Un partenariat fructueux

L'UQAM et les centrales syndicales renouvellent leur protocole d'entente.

16 Juin 2017 à 15H43

Karen Messing, professeure émérite du Département des sciences biologiques, Line Camerlain, 2e vice-présidente de la CSQ, Marcel Simoneau, directeur du SAC, Catherine Mounier, vice-rectrice à la Recherche et à la création, Daniel Boyer, président de la FTQ, et Véronique De Sève, 3e vice-présidente de l'exécutif de la CSN.  Photo: Denis Bernier

Des représentants des trois grandes centrales syndicales – CSN, FTQ, CSQ – étaient réunis au pavillon Président-Kennedy, le 15 juin dernier, pour signer un nouveau protocole d'entente avec l'UQAM, visant à favoriser des projets communs en matière de recherche et de formation. L'événement s'est déroulé en présence, notamment, de la vice-rectrice à la Recherche et à la création Catherine Mounier et du directeur du Service aux collectivités (SAC) Marcel Simoneau.

Ce protocole succède à celui de 2001. «Il fallait le renouveler pour tenir compte de l'évolution du monde du travail depuis une quinzaine d'années», dit Marcel Simoneau. D'une durée de cinq ans, le protocole définit et actualise les contributions respectives des partenaires et prévoit une mise à jour continue de leurs besoins. Il permet aussi d'assurer une veille sur les nouveaux enjeux économiques, sociaux, technologiques et juridiques auxquels sont confrontées les organisations syndicales. «Le protocole encadre 21 projets de recherche et de formation en cours, lesquels réunissent une trentaine de partenaires syndicaux ainsi qu'une vingtaine de professeurs et autant d'étudiants des cycles supérieurs provenant des six facultés et de l'École des sciences de la gestion. Ces projets totalisent plus de 140 000 dollars en fonds de recherche», note le directeur du SAC.

La collaboration avec les organisations syndicales ne date pas d'hier. Elle  a débuté en 1972, trois ans à peine après la création de l'UQAM. «Le fait que l'Université se soit dotée, dès sa naissance, d'une mission de démocratisation du savoir pour le rendre accessible aux collectivités qui n'y avaient pas traditionnellement accès a facilité ce rapprochement, souligne Marcel Simoneau. Les chercheuses Karen Messing et Donna Mergler, du Département des sciences biologiques, qui s'intéressaient aux conditions de santé et de sécurité au travail, ont été parmi les premiers professeurs à tisser des liens avec les syndicats. Elles ont ouvert la voie à des collaborations qui étaient uniques au sein des universités canadiennes et qui le sont encore aujourd'hui.»

Un premier protocole d'entente avec la CSN et la FTQ, conclu en 1976, a permis de clarifier les termes du partenariat qui avait débuté quatre ans plus tôt. En 1979, l'UQAM a adopté sa politique institutionnelle de services aux collectivités. «Celle-ci a donné naissance au SAC, qui joue un rôle d'interface en favorisant l'arrimage des expertises professorales et des besoins des syndicats, mais aussi des organismes communautaires et des groupes de femmes», précise son directeur.

Des centaines de projets

Depuis plus de 40 ans, des centaines de projets de recherche et de formation ont été menés par des professeurs de l'UQAM avec leurs partenaires syndicaux. Ils ont porté sur de nombreux enjeux: harcèlement psychologique et santé mentale en milieu de travail, horaires atypiques et conciliation travail-famille, intégration et maintien de travailleuses dans des emplois traditionnellement masculins, réseaux d'entraide dans les syndicats, etc. «Ces collaborations ont contribué, dans certains cas, à la mise en place de nouvelles politiques sociales et économiques qui ont bénéficié à l'ensemble de la société québécoise, observe Marcel Simoneau. Elles ont aussi permis de développer l'expertise des chercheurs de l'UQAM dans une diversité de domaines et de soutenir la formation de plusieurs cohortes d'étudiants.»  

