Histoire sur le terrain

À la demande de la communauté, des étudiants documentent l'histoire du site occupé par les Habitations Jeanne-Mance.

5 Septembre 2017 à 16H21

On a trouvé un plan montrant qu'il y avait un verger où l'on cultivait des pommiers à l'emplacement où se trouvent aujourd'hui les jardins communautaires des Habitations Jeanne-Mance. Photo: Corporation d'habitation Jeanne-Mance

Chaque année, les Loisirs Saint-Jacques et la Corporation d'habitation Jeanne-Mance (HJM), qui gère le complexe d'habitations à loyer modique situé à la frontière du campus, organisent une grande fête pour les résidents. À l'occasion du 375e anniversaire de Montréal, les deux organismes ont eu l'idée d'inclure un volet historique à la fête et, pour réaliser ce projet, ils se sont dit qu'il y aurait bien quelques historiens à l'UQAM pour les aider. C'est pour répondre à cette demande que la professeure du Département d'histoire Joanne Burgess a créé le cours Activité sur le terrain. Faire de l'histoire avec la communauté, qui a permis à quatre étudiants, au cours de l'été, de retracer l'histoire du site occupé par les HJM.

«Ce cours intensif, qui s'adressait aux étudiants de baccalauréat de deuxième et de troisième année, consistait à faire une vraie recherche sur le terrain en réponse aux besoins exprimés par nos partenaires des Habitations Jeanne-Mance, explique Joanne Burgess. C'est une formule innovante, qui demande beaucoup d'autonomie de la part des étudiants.»

La professeure et les étudiants ont eu quelques rencontres avec leurs partenaires afin de visiter le complexe et de préciser le mandat qui leur était confié: retracer l'histoire des lieux où les HJM ont été érigées à la fin des années 1950, selon huit thématiques qui ont été réparties entre les étudiants. «Des pistes et des ressources pour explorer ces thématiques étaient fournies aux étudiants, mais ceux-ci devaient faire leurs propres contacts pour avoir accès à des archives, dit la professeure. Pour ceux qui sont intéressés par la recherche, c'était très formateur.»

Les sujets de recherche proposés aux étudiants étaient variés. Le territoire occupé aujourd'hui par les HJM était-il un territoire de chasse avant la colonie? À partir de quel moment y sont apparus les premiers bâtiments? À qui appartenaient les terrains? Quel était le mode de vie des gens qui y vivaient pendant la période précédant le grand feu de Montréal, en 1852?

Sensibilité aux communautés culturelles

«La population actuelle des Habitations Jeanne-Mance est très diversifiée, dit Joanne Burgess, et une sensibilité aux communautés culturelles s'est reflétée dans les sujets que l'on nous avait demandé d'explorer. D'ailleurs, le thème de la fête était "Terre d'accueil".»

Les étudiants devaient se pencher sur l'expansion industrielle de Montréal, au début du 20e siècle, et sur l'impact de l'immigration massive sur ce secteur de la ville. Ils devaient aussi décrire la période précédant la construction des HJM et les habitants du quartier dans les années 1950. Un autre thème, traversant le 20e siècle, concernait le développement social dans le quartier et ses organismes communautaires, en particulier l'histoire des Loisirs Saint-Jacques, un organisme fondé par cinq mères de famille des HJM en 1968.

Une écurie, un verger…

Les étudiants ont passé l'été à fouiller des archives et des éléments iconographiques. Ils ont fait toutes sortes de découvertes. «Entre autres, nous avons découvert qu'il y avait sur la rue Hôtel-de-Ville une écurie abritant les chevaux du journal La Patrie, situé un peu plus bas, rue Sainte-Catherine, raconte Joanne Burgess. Les chevaux servaient à la livraison du journal.»

On a aussi trouvé un plan montrant qu'il y avait un verger où l'on cultivait des pommiers à l'emplacement où se trouvent aujourd'hui les jardins communautaires des Habitations Jeanne-Mance.

Veronika Brandl, une étudiante qui a fait le cours, s'est intéressée, en particulier, à l'empreinte laissée par la communauté chinoise dans le secteur. «Cette communauté était installée un peu plus bas, près de la rue De La Gauchetière, mais elle tenait plusieurs commerces dans le quartier: buanderies, restaurants, petits commerces de détail. On le voit très clairement sur les photos d'époque», dit-elle.   

Bien d'autres communautés issues de l'immigration – la communauté juive, entre autres, mais aussi les communautés grecque, italienne, portugaise – ont marqué le territoire. «On voit que le Montréal multiculturel existait déjà à l'époque», souligne l'étudiante.

Entre Red Light et vie familiale

Dans ses recherches Veronika Brandl s'est aussi penchée sur la vie du quartier dans les années 40 et 50. «Ce territoire avait la particularité d'être un quartier résidentiel au centre-ville, dit-elle. D'un côté, il y avait le Red Light, avec ses gargotes et ses salles de jeux, mais il y avait aussi une vie familiale de jour, avec ses petits snack-bars et les enfants qui jouaient dans les rues.»

L'étudiante a adoré son été sur le terrain. «Nous répondions à des questions qui suscitaient la curiosité de nos partenaires et nous pouvions vraiment leur apporter des réponses, avec une constante rétroaction», témoigne-t-elle.

En plus de leur rapport de recherche, les étudiants devaient préparer des textes de vulgarisation destinés à apparaître sur des panneaux qui seront installés sur le site lors de la fête. «À partir d'un élément historique, d'un personnage, d'un lieu ou d'une anecdote, ils devaient trouver le moyen de communiquer leurs résultats de recherche», explique Joanne Burgess.

La professeure se dit, elle aussi, très satisfaite de l'expérience. «Pour les étudiants, c'était très motivant de sentir que leur travail servait à quelque chose, qu'il était utile et apprécié.»

La fête «Terre d'accueil», qui célébrera l'histoire et les cultures du territoire des Habitations Jeanne-Mance, aura lieu le samedi 9 septembre, de 14 à 21 heures, au parc Toussaint-Laverdure, sur le site des HJM.

Partenariat UQAM-Habitations Jeanne-Mance

Joanne Burgess a été approchée pour ce projet dans le cadre de discussions qui avaient lieu entre l'UQAM et la Corporation d'habitation Jeanne-Mance et qui ont récemment mené à la création de deux nouveaux fonds à la Fondation de l'UQAM. Le premier, le Fonds Jeanne-Mance, vise à offrir du soutien financier à des projets convenus et réalisés conjointement par l’UQAM et les HJM. Ces projets peuvent provenir de toutes les facultés. Le deuxième, le Fonds de bourse Jeanne-Mance, viendra en aide à des personnes résidant aux Habitations Jeanne-Mance qui désirent poursuivre des études universitaires à temps plein à l’UQAM en offrant une ou des bourses pour défrayer en tout ou en partie leurs frais de scolarité.

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