Une course à trois

Corinne Gendron, Monique Brodeur et Luc-Alain Giraldeau présentent leur programme à la communauté universitaire.

27 Avril 2017 à 10H36

Il y avait presque salle comble le 26 avril pour la rencontre avec les personnes candidates au rectorat, qui avait lieu à la salle Marie-Gérin-Lajoie. Plusieurs centaines de personnes, membres du personnel et étudiants, s'étaient déplacées pour entendre Corinne Gendron, Monique Brodeur et Luc-Alain Giraldeau présenter leur vision de l'institution et leur programme pour l'UQAM. Chaque candidat bénéficiait de 15 minutes pour effectuer sa présentation, suivie d'une période de questions de 10 minutes. L'ordre des présentations avait été déterminé par tirage au sort.

Corinne Gendron

Corinne Gendron
Photo: Nathalie St-Pierre

Professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, Corinne Gendron a été la première à prendre la parole. «J'ai choisi de briguer le poste de rectrice de l'UQAM, car je crois qu'il est urgent que notre université entre dans une nouvelle phase de son développement grâce à un engagement collectif, affirme-t-elle. Je veux y contribuer par un leadership collégial, mais aussi créatif et volontaire.»

Impliquée dans plusieurs comités et conseils scientifiques sur la scène nationale et internationale, la professeure siège également au conseil d'administration de l'UQAM, où elle a pu se frotter aux principaux enjeux de notre institution.

Ses expériences au Québec et à l'international lui ont permis de mener des projets à l'intersection des sciences naturelles, des sciences humaines, des sciences de la gestion et du droit. «J'y ai prouvé qu'on peut obtenir de la collaboration même dans des contextes polarisés. Mon principe est de rester à la table le temps qu'il faut, en y arrivant avec des propositions rassembleuses et en donnant réellement suite aux discussions. J'ai appris qu'il est essentiel de ne pas rester longtemps sans direction, sans objectifs partagés.»

«Je veux apporter au rectorat de l'UQAM mon bagage multidisciplinaire, mon rayonnement international, mais surtout mon écoute et mon profond respect pour le talent de chacun. Je mettrai tout en œuvre pour concilier des positions parfois divergentes à travers des propositions innovantes et constructives que nous devrons inventer ensemble.»

L'UQAM n'a pas peur du débat, souligne la candidate. «Il est parfois coûteux, souvent mal conduit, mais il est une source de réflexion, d'idées et de changements. Changer ne signifie pas que les instances et les services doivent être démantelés au nom de l'efficience. Je crois au contraire qu'ils doivent être renforcés et mobilisés autour d'objectifs de développement stratégique.»

À propos du débat entourant la décentralisation, Corinne Gendron est catégorique: «Pas question d'avoir sept "mini universités" en compétition pour des ressources limitées. Notre université est "une" et doit rester "une".» La décentralisation, c'est à l'échelle des départements qu'elle doit être implantée, pour être ensuite coordonnée dans un espace facultaire qui favorise le dialogue et l'efficience, estime-t-elle. «Oui à des facultés qui écoutent et servent leurs unités de base, et oui à la clarification des responsabilités et à l'élimination des dédoublements pour qu'il y ait moins d'obstacles au développement et que le travail de tous et chacun soit facilité et valorisant.»

La candidate estime que l'École des sciences de la gestion (ESG UQAM) a besoin d'être écoutée, qu'elle a besoin de marge de manœuvre pour optimiser son recrutement et pour développer sa programmation. Mais, insiste-t-elle, «malgré ce qu'on a pu en dire, l'attachement à l'UQAM y est très fort».

Corinne Gendron propose, entre autres, les chantiers suivants: le recrutement de nouveaux étudiants, une visibilité accrue de l'UQAM, des liens plus forts entre les étudiants et les milieux de travail, un soutien puissant aux chercheurs et aux créateurs, des partenariats novateurs entre chercheurs et milieux sociaux, économiques et politique, et un meilleur financement.

«Je compte mettre toute mon énergie à dynamiser notre institution, à la réaligner sur sa mission académique d'accessibilité, de créativité et de qualité, et à porter les valeurs de l'UQAM pour que celle-ci soit à l'avant-garde des universités québécoises», a-t-elle conclu.

Hugo CyrPhoto: Nathalie St-Pierre

Hugo Cyr, doyen de la Faculté de science politique et de droit, et Anne Latendresse, professeure au Département de géographie, ont posé chacun une question concernant les effets de la décentralisation, l'un sur les assemblées départementales et les conseils académiques, l'autre sur la Commission des études. «Il y a eu suffisamment de réorganisations à l'UQAM au cours des dernières années. Revoir des structures et des instances n'est donc pas ma priorité, a répondu Corinne Gendron. Si on doit poursuivre la réflexion sur la décentralisation, les départements seront au cœur de celle-ci et si l'on doit modifier des instances, il faudra le faire en dialogue avec tous les acteurs concernés.»

Thérèse Fillion, présidente du Syndicat des employées et employés de l'UQAM (SEUQAM), a soulevé l'enjeu des employés de soutien qui, selon elle, ont été les plus durement touchés par les compressions des dernières années. «Je suis très préoccupée par le bien-être des employés de soutien, a répondu la candidate. Je souhaite m'appuyer sur les résultats de l'enquête menée en 2016 auprès des employés de soutien, faire un bilan des compressions et ouvrir un chantier pour tenter de régler les principaux problèmes.»

