Deux aspirantes rectrices

Corinne Gendron et Magda Fusaro présentent leur programme à la communauté universitaire.

20 Octobre 2017 à 10H48

Corinne Gendron et Magda Fusaro
Photos: Nathalie St-Pierre

Il y avait presque salle comble le 19 octobre pour la rencontre avec les deux candidates au rectorat, qui avait lieu à la salle Marie-Gérin-Lajoie. Plusieurs centaines de personnes, membres du personnel et étudiants, s'étaient déplacées pour entendre Corinne Gendron et Magda Fusaro présenter leur vision de l'institution et leur programme pour l'UQAM. Chaque candidate a bénéficié de 20 minutes pour effectuer sa présentation, suivie d'une période de questions de 15 minutes. L'ordre des présentations avait été déterminé par tirage au sort.

Corinne Gendron

Professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, Corinne Gendron a été la première à prendre la parole. Seule candidate du printemps dernier à se représenter depuis le lancement du nouvel appel de candidatures, la professeure a précisé qu'elle a profité des six derniers mois pour aller à la rencontre des gens et approfondir sa compréhension des enjeux au sein des différentes unités de l'UQAM.

«À l'UQAM, on sait très bien ce qui ne va pas, affirme la candidate. Et la plupart du temps, on sait ce qu'il faut faire, mais les ressources sont insuffisantes et l'on manque de cet ingrédient magique que certains appellent la volonté politique, et que d'autres appellent le consensus ou la coordination.»

Corinne GendronPhoto: Nathalie St-Pierre

Selon Corinne Gendron, plusieurs objectifs du Plan stratégique 2015-2019 de l'UQAM sont hautement pertinents, mais tardent à se réaliser. Certains de ces objectifs, mentionne-t-elle, étaient déjà énoncés dans un plan de 2002: établir des partenariats externes, améliorer l'efficience des processus, développer les cycles supérieurs, renforcer les unités de recherche, soutenir la création. Elle propose d'assigner un groupe de travail à chaque objectif afin de s'assurer de leur réalisation. Les dernières années ont été difficiles, reconnaît-elle à propos des compressions. «Il faut désormais se libérer de la morosité. Il faut changer nos façons de faire. Nous avons l'obligation de faire mieux.»

Pour amener l'UQAM à un niveau de développement supérieur, Corinne Gendron mise sur le rayonnement international. Il faut promouvoir l'expérience de l'UQAM sur toutes les tribunes, dit-elle. «La direction de l'UQAM doit convaincre nos différents partenaires et interlocuteurs que les missions spécifiques de notre université sont payantes pour le Québec. Je les talonnerai sans relâche, vous pouvez compter là-dessus.»

L'administration universitaire ne se résume pas à la gestion d'opération, poursuit-elle. «Il faut rassembler des gens aux expertises diverses autour d'une vision claire. La mienne est de consolider le développement de l'UQAM, son envergure internationale et son ancrage social.» Pour y parvenir, précise-t-elle, il faudra des ressources et, surtout, l'adhésion et la mobilisation des professeurs, maîtres de langue, chargés de cours, étudiants, employés de soutien, cadres et diplômés. «Avec vous, tout est possible, mais il est urgent d'agir.»

L'encadrement des étudiants, qui fait la force de l'UQAM, mérite d'être bonifié, estime la candidate. Elle propose également la création d'une véritable politique de ressources humaines afin d'accompagner tous les employés dans leur cheminement de carrière.

Le soutien aux chercheurs et aux créateurs est l'un des thèmes importants de son programme. «On ne peut se contenter d'espérer que nos chercheurs fassent toujours plus avec moins, dit-elle. Il faut investir en recherche et en création.»

Corinne Gendron souhaite être à l'écoute des facultés/école. Elle a rappelé les principaux souhaits exprimés par celles-ci lors de ses rencontres des derniers mois. «La vitalité des unités de l'UQAM est l'une de mes priorités. C'est là que se cultive notre expertise d'aujourd'hui et de demain», note-t-elle.

Dans le passé, note-t-elle, il était fréquent de tenter de résoudre des problèmes par des changements de structures. «On sait maintenant que ce sont les gens et leurs environnements qui font une différence dans le succès d'une institution», dit-elle.

La marge de manœuvre financière de l'UQAM est limitée, reconnaît la candidate. «Il faut trouver de nouveaux partenaires et accueillir de plus en plus d'étudiants aux cycles supérieurs.»

Selon Corinne Gendron, l'UQAM est un leader en recherche-action et il faut se mobiliser pour accompagner les initiatives qui naissent sur le terrain et qui sont annonciatrices des grandes transformations de notre société. «Le manque de ressources et de volonté politique n'est pas une fatalité. Le choix est simple: la continuité ou le changement. Je crois que l'UQAM est prête pour un changement. Ma priorité : le développement de l'UQAM.»

Magda Fusaro

Professeure au Département de management et technologie et vice-rectrice aux Systèmes d'information, Magda Fusaro a présenté son programme axé autour de trois valeurs qu'elle juge fondamentales pour l'UQAM : l'accessibilité, la diversité et la collégialité.

La candidate a d'abord présenté les principaux enjeux liés à l'accessibilité. «Il faut améliorer l'offre de bourses aux étudiants et développer l'emploi sur le campus, a-t-elle souligné. Mais aplanir les difficultés financières n'est pas tout, il faut aussi se pencher sur l'accessibilité socioculturelle et géographique. Il importe de faciliter le cheminement des étudiants, de leur admission à l'UQAM jusqu'à l'obtention de leur diplôme, notamment pour les étudiants en situation de handicap, les étudiants autochtones et les parents-étudiants.»