Au cours des 10 dernières années, par exemple, au moins une cinquantaine de projets ont été entrepris et ont donné lieu à des publications sur, entre autres, la prévention et le contrôle des infections chez le personnel d'entretien et les préposés aux bénéficiaires en milieu hospitalier, l'intérêt et l'engagement syndical des travailleuses de la construction, la réforme néolibérale du modèle fiscal québécois et la conciliation travail-famille dans les milieux de la restauration et de l'alimentation. «Ces projets ont été pensés en fonction des besoins des syndicats et des domaines de spécialisation des chercheurs», indique le directeur du SAC.

De nouveaux enjeux      

Les représentants des centrales syndicales et le SAC ont identifié récemment des enjeux socio-économiques d'une importance majeure, qui pourraient générer de nouveaux projets de recherche. «Pensons, par exemple, au salaire minimum à 15 dollars l'heure, à l'intégration des travailleurs immigrants, aux phénomènes de l'ubérisation du travail et de l'économie de partage, à la délocalisation de la production, à l'économie 4.0, soit l'automatisation et la numérisation du travail, ou encore aux investissements privés dans les infrastructures publiques, dit Marcel Simoneau. Devant  tous ces enjeux, il faut réfléchir à des formes d'encadrement politique ou légal. Les partenariats avec les chercheurs de l'UQAM aident les centrales à se positionner et à s'outiller pour faire évoluer la réglementation et la législation.»

En matière de formation, il est important pour les centrales syndicales que leurs équipes de recherche acquièrent des compétences multidisciplinaires afin de bien saisir la complexité des enjeux actuels. «Dans cet esprit, un projet a démarré sur les stratégies de transfert des connaissances en milieu syndical, note le directeur du SAC. Des professeurs de l'UQAM seront mis à contribution pour concevoir un modèle d'évaluation des mesures d'impact.»

La plupart des projets sont financés par les centrales syndicales et grâce à une enveloppe annuelle du PAFARC –  un fonds de recherche interne  – gérée par le SAC. «Les montants, bien que modestes, on souvent un effet de levier, permettant ainsi d'obtenir un financement plus substantiel auprès des organismes subventionnaires externes», souligne Marcel Simoneau.

Facteurs de succès

L'existence d'un comité conjoint paritaire est un élément important du succès du protocole d'entente. Composé de représentants du SAC, de chacune des centrales syndicales et de professeurs, il constitue un lieu de discussions et d'échanges. «Son rôle consiste à déterminer les possibilités de collaboration, à évaluer les rapports de recherche et à identifier les projets prioritaires ainsi que les expertises pertinentes, présentes à l'UQAM, afin de mieux répondre aux besoins des syndicats», explique le directeur.

Enfin, un comité d’encadrement, formé de toutes les parties et animé par un.e agent.e de développement du SAC, sert d’instance de coordination pour chacun des projets. C'est lui qui assure la concertation entre les partenaires et qui arbitre les différends pouvant émerger de cultures organisationnelles différentes.

Les partenariats qui se sont multipliés au fil des ans ont été bénéfiques non seulement pour les syndicats, mais aussi pour les chercheurs de l'UQAM, a déclaré la professeure émérite Karen Messing, lors de la cérémonie de signature du nouveau protocole d'entente. «Les chercheurs n'auraient pas pu comprendre les environnements de travail et les souffrances de certains groupes de travailleurs et de travailleuses – ouvriers d’usine, employés de centres d'appel, préposées au nettoyage, caissières et serveuses – sans ce protocole d'entente, lequel fait l'envie de plusieurs universités à travers le monde», a souligné celle qui a cofondé le Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE).  

Karen Messing vient de faire paraitre Les souffrances invisibles. Pour une science du travail à l'écoute des gens (éditions Écosociété), un essai dans lequel elle raconte son expérience de chercheuse et sa collaboration avec les syndicats.

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