Musique céleste

Les frères Gundecha, les maîtres du dhrupad, un art musical millénaire, seront de passage à l'UQAM. 

16 Mai 2017 à 16H03

Les frères Gundecha en concert.Photo: Andrée Martin

Dans le cadre des Dhrupad Days Music Festival, les Départements de danse et de musique de l'UQAM organisent, du 23 au 28 mai prochains, des ateliers intensifs, des démonstrations de dhrupad, un concert et un documentaire. Considéré comme la plus ancienne forme de chant et de musique en Inde, le dhrupad prend sa source dans des textes sacrés, les Sama Veda.

Spirituel et sophistiqué, le dhrupad s’appuie sur un savoir millénaire et une solide technique vocale et musicale. «Le dhrupad est un système musical ayant ses propres règles et structures, ainsi qu'une manière bien particulière de concevoir le son, la musique et la rythmique», explique la professeure du Département de danse Andrée Martin, qui étudie le dhrupad depuis trois ans auprès des frères Gundecha, les maîtres de ce système musical. «Le dhrupad est à la fois très spécifique, complexe et profond.»

La professeure a eu le coup de foudre pour cet art musical après avoir assisté à un concert des musiciens. Dans le cadre de son projet de recherche «L'Abécédaire du corps dansant», elle s'est intéressée au domaine de la voix et du son. «J'avais besoin de maîtriser certains aspects de la musique et de la voix pour compléter ma formation. Même si je n'avais aucune connaissance en musique, les frères Gundecha ont accepté de m'enseigner, dit-elle. C'est une formation intense et continue: je vais apprendre toute ma vie.»

Chanter avec le thorax

Pour produire une note et des harmoniques en dhrupad, il faut d'abord apprendre à bien utiliser son appareil respiratoire et à gérer son souffle. «On ne chante pas avec la voix de tête comme en Occident, explique la professeure. Il faut apprendre à faire un placement vocal, soit à descendre sa voix pour chanter avec le thorax. Au départ, on ne comprend pas grand-chose, mais, avec de l'écoute et de l'attention, on parvient peu à peu à saisir comment on peut travailler avec son appareil vocal en fonction de son corps, pour faire en sorte que la voix sorte correctement et que les effets sonores soient là.»

Apprendre un art indien prend du temps, de l'humilité et de l'ouverture, croit la professeure. «Ce sont des arts très complexes, parce qu'ils ont une rythmique propre. Les Indiens ont exploré toutes les possibilités rythmiques et ont leur propre manière d'organiser le rythme. Ce sont des férus de mathématiques et ils adorent la complexité.»

L'art du dhrupad se transmet par tradition orale. C'est une musique improvisée, mais à partir d'une structure et d'un cadre déterminés. «On ne peut pas écrire les mélodies, les ragas, parce qu'il faut les entendre pour être capables de les chanter ou de les jouer correctement. Un raga a ses règles, ses notes et ses valeurs de note, ajoute Andrée Martin. Après l'avoir répété plusieurs fois, on l'a intégré.»

L'instrument de base est le tanpura, qui produit une sorte de basse continue. «On doit apprendre à accorder sa voix au tanpura, témoigne la professeure. C'est le seul instrument qui accompagne le chant selon le principe a cappella. Il n'existe pas d'harmonium ou de piano pour donner la note et c'est pour cela que c'est difficile. Rien ne peut donner la note: il faut la savoir. L'idée, c'est de se fondre avec le son de l'instrument.»

État de grâce et bien-être

Le dhrupad est considéré comme une forme musicale du Naad yoga (yoga du son). «Le dhrupad permet d'enligner le corps, de le re-balancer, dit Andrée Martin. En raison du travail de la respiration, du souffle et de la concentration, cela en fait une forme de yoga.» De par sa complexité, le dhrupad demande aux participants de plonger dans un état présent. «On ne peut pas avoir la bonne note ou le bon placement sans être présent à ce qui se passe, poursuit la professeure. En danse, les interprètes atteignent l'état de grâce par accident. On croit, en Occident, que cela ne s'apprend pas. Pour les Indiens, rien n'est plus faux.» La technique du dhrupad permet d'atteindre cet état, rapporte la professeure, et quand on y arrive, «on ressent un bien-être profond.»

Ateliers intensifs, documentaire et concert

Les ateliers offerts par les frères Gundecha dans le cadre du festival sont complets, mais il sera possible de s'initier à leur art en assistant à leur concert.

Andrée Martin en profitera également pour présenter en avant-première son film documentaire Le pouvoir du son. Les frères Gundecha, maîtres du Dhrupad. «Je souhaite, grâce au film, mieux faire connaître le travail des frères Gundecha tout en leur rendant hommage, souligne la professeure. Ils ont une approche unique: même s'ils sont considérés comme des légendes en Inde, les frères Gundecha sont prêts à enseigner à quiconque souhaite apprendre, musiciens ou pas, ce qui est rare chez les grands maîtres.» Tourné en anglais, le long-métrage de 80 minutes sera projeté en ouverture du Symposium Récits Nomades, organisé par Figura – le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire de l'UQAM, le mercredi 24 mai, à 18 h 30, au 840, rue Cherrier (salle K-2340). «Voir le film est une bonne manière de s'initier à la philosophie derrière le travail des frères Gundecha», ajoute la professeure.

En guise d'événement de clôture, le concert des frères Gundecha aura lieu le dimanche 28 mai, à 18 h 30, à la Salle Bourgie du musée des Beaux-Arts de Montréal. Le concert est organisé par le Centre culturel Kabir, en collaboration avec le festival Accès Asie et les Départements de danse et de musique. «Les frères Gundecha, qui font des tournées mondiales depuis 25 ans, adorent venir chanter à Montréal, puisque, selon eux, l'auditoire montréalais est l'un des plus enthousiastes», révèle Andrée Martin. Le professeur Vincent Bouchard-Valentine, du Département de musique, a aussi collaboré de près à l'organisation du festival. Les billets pour le concert sont disponibles au coût de 30 et de 60 dollars à l'adresse suivante: http://www.centrekabir.com/kc/fr/ckcd31d127.html

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