Renaissance culturelle autochtone

Le Cœur des sciences accueille l'«État des lieux sur les arts autochtones du Québec».

15 Mai 2017 à 16H06

Photo: Ondinnok

Des dizaines d'artistes et de représentants d'organismes culturels se réuniront à l'Agora du Cœur des sciences, les 17 et 18 mai, dans le cadre de l'«État des lieux sur les arts autochtones du Québec». Organisé par la troupe de théâtre autochtone montréalaise Ondinnok et soutenu par le Département de sociologie, cet événement s'inscrit dans la troisième édition du Printemps autochtone d'art, qui se déroule à Montréal depuis le 1er avril jusqu'au 22 juin.

À cette occasion, le professeur du Département de sociologie Jean-François Coté présentera les premiers résultats de la recherche «Trente ans d'arts autochtones au Québec: bilan et synthèse», menée en collaboration avec Yves Sioui Durand, directeur artistique d'Ondinnok. Ce rapport de recherche préliminaire, qu'il a réalisé en collaboration avec ses assistantes Astrid Tirel, doctorante en sociologie, et Claudine Cyr, parle d'une véritable renaissance culturelle autochtone. «La création artistique autochtone est en pleine expansion depuis trois décennies. Son essor touche à la fois les pratiques traditionnelles – arts visuels, conte, danse, musique et théâtre – et des domaines "nouveaux" pour les autochtones, comme la littérature et le cinéma», souligne le professeur.

Le rapport recense 268 artistes actifs au cours des 30 dernières années, des hommes et des femmes pratiquant sept disciplines: arts visuels, cinéma, conte, danse, littérature, musique, théâtre. «Il souligne, notamment, l'effet catalyseur dans ces disciplines de certaines figures de référence telles que Joséphine Bacon en littérature et en poésie, Alanis Obomsawin en cinéma, Yves Sioui Durand en théâtre et Florent Vollant en musique», note Jean-François Côté.

Le professeur a reçu en novembre dernier une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), dans le cadre du programme Domaines des défis de demain, pour un projet de recherche visant à brosser un portrait des productions artistiques autochtones et à examiner leur réception médiatique, critique et populaire.

«La création artistique autochtone est en pleine expansion depuis trois décennies. Son essor touche à la fois les pratiques traditionnelles – arts visuels, conte, danse, musique et théâtre – et des domaines "nouveaux" pour les autochtones, comme la littérature et le cinéma.»

Jean-François Côté,

Professeur au Département de sociologie

En quête de reconnaissance

Bien que partielles, les données recueillies jusqu'à maintenant par Jean-François Côté montrent que les programmes spécifiques du Conseil des arts du Canada destinés à soutenir financièrement la création artistique autochtone ont un effet direct sur la production. «Les premiers programmes-pilotes, apparus vers 1996, et ceux qui ont suivi ont eu un impact sur la production d'événements culturels et ont permis de soutenir des démarches artistiques, dit le professeur. Le Conseil des arts et des lettres du Québec, qui tire de la patte à ce chapitre, a annoncé qu'il planifiait à son tour la mise sur pied de programmes dédiés à la création artistique autochtone.»

Au-delà du financement, la reconnaissance de l'existence et de la valeur des productions artistiques autochtones a une importance vitale, poursuit Jean-François Côté. «Cette reconnaissance par les diverses sphères de la société québécoise  – milieux des arts, de l'éducation et des médias – demeure insuffisante», dit-il.

Membre de la nation huronne-wendat, le dramaturge, metteur en scène et cinéaste Yves Sioui Durand dit observer un important décalage entre le Québec et le reste du Canada. «Combien d'expositions ou de rétrospectives d'artistes autochtones contemporains vivant au Canada ont été présentées par le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée d'art contemporain et le Musée des beaux-arts de Montréal au cours des 30 dernières années ? Poser la question, c'est y répondre.». Du côté des arts vivants – danse, théâtre – peu de créations autochtones ont été diffusées à Montréal et en région, poursuit le dramaturge. «Cela illustre la marginalisation, voire la discrimination systémique, dont les arts autochtones font l'objet. Les Autochtones représentent pourtant le socle identitaire du Québec et du Canada. Tant et aussi longtemps que ce constat ne sera pas fait, la réconciliation et le dialogue seront difficiles.»

Une rencontre historique

L'«État des lieux sur les arts autochtones du Québec» constitue un moment historique, affirme Yves Sioui Durand. «Pour la première fois, des artistes des Premières Nations provenant de divers horizons se rassembleront pour faire le point sur la présence des arts autochtones au sein de la société québécoise, dit-il. Au moment où on célèbre le 150e anniversaire de la confédération canadienne et le 375e de Montréal, les artistes autochtones comptent présenter une série de recommandations pour un meilleur appui de la part des différents paliers de gouvernement.»

Des représentants de divers organismes culturels (théâtre, musées, cinéma) ainsi que des conseils des arts du Canada, du Québec et de Montréal seront présents à la rencontre à titre d'observateurs.

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