augmenter légèrement le volume de l'extrait en arrière-fond. «Entendre la musique ajoute à la qualité de l'intervention de Flavie», fait remarquer le chargé de cours à l'équipe.

À 13 h 59, l'assistante-réalisatrice annonce: «Il reste une minute à l'émission.» Trente secondes plus tard, le générique de fermeture est lancé tandis que les discussions se poursuivent dans le studio, l'animatrice et ses collaborateurs étant réunis pour un ultime plan large. La fin de l'émission suscite des réactions émotives: on applaudit, on pleure, on rit. Certains sont prompts à souligner leurs erreurs, tandis que d'autres les rassurent.

Debriefing

À 14 h 15, toute l'équipe est réunie dans le studio pour un debriefing. «Ce sont toujours des commentaires constructifs, dit Benoît Prégent. Les étudiants savent lorsqu'ils se trompent, pas besoin de revenir là-dessus. Mais on peut cibler des choses à améliorer.» C'est notamment le cas des extraits vidéos, qui ont engorgé le serveur à midi, empêchant l'aiguilleuse d'être prête à temps (le lendemain, Claude Maher mentionnera avec fierté que les vidéos étaient toutes dans le serveur à 10 h 30). La mixeuse sonore soulève aussi quelques points à améliorer pour les deux prochaines émissions. On souligne le travail de l'assistante à la réalisation et de l'animatrice par des applaudissements.

Benoît Prégent rappelle que le lendemain matin, ce sera aux réalisatrices à animer la réunion éditoriale dès 8 h. «Qui est à la météo? Qu'est-ce qu'on nous annonce? Prévoyez des vêtements pour la pluie!», avertit Claude Maher. Mais pour l'instant, le temps est aux réjouissances. Quelqu'un demande à notre photographe si elle peut immortaliser le moment. L'équipe de Fraîchement pressé a de quoi être fière! 

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