Living Lab à Rivière-du-Loup

Dominic Lapointe mène une recherche-action sur l'adaptation de l'industrie touristique aux changements climatiques.

17 Février 2017 à 15H21

La plupart des gens qui vont en vacances dans le Bas-Saint-Laurent rêvent de la maison «les pieds dans le fleuve», comme ici, à Kamouraska.Photo: Tourisme Bas-Saint-Laurent

Les changements climatiques posent des défis à l'industrie touristique, particulièrement en zone littorale. Le professeur du Département d'études urbaines et touristiques de l'ESG UQAM Dominic Lapointe mène une recherche-action sur ce phénomène dans la grande région de Rivière-du-Loup. «Je souhaite analyser l'adaptation aux changements climatiques de l'industrie du tourisme sous l'angle de l'innovation sociale et territoriale», affirme le chercheur, qui a obtenu un peu plus de 55 000 dollars du CRSH pour mener cette étude, laquelle se déroule au sein du Living Lab en innovation ouverte (LLio) affilié au Cégep de Rivière-du-Loup.

La plupart des gens qui vont en vacances dans le Bas-Saint-Laurent rêvent de la maison «les pieds dans le fleuve», d'où l'importance de réfléchir à l’adaptation des secteurs de villégiature et des infrastructures touristiques qui bordent la côte, souligne Dominic Lapointe. Au cours des dernières années, les grandes marées ont été dévastatrices dans l'Est du Québec. «La banquise, la zone de glace entre la grève et le fleuve que les vieux appellent le "pied de glace" ne se fige pratiquement plus en hiver, explique le chercheur. Lors des tempêtes, les blocs de glace viennent accélérer l'érosion du littoral et éventuellement abîmer les installations côtières.»

Dominic LapointePhoto: Émilie Tournevache

Le niveau des mers, qui devrait monter d'un mètre d'ici 100 à 200 ans, est un véritable casse-tête pour une région touristique comme le Bas Saint-Laurent. «Les plages et les routes, de même que les rampes de mise à l'eau et les aboiteaux – ces digues construites pour empêcher l'eau salée de s'infiltrer dans les terres cultivables – seront également touchés», explique-t-il.

Le réchauffement climatique modifie aussi la saison touristique, qui se terminait auparavant à la Fête du Travail et qui s'étire désormais jusqu'à l'Action de Grâce, au début d'octobre. Ce prolongement, tout en permettant d'engranger des revenus supplémentaires, «pose un problème, car la main-d'œuvre, dans le secteur touristique, est en grande partie formée d'étudiants», note le chercheur.

L'accès aux milieux insulaires est également un enjeu majeur, remarque le professeur. L'Île Verte, par exemple, est accessible par traversier l'été et par motoneige via le pont de glace en hiver. «Un hélicoptère est utilisé par les habitants permanents de l'île pour les courtes périodes, au printemps et à l'automne, où la glace n'est pas suffisamment solide pour traverser avec un véhicule. Avec le réchauffement climatique, ces périodes s'allongent de plus en plus et cela occasionne des frais supplémentaires pour la collectivité et les résidents.»

Le chercheur s'intéresse aussi aux constructions en zones inondables. «Je suis en discussion avec les aménagistes de la MRC pour avoir accès aux cartes et aux photos aériennes pour voir le nombre de construction dans la zone côtière à risque d'érosion. Certains intervenants ont l'impression qu'il y a de plus en plus de gens qui habitent dans ces zones et nous aimerions documenter le phénomène.»

Un «PPPP»

Carte de la région de Rivière-du-Loup utilisée lors du premier atelier du Living Lab portant sur le tourisme et les changements climatiques.Photo: Dominic Lapointe

Le Living Lab du Cégep de Rivière-du-Loup fonctionne en partenariat public-privé-population, ou «PPPP», explique Dominic Lapointe, qui en fut l'un des cofondateurs en 2012. «Il s'agit, en somme, d'animation collaborative et ouverte de groupes de travail et de projets d’innovation.» Pour son projet, dont le cochercheur est David Guimont, professeur en techniques d'intervention en loisir au Cégep de Rivière-du-Loup et facilitateur-chercheur au LLio, il travaille avec des acteurs municipaux, des acteurs touristiques privés et associatifs et des gestionnaires de sites touristiques. «La beauté d'un laboratoire ouvert comme celui-là, précise-t-il, c'est que l'on peut à tout moment intégrer un nouvel intervenant, même un citoyen lambda, ou un nouveau groupe pour apporter un point de vue sur un enjeu donné. On appelle cela un mariage entre les savoirs d'usage et les savoirs experts.»

Lors du premier atelier, les participants ont discuté de ce que représentaient les changements climatiques pour leur région, sur le plan touristique. «Ils ont échangé sur ce qui les empêchait de s'adapter à ces bouleversements, d'innover pour trouver des solutions. L'objectif est d'en arriver dans deux ans à des représentations collectives de la situation, assorties de processus d'innovation qui mèneront à des pistes de solution», explique Dominic Lapointe.

L'approche Living Lab favorise la cocréation, le prototypage, la validation et les essais de nouvelles technologies, de services, de produits et de systèmes dans des contextes réels. «En plus cela permet aux intervenants de développer leurs capacités innovantes et de les transférer dans d'autres contextes», ajoute le chercheur.

Dominic Lapointe a bien hâte de voir quelle forme d'organisation socio-territoriale émergera à la suite de ce brassage d'idées. «La façon dont les acteurs concernés s'approprieront les idées nées du Living Lab et transformeront leurs façons de faire – car ils n'auront pas le choix – sera la partie la plus intéressante du projet», souligne-t-il.

Le professeur présentera la démarche du Living Lab dans le cadre de l'International Congress on Coastal and Marine Tourism, qui aura lieu en Suède en juin prochain. «J'animerai également un atelier sur les besoins des acteurs du tourisme côtier en termes de formation», précise-t-il.

Tourisme autochtone

Dominic Lapointe a obtenu une autre subvention du CRSH, celle-là de 25 000 dollars, afin d'amorcer un projet de recherche intitulé «Gouvernance, entrepreneuriat et équité dans le tourisme autochtone». «Je m'intéresse à la manière dont les enjeux actuels transforment la pratique du tourisme, explique le chercheur. C'est le cas des changements climatiques, mais aussi de la question autochtone.»

Pour les peuples autochtones, le tourisme peut être un outil d'affirmation culturelle, voire même de protection de certaines formes de savoirs, précise-t-il. «Je pense notamment aux Cris de la Baie James, qui gèrent une organisation d'expéditions, aux Inuits présents dans les parcs nationaux du Nord du Québec, aux Innus de la Côte-Nord qui gèrent des campings et des compagnies d'excursion aux baleines, de même qu'aux valorisations touristiques autochtones plus classiques, comme l'hôtel-musée des Premières Nations à Wendake ou le musée des Abénakis à Odanak.»

Sa recherche se veut d'abord et avant tout une revue de littérature exhaustive de la question du tourisme autochtone comme outil de développement et de réappropriation culturelle, intégrant la question de la gouvernance et de l'entrepreneuriat. «L'originalité de cette étude sera d'aborder le tourisme autochtone sous l'angle du développement territorial de ces collectivités. Et puisque leurs systèmes de savoir ont été construits à partir de la tradition orale, ce qui émergera de la revue de littérature sera confronté sur le terrain avec l'avis des intervenants autochtones qui œuvrent en tourisme», conclut Dominic Lapointe. 

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