Passionné par le patrimoine

Lauréat 2017 du prix Reconnaissance de la Faculté des arts, René Binette est un pionnier de la muséologie citoyenne.

23 Mai 2017 à 9H43

Série Prix Reconnaissance 2017
Sept diplômés de l'UQAM seront honorés à l'occasion de la Soirée Reconnaissance 2017 pour leur cheminement exemplaire et leur engagement. Ce texte est le cinquième d'une série de sept articles présentant les lauréat

René Binette. Photo: Nathalie St-Pierre

«J'ai toujours eu un pied à l'UQAM et l'UQAM a toujours eu un pied dans notre musée», lance René Binette (B.A. histoire de l'art, 82), directeur de l'Écomusée du fier monde et chargé de cours au Département d'histoire de l'art depuis 2003.

René Binette a participé, en 1980, à la fondation de l'Écomusée du fier monde dans le quartier Centre-Sud de Montréal. Dédié à l'histoire du monde du travail, l'Écomusée n'est pas un musée comme les autres. Sa double vocation — mettre en valeur l'histoire et le patrimoine du quartier  et favoriser des démarches participatives avec la population et les organismes locaux— en a fait un précurseur dans son domaine.

Ces dernières années, l'Écomusée et son directeur ont obtenu plusieurs prix récompensant différentes expositions et initiatives, dont le prix en éducation de l'Association des musées canadiens et le prix d'histoire du Gouverneur général pour l'excellence dans les musées. «Notre présence dans le quartier Centre-Sud a contribué à maintenir vivantes une culture et une mémoire populaires», souligne le diplômé qui, en 2014, est  devenu le premier Québécois à recevoir le prestigieux prix Barbara Tyler de l'Association des musées canadiens, décerné pour le meilleur leadership en gestion muséale au Canada et pour l'engagement communautairre.

Nouvelle muséologie

Né dans une famille ouvrière de Montréal, René Binette fréquentait peu les musées dans sa jeunesse. Cela ne l'a pas empêché d'entreprendre des études de baccalauréat en histoire de l'art à la fin des années 70. «J'étais attiré par le patrimoine et il y avait à l'UQAM un noyau d'experts – Michel Lessard, Robert Derome, Raymond Montpetit et Pierre Mayrand  – qui s'y intéressait», raconte-t-il.

Au cours de ses études, le diplômé découvre le courant de la nouvelle muséologie. «La nouvelle muséologie reprochait aux institutions muséales d'être centrées sur elles-mêmes et proposait de changer leur rapport au public», explique René Binette. Le professeur Pierre Mayrand, aujourd'hui décédé, était l'un des représentants de ce courant au Québec. «Grâce à lui, je me suis retrouvé stagiaire dans un organisme communautaire du quartier Centre-Sud. Avec d'autres groupes de citoyens, cet organisme avait pour projet de créer un nouveau type de musée dédié à la population locale. C'est ainsi qu'est né l'Écomusée du fier monde.»

« Au début des années 80, on faisait la promotion du patrimoine de la société paysanne traditionnelle du Québec, mais on ne s'intéressait pas encore au patrimoine industriel et ouvrier.»

René Binette,

Directeur de l'Écomusée du fier monde

Le nouveau musée se donne pour mandat de raconter l'histoire du Centre-Sud, témoin privilégié de l'industrialisation à Montréal et des conditions de vie des familles ouvrières. «Nous voulions traiter de l'histoire urbaine, en particulier celle des quartiers populaires, note le diplômé. Au début des années 80, on faisait la promotion du patrimoine de la société paysanne traditionnelle du Québec, mais on ne s'intéressait pas encore au patrimoine industriel et ouvrier.»

Expositions marquantes

Depuis ses débuts, l'Écomusée a maintenu des liens étroits et constants avec le Service aux collectivités (SAC) de l'UQAM. «Par son entremise, plusieurs projets de partenariat ont été développés avec des chercheurs de l'UQAM, observe René Binette. Je me souviens, notamment, de l'exposition Paysages industriels en mutation, en 1996, conçue en partenariat avec la professeure du Département d'histoire Joanne Burgess. Nous avions fait une vaste recherche permettant de dresser l'inventaire du patrimoine industriel dans le quartier.»

L'exposition itinérante Joseph Venne, architecte, réalisée en collaboration avec le professeur du Département de didactique Michel Allard et présentée à l'Écomusée en 2001, a constitué un autre moment marquant. Né dans le quartier Centre-Sud, Joseph Venne a collaboré à la construction de plus d'une centaine d'édifices au Québec, au Canada anglais et aux États-Unis, dont plusieurs églises et bâtiments religieux. L'exposition a donné lieu à une publication, Sur les traces de Joseph Venne, qui a reçu, en 2013, le Prix d'excellence en interprétation du patrimoine.

Plus récemment, le projet de formation et d'exposition Habiter des villes durables (2009–2013), développé par l'Écomusée et la professeure du Département de géographie Catherine Trudelle, a contribué au déploiement d'un plan de développement durable dans le Centre-Sud.

Depuis le 18 mai jusqu'au 4 février 2018, l'Écomusée présente, en collaboration avec le Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal, codirigé par les professeurs Joanne Burgess et Paul-André Linteau, l'exposition Nourrir le quartier, nourrir la ville, qui retrace près de 200 ans d’alimentation à Montréal et explore les lieux ayant marqué la vie de quartier, comme les marchés publics, les petites épiceries et les premières chaînes d’alimentation.

Nouvelles technologies

Malgré des ressources limitées, l'Écomusée intègre de plus en plus les nouvelles technologies numériques dans l'étude et la mise en valeur de l'histoire et du patrimoine. Pour l'exposition sur la fabrique de conserves alimentaires Raymond, en 2015-2016, une reconstitution virtuelle de l’usine a été rendue possible grâce à un environnement numérique interactif 3D/4D reliant des objets, des textes, des photos et des documents sonores. «Les nouvelles technologies ne permettent pas seulement une meilleure interaction avec le public, dit le muséologue. Elles sont aussi un outil de recherche et de compréhension du réel.»

Avec son équipe, René Binette travaille actuellement à une nouvelle politique de collection écomuséale. «Tout en consultant les citoyens, nous cherchons à identifier les éléments du patrimoine matériel et immatériel du quartier qui constitueront la collection. L'enjeu est de comprendre comment le patrimoine peut être un outil de développement pour la communauté».

Le muséologue se dit fier d'avoir vu grandir une institution dont la pérennité est maintenant assurée. «Je sais que si je quittais demain matin, l'Écomusée continuerait sans moi. La relève est là, compétente et bien vivante.»

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