Magda Fusaro
Photo: Nathalie St-Pierre

Magda Fusaro souhaite également augmenter l'offre de cours dans les centres d'études universitaires, s'investir dans les projets de nouveaux pavillons sur le campus et développer le campus numérique sans fil, un projet qui lui tient particulièrement à cœur. «Il faut incarner l'accessibilité dans nos façons de faire», souligne la candidate, qui a raconté son arrivée à l'UQAM comme étudiante étrangère à la maîtrise en communication et sa rencontre avec le professeur Claude-Yves Charron. «J'arrivais d'une université française qui n'abordait pas la collégialité ou la hiérarchie de cette façon. L'accessibilité de Claude-Yves m'a profondément marquée et j'ai intégré le principe dans ma carrière de professeure, de directrice de programme, puis de cadre.»

Le corollaire de l'accessibilité est la diversité, estime Magda Fusaro. «Les programmes d'études constituent les assises de la vie académique. Ils sont modulables afin que nos étudiants trouvent un parcours qui leur convient, adapté aux nouvelles réalités sociales et politiques. Cette diversité a fait de l'UQAM une université de sciences, de sciences humaines et sociales et où les arts occupent une place extraordinaire. Il faut préserver cette diversité.  Et cette pluralité de perspectives sur le savoir marque également nos activités de recherche.»

La collégialité est également l'une des valeurs fondatrices de l'UQAM, souligne Magda Fusaro. «Cette collégialité nous aide à relever les défis de l'accessibilité et de la diversité. Elle implique dialogue, communication, ouverture et transparence. Cela suppose que l'on revoit la gouvernance qui est la nôtre.»

Depuis quelques années, les commentaires sur l'UQAM dans l'espace public sont parfois difficiles à encaisser, remarque la candidate. «Ils révèlent une perception négative qui nuit sans doute à notre image, mais je crois que nous ne sommes pas autant malmenés que mal connus. C'est à nous de faire en sorte que cette perception change.»

La candidate a tenu à souligner à de nombreuses reprises le travail des employés de son vice-rectorat et des services avec lesquels elle a collaboré depuis son arrivée à la Direction de l'UQAM il y a un peu plus d'un an.

Le programme de Magda Fusaro s'articule autour de trois chantiers. Le premier: «Assumer la fierté d'appartenir à cette grande institution et la faire rayonner». Renforcer le sentiment d'appartenance passe selon elle par des mesures de reconnaissance du travail des employés.

Elle souhaite également «innover pour un milieu de vie stimulant». «Pour cela, il faut améliorer nos conditions de travail et nous assurer d'un environnement socialement responsable, sans aucune forme de violence précise-t-elle. Il faut que l'UQAM soit un milieu de vie exemplaire où chacun puisse s'épanouir intellectuellement, socialement et professionnellement.»

Le troisième chantier proposé par Magda Fusaro touche à la mission première de l'UQAM: «Faire avancer le savoir, partager et diffuser les connaissances, démocratiser l'enseignement supérieur». «L'enjeu premier en matière de recherche est le soutien, l'enjeu second est l'allégement de nos procédures administratives et l'enjeu ultime, le financement.»

«Où l'UQAM sera-t-elle dans cinq ans?, demande Magda Fusaro. Pensons plus grand, pensons différemment, pensons à oser. Osons l'UQAM.»

Des questions du public

Des membres de la communauté ont posé des questions similaires aux deux candidates. Ce fut notamment le cas de Louisa Cordeiro, vice-présidente du Syndicat des employées et employés (SEUQAM), qui a tenu à réitérer l'état d'épuisement des employés de soutien, «principales victimes des compressions au cours des dernières années», et a voulu savoir ce que comptaient faire les deux aspirantes rectrices pour leur redonner un sentiment d'appartenance envers l'UQAM.

François Bergeron et Louisa CordeiroPhoto: Nathalie St-Pierre

«C'est gênant de voir le nombre de burnout dans une université qui se dit "humaine", a répondu Corinne Gendron. Il faudra s'appuyer sur des états fiables de la situation pour trouver des solutions. Voilà pourquoi je souhaite mettre en place une nouvelle politique de gestion des ressources humaines.»

«Il est vrai que ce sont les employés de soutien qui ont payé le prix des compressions, a reconnu Magda Fusaro. C'est à nous de faire les changements qui s'imposent pour leur redonner cette fierté de travailler pour l'UQAM. Il faut que chaque employé puisse participer à des projets stimulants pour envisager son avenir à l'UQAM de manière positive.»

Les deux candidates ont également souligné l'importance des chargés de cours au sein de l'université en réponse à une question de Marie Blais, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours (SCCUQ).

Le professeur du Département de mathématiques François Bergeron, qui siège à la Commission des études, déplore que le Bureau de la vice-rectrice à la Recherche et à la création soit un vice-rectorat mineur et il aimerait que le poids de ce dernier soit accru au sein de la prochaine administration. Il a demandé aux candidates si elles s'engageaient à investir des sommes substantielles en recherche.

«Je partage votre diagnostic, a répondu sans détour Corinne Gendron. La recherche est vitale pour notre université et nous devrions même multiplier les unités de recherche plutôt que réduire leur budget.»

Magda Fusaro a également répondu par l'affirmative en s'engageant à investir davantage en recherche. «La production de connaissances est l'une des missions fondamentales de l'UQAM. Pour créer, il faut du temps et des espaces et cela doit se refléter dans les sommes que nous consentons à la recherche.»

On peut visionner les présentations des candidates:
https://tv.uqam.ca/rencontre-candidates-rectorat

Rappelons que la consultation aura lieu du 1er au 7 novembre prochains.

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