Esclavage et silence

La Galerie de l'UQAM présente les œuvres troublantes de l'artiste écossais Graham Fagen et du duo artistique Pauline Boudry & Renate Lorenz.

23 Février 2017 à 17H43

Graham Fagen, «The Slave’s Lament», 2015, image tirée de la vidéo, installation audio et vidéo à 5 canaux, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste. 
 

La Galerie de l’UQAM présente du 23 février au 8 avril l'exposition The Slave’s Lament / Complainte de l’esclave de l’artiste multidisciplinaire Graham Fagen et l'installation filmique Silent, du duo d'artistes berlinoises Pauline Boudry & Renate Lorenz.

Graham Fagen est l'un des artistes contemporains les plus influents de l’Écosse. L’artiste de Glasgow combine la vidéo, la performance, la photographie, la sculpture, le texte, la musique et la botanique. Présentée pour la première fois au Canada, l'exposition individuelle The Slave’s Lament / Complainte de l’esclave propose un ensemble d’œuvres sur les thèmes de l’esclavagisme et de l’implication écossaise dans le sort des populations africaines déportées dans les Caraïbes au 18e siècle. Les dessins présentant l’aspect de masques ou de portraits, les photographies de paysage marin ainsi que l’imposante installation vidéographique et musicale réunis dans cette exposition explorent les tensions et les émotions provoquées par le colonialisme et la traite des esclaves noirs. Alors que les manifestations de réconciliation et de rédemption se multiplient par rapport à l’asservissement économique et à l’oppression culturelle des peuples, le questionnement national et identitaire de Graham Fagen s'impose avec une rare pertinence.

Ode à l'identité

L’installation intitulée The Slave’s Lament, qui constitue le cœur de l’exposition, renvoie à un poème lyrique de 1792 attribué au poète national écossais Robert Burns. Interprétée par le célèbre chanteur reggae Ghetto Priest, qu’accompagnent des musiciens du Scottish Ensemble, The Slave’s Lament nous hante par sa mélodie poignante et le récit troublant d’un Sénégalais contraint à l’exil. Graham Fagen a filmé de près le chanteur et les musiciens, puis morcelé les temporalités pour recomposer de manière épique une ode à l’identité, celle qui nous est léguée, qui nous est usurpée ou que l’on adopte

Le commissariat de l'exposition, présentée dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, est assuré par la directrice de la Galerie de l'UQAM Louise Déry. Une publication est prévue pour l’automne 2017.

Événements gratuits

AfroScots

Une programmation spéciale accompagant l'exposition regroupe des films, des vidéos et des œuvres sonores réalisés par des artistes noirs  ─ Rayanne Bushell, Irineu Destourelles, Kapwani Kiwanga, Tako Taal et Alberta Whittle  ─ qui ont, maintenant ou dans le passé, vécus, travaillé, exposé ou étudié en Écosse. La sélection des œuvres est assurée par Mother Tongue, un duo de commissariat de Glasgow fondé en 2009. Le public aura l’occasion d’échanger avec les commissaires et avec l’artiste Graham Fagen, qui sera présent le samedi 25 février, à 13 h, au CDEx (salle J-R930).

Visites commentées

Deux visites commentées de l'exposition en compagnie de la commissaire Louise Déry auront lieu les jeudis 2 mars, à 12 h 45, et 30 mars, à 17 h 30.

Conférences de Charmaine Nelson et de Jennifer Carter

L'événement sera animé par Louise Déry le lundi 27 mars, à 17 h, à la Galerie de l’UQAM.

Silent / Le silence comme posture critique

Pauline Boudry & Renate Lorenz, «Silent», 2016, image tirée de la vidéo, installation avec film HD, 7 min. Avec l’aimable permission des artistes.
 

En collaboration avec le Centre d’art contemporain de Genève, la Galerie de l'UQAM présente Silent, une installation filmique de Pauline Boudry & Renate Lorenz, deux artistes basées à Berlin qui proposent des installations cinématographiques et des performances revisitant des documents du passé, des photos, des partitions ou des films. L'installation fait partie des 27 œuvres inédites produites en 2016 dans le cadre de la Biennale de l’image en mouvement. Cette première collaboration s’inscrit dans une démarche de diffusion internationale de cet événement majeur qui se distingue de la plupart des biennales existantes en ce qu’il est constitué exclusivement d’œuvres nouvelles, toutes produites par le Centre d’art contemporain de Genève et ses partenaires.

Une musique silencieuse…

Présentée dans une salle d’une blancheur immaculée, Silent débute par l’interprétation de la pièce 4’33'' (Four thirty-three) écrite en 1952 par le compositeur expérimental John Cage; un morceau souvent décrit comme «quatre minutes trente-trois secondes de silence», qui est en fait constitué de sons de l'environnement, et structuré par trois mouvements principaux. Convenant à n’importe quel instrument, la partition indique à la personne qui la performe de ne rien jouer pendant les 30 secondes, 2 minutes 23 secondes et 1 minute 40 secondes que dure chacune des trois parties!

Dans l’installation filmique de Boudry & Lorenz, la musicienne Aérea Negrot interprète la pièce sur une plateforme tournante installée sur l’Oranienplatz, un lieu public de Berlin occupé entre 2012 et 2014 par un camp de réfugiés protestataires. Aérea Negrot chante ensuite une pièce composée spécialement pour le film.

Le silence a été décrit tantôt comme une expérience violente – «être réduit au silence» –, tantôt comme une puissante performance de résistance – réalisée par divers mouvements de désobéissance civile partout dans le monde. L'œuvre Silent, dont le commissariat est assuré par Caroline Bourgeois, Cecilia Alemani et Elvira Dyangani Ose (sous la direction artistique d'Andrea Bellini), cherche à savoir de quelle façon les deux s’entremêlent. L’œuvre est centrée sur la performance d’un acte silencieux, capable pourtant de faire place à l’agentivité, à la force et même au plaisir sans effacer les traces de violence ni la vulnérabilité. Entre «être en silence» et «se faire entendre», le film propose de percevoir un dialogue plutôt qu’une relation d’exclusion mutuelle.

 

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