Journaliste à contre-courant

Nicolas Langelier a fait du magazine Nouveau Projet un lieu de réflexion sur les enjeux de notre époque.

12 Septembre 2017 à 16H09

Série «Sur le terrain»
Des diplômés de l'UQAM qui ont fait leurs preuves répondent à 10 questions sur leur univers professionnel.

Le journaliste Nicolas Langelier. Photo: Nathalie St-Pierre

Rédacteur en chef du magazine socioculturel Nouveau Projet, Nicolas Langelier  (B.A. communication, 2001) a plus d'une corde à son arc. Journaliste, éditeur, auteur et commentateur culturel, il a publié moult chroniques, reportages, critiques et essais pour de nombreuses publications canadiennes. Finaliste aux prix du magazine canadien à trois reprises, il est invité régulièrement à participer à des émissions de radio et de télévision à titre de chroniqueur ou de commentateur.

Son roman Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles (Boréal, 2010) a été finaliste au Prix des libraires du Québec en 2011. Il est aussi l'auteur d'essais, dont Année rouge. Notes en vue d'un récit personnel de la contestation sociale au Québec en 2012 (Atelier 10, 2012). 

Président de l'Association des journalistes indépendants du Québec de 2007 à 2011, Nicolas Langelier a lancé en 2012 (avec Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l'Université de Montréal) le magazine Nouveau Projet, qui vise à susciter et à nourrir la discussion publique sur les enjeux de notre époque. En 2015, Nouveau Projet a été le premier magazine francophone à recevoir le titre de «Magazine de l'année» aux 38e Prix du magazine canadien.

Quelle est la plus grande qualité pour être heureux dans votre domaine?

La capacité de s'adapter à différentes tâches, à différents médias, aux circonstances changeantes. Cela permet de vivre avec sérénité les changements technologiques et les nouvelles façons de faire qui caractérisent aujourd'hui le monde de l'information. 

Votre plus grande réussite?

Avoir maintenu en vie, depuis maintenant plus de cinq ans, le magazine  Nouveau Projet. Le fait de miser sur le papier et sur de longs articles visant à alimenter la conversation publique a un côté iconoclaste. Mais je ne me sens pas seul. Ici et à l'étranger, je vois des gens qui partagent ma conviction qu'il y a un avenir pour l'imprimé et qu'on ne peut pas vivre uniquement de publications numériques légères, produites rapidement. Il nous faut des produits plus substantiels, beaux et de qualité, agréables à lire et à manipuler.  

Un faux pas qui vous a servi de leçon?

Nous avons commis une erreur lors de la publication du premier numéro de Nouveau Projet. Son format n'était pas approprié et nous avait coûté très cher en envois postaux. Depuis, nous avons pris conscience de la nécessité de tout planifier avec soin, de A à Z. Nous sommes maintenant beaucoup mieux organisés dans la façon de structurer nos projets et nos activités.

Un bon coup d'un compétiteur que vous auriez aimé faire?

J'aurais aimé embaucher la rédactrice en chef du magazine Urbania, Rose-Aimée Automne T. Morin, que j'admire beaucoup. Quand je vois des gens de talent que j'apprécie, mais que je ne peux pas avoir dans mon équipe, je suis toujours déçu.

La dernière tendance dans votre secteur?

Les publications imprimées qui résistent au tout au numérique, qui accordent de l'importance aux sensla vue, le toucher. Elles contribuent à la bonne santé de l'écosystème médiatique. On a vu des magazines comme Liberté et L'inconvénient se remettre en question et faire peau neuve afin de s'adapter aux besoins des lecteurs en offrant un produit plus attrayant.

Et ce qui est définitivement dépassé?

Pendant un moment, les tablettes numériques sont apparues aux yeux de certains médias comme une planche de salut sur les plans de la diffusion et des sources de revenus. Aujourd'hui, on en voit les limites et leurs ventes sont en baisse. L'avenir s'annonce difficile pour ceux qui, comme le journal La Presse, ont tout misé sur ce modèle. Un magazine, on peut l'apporter où on veut, le laisser traîner partout.

Sur la scène nationale ou internationale, qui est le «gourou» de l'heure?

Le Canadien Tyler Brûlé, qui s'est expatrié en Grande-Bretagne depuis quelques années. Il a lancé, entre autres, le magazine Wallpaper, puis Monocle, qui parle aussi bien d'affaires internationales, de design que de culture. Il a aussi développé une offre originale en radio et en vidéo.

Nommez une étoile montante qui vous inspire

Si l'entreprise médiatique Vice a d'abord existé sous la forme d'un magazine, elle est maintenant reconnue à travers le monde pour ses contenus vidéo. Elle constitue une source d'inspiration pour ceux qui cherchent de nouvelles façons de produire de l'information télévisée. Vice est capable de susciter l'intérêt des jeunes pour  l'information, internationale notamment, en leur parlant de façon intelligente, sans rabaisser la qualité du contenu.

Quel est le livre qu'il faut lire en ce moment?

Je suis en train de lire The New Journalism, une anthologie d'articles parue en 1973, dirigée par Tom Wolfe. Au cours des dernières décennies, on est revenu à un journalisme plus institutionnel et on a un peu oublié les contributions du nouveau journalisme. Ceux qui le pratiquaient dans les années 1960 ne faisaient pas semblant d'être objectifs. Ils cherchaient à raconter des histoires de façon élégante et captivante, en adoptant un point de vue personnel. L'art du story telling revient à la mode en ce moment. Le succès de Vice montre justement que les gens ont soif de subjectivité. Les tenants du nouveau journalisme osaient aussi écrire de longs reportages, qui s'étendaient parfois sur une dizaine de pages.

Les deux principaux conseils que vous donneriez à un jeune qui commence sa carrière?

S'inspirer de l'excellence, de ce qui se fait de meilleur, ici et à l'étranger. Il faut regarder ce qui peut nous tirer vers le haut. La versatilité est aussi très importante: développer différentes habiletés pour être capable de travailler dans des domaines diversifiés. C'est plus que jamais essentiel !

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