Femme de cultures  

La directrice du Conseil des arts de Montréal Nathalie Maillé carbure à la diversité sous toutes ses formes.

13 Avril 2017 à 10H33

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Nathalie MailléPhoto: Nathalie St-Pierre

Quand elle étudiait la danse, dans les années 80, Nathalie Maillé (B.A. danse/enseignement, 92) sentait qu'elle ne «fittait» pas. Pourtant, elle adorait la danse, découverte à l'adolescence, après des années à pratiquer le patin, la gymnastique, la plongée... «Des sports individuels qui impliquent une certaine rigueur corporelle, dit-elle. La danse m’a apporté un plus : une connexion intérieure.» Mais il y avait quelque chose qui clochait, raconte la pétillante brunette dans son bureau du magnifique édifice, rue Sherbrooke, face au parc La Fontaine, où le Conseil des arts est installé. « Je ne trouvais pas ma place. J’avais un côté plus cartésien. On me traitait de bcbg! J’ai conclu que je n’étais pas une artiste… même si ce milieu m’allumait!»

Cette ambivalence confirmait les résultats de ses tests d’orientation du secondaire : il y avait bien les arts, dans ses intérêts principaux, mais aussi… l’administration. Quelques années après son baccalauréat, après un détour par l’enseignement de la danse au secondaire et l’arrivée de deux enfants, Nathalie Maillé ajoute une carte à son curriculum, en obtenant un diplôme d'études supérieures en gestion des organismes culturels à HEC. En 1998, elle débute comme agente de développement au Conseil des Arts de Montréal. Un remplacement de congé de maternité. «J’ai ensuite gravi tous les échelons», dit la gestionnaire. 

Jusqu’à devenir, en 2013, directrice générale de l’organisme, dont le mandat est «d’accompagner, soutenir et reconnaître» l’excellence artistique, grâce à des programmes de subventions, de tournées, de résidences et de prix. Le Conseil est partenaire de plus de 400 organismes et collectifs artistiques montréalais. La bachelière en danse gère un budget annuel de quelque 15 millions de dollars, une vingtaine d’employés et une soixantaine de «formidables bénévoles» provenant de toutes les disciplines artistiques, membres des différents comités d'évaluation. Son indéniable talent de gestionnaire a été souligné en 2015, lorsqu’elle a reçu le prix Femmes d'affaires du Québec. Ce prix reconnaissait sa vision rassembleuse et son aptitude «à créer à Montréal une écologie culturelle qui met les arts au centre de rapprochements entre les interlocuteurs municipaux, le milieu des affaires, celui de l’éducation et les universités partout sur le territoire».

Lors de son baccalauréat en danse, Nathalie Maillé a fait une autre découverte: elle aime la diversité. Elle a d'ailleurs fait de la reconnaissance de la contribution des créateurs issus de la diversité culturelle son cheval de bataille au sein du milieu culturel montréalais. Pour elle, la culture elle-même est multiple. Un concerto de Brahms à la Maison symphonique vaut une projection de film dans un parc.

«La culture possède un sens large, affirme-t-elle. Elle se manifeste sous différentes formes, et aucune n’est supérieure.» L’art existe, dit-elle, seulement s’il rencontre un public. La culture dans la ville se vit en direct, en groupe, parmi les autres, eux-mêmes différents, multiples. «Cette notion d’inclusion sera de plus en plus importante, estime Nathalie Maillé. Car Montréal change à un rythme fou.»

«Même si l’ADN culturel de Montréal est plus que jamais dans le Quartier des spectacles, chaque quartier possède un lieu de diffusion ou un centre culturel. C’est assez exceptionnel. »

Ce sont les événements culturels qui font de Montréal un endroit si agréable où vivre, rappelle la directrice du Conseil. Festivals, concerts, théâtre ou danse sont présents un peu partout sur l’île. Le programme «Conseil des arts de Montréal en tournée» subventionne d'ailleurs quelque 400 reprises, dans plus de 100 lieux différents par année, d'œuvres d'abord créées pour d’autres salles, qui peuvent ainsi rejoindre de nouveaux auditoires.

«Même si l’ADN culturel de Montréal est plus que jamais dans le Quartier des spectacles, chaque quartier possède un lieu de diffusion ou un centre culturel, souligne Nathalie Maillé. C’est assez exceptionnel.»

Ce qui a le plus changé depuis qu’elle fréquente le milieu de la culture, estime Nathalie Maillé, c'est le rapport aux artistes et au public. « On n’est plus dans un environnement de diva. »

Quel sera l’avenir de la production culturelle? Il faut être à l’affût, dit-elle, notamment des bouleversements que le numérique continuera d’apporter. «Il faut observer, sans paniquer.» Depuis le début des années 2000, rappelle la gestionnaire, on a craint la disparition d’à peu près tous les supports, sans que cela survienne. «Quand le MET a commencé à diffuser ses spectacles live dans les cinémas, l’Opéra de Montréal a cru que c’était sa fin… Le contraire s’est produit.»

Notre défi collectif, poursuit la directrice du Conseil, est de rendre la culture aussi essentielle pour les citoyens que le sport, auquel on prête mille vertus. «L'art aussi est important pour la santé, l’âme, le cœur, les émotions.... Utilisons la culture pour vivre mieux!»

Celle qui dit n’avoir jamais eu de plan de carrière fait partie du comité stratégique Savoir et Société de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, elle est marraine de la Jeune Chambre de commerce de Montréal et engagée dans l’organisme Ton avenir en main (TAM), qui développe le leadership chez les jeunes femmes.

Elle est aussi membre du Conseil d'administration de l'UQAM depuis un an et demi. «C’est un beau défi, dit-elle. Je suis fière qu'on ait fait appel à quelqu’un issu du milieu des arts. Car l’UQAM excelle en arts et en communication, et il faut miser sur ces forces.»

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 15, no 1, printemps 2017.

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