Francis Bouchard, président de l'Association étudiante de l'École des sciences de la gestion, a voulu savoir quelle était, selon Corinne Gendron, la place réservée aux étudiants dans la gouvernance de l'UQAM. «Je crois beaucoup à l'innovation étudiante et à l'entrepreneurship étudiant, a souligné la candidate. Il y a une place pour les étudiants dans les instances de l'UQAM, car il est essentiel d'obtenir leur point de vue pour prendre des décisions.»

Monique Brodeur

Monique Brodeur
Photo: Nathalie St-Pierre

La doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, Monique Brodeur, a établi clairement son programme pour l'UQAM. «Je m'engage à unir nos forces, améliorer notre organisation, et promouvoir nos réalisations et ambitions», affirme-t-elle.

Pour unir les forces au sein de l'institution, Monique Brodeur souhaite créer «un environnement sécuritaire, démocratique, inclusif et écocitoyen, permettant aux étudiantes et aux étudiants de prendre en charge leur éducation, leur santé et le développement de leur plein potentiel.» Elle estime également qu'il faut adapter les modalités des cours pour soutenir la conciliation famille-étude-travail. «Nous devons veiller à ce que les professeurs, leurs étudiants et leurs stagiaires ainsi que les unités de recherche bénéficient des conditions favorables à leurs travaux de recherche-création et de services à la collectivité.»

«Les membres de la communauté sont notre plus grande richesse, a-t-elle poursuivi. Il faut rétablir un climat de respect, de collaboration et de solidarité. Pour ce faire, je propose de créer une table institutionnelle de concertation permanente afin de promouvoir de façon concrète, continue et constructive un dialogue entre tous les membres de la communauté, et ce, pour assurer la solidarité nécessaire au bien-être des personnes, au bon fonctionnement de notre université et à la prévention de situations de crise.»

La doyenne souhaite tenir un débat institutionnel sur la liberté d'expression, mettre en œuvre les recommandations du rapport de recherche sur les violences sexuelle en milieu universitaire au Québec et adopter la Politique 16 contre le harcèlement sexuel pour ensuite assurer son implantation.

Monique Brodeur s'engage à compléter la décentralisation administrative et budgétaire. «Il faut établir des mesures communes de calcul des produits et charges pour assurer la planification du développement des programmes, des départements, des facultés, de l'École et de l'Université. Et pour cela, il faut assurer la péréquation et l'asymétrie nécessaires à la capacité de chaque unité de se développer et d'exercer sa mission, dans le respect de l'intégrité institutionnelle.»

La doyenne estime que la population québécoise ne connaît pas suffisamment la contribution de l'UQAM au développement de la société. «Le 50e anniversaire de l'UQAM est une occasion extraordinaire pour faire rayonner nos expertises et aller chercher, par le biais de notre campagne majeure, des fonds nécessaires au développement de projets porteurs.»

L'UQAM doit également consolider son positionnement auprès du gouvernement, note la candidate. «Il faut encourager des collaborations avec les autres universités québécoises par une participation active et un leadership assumé aux instances de concertation, notamment le Bureau de coopération interuniversitaire et le futur Conseil des universités, dit-elle.  Il faut également structurer nos collaborations avec un réseau canadien et international d'universités ciblées.»

Enfin, la doyenne souhaite développer encore davantage les services à la collectivité. «On en fait déjà beaucoup, on peut le faire mieux et le faire reconnaître. Il faut encourager les projets interdisciplinaires, en misant notamment sur nos unités de formation et de recherche-création ainsi que sur nos instituts.»

«Il faut travailler ensemble, avoir du plaisir afin que l'UQAM soit plus solidaire, plus forte, plus rayonnante et profite de la diversité de ses acteurs. Je m'engage à soutenir et à défendre l'UQAM vigoureusement», a-t-elle terminé.

Gaby Hsab, récemment élu doyen de la Faculté de communication, a demandé à Monique Brodeur si elle s'inscrivait dans la foulée du rapport Dandurand-Tremblay concernant le processus de décentralisation. «Je me dissocie du rapport», a répondu la candidate tout en affirmant qu'il s'agit d'un élément pouvant alimenter une réflexion plus large. «Nous devons parachever les travaux de décentralisation, qui n'est pas une fin en soi, rappelons-le, mais un moyen pour se doter d'une organisation qui soutienne les programmes et les départements dans leur mission académique.»

Jean-Philippe Guilbault
Photo: Nathalie St-Pierre

Jean-Philippe Guilbault, du Montréal Campus, a demandé ce qui avait poussé Monique Brodeur à présenter sa candidature, elle qui avait pourtant signifié en février dernier à un journaliste du Devoir qu'elle voyait d'un bon œil la candidature de Luc-Alain Giraldeau.  «Je ne voulais pas fermer la porte à ma candidature, car comme féministe, c'est important que les femmes relèvent ce genre de défi, a-t-elle répondu. Des gens autour de moi m'ont interpellée, car ils croient que j'ai quelque chose à apporter à l'UQAM et j'en suis venue à croire que c'était ma responsabilité de me présenter dans cette course au rectorat. Et le premier qui en a été avisé fut Luc-Alain Giraldeau.»

«Quelle est votre vision de la collégialité à l'UQAM?», a demandé Marie Blais, chargée de cours au Département d'études urbaines et touristiques et présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours (SCCUQ). «Nous avons l'expertise pour définir des modes de fonctionnement assurant la transparence des prises de décision, a répondu Monique Brodeur. Nous devons également prévoir des modes de communication efficaces pour faire connaître ces processus à la communauté.»

Luc-Alain Giraldeau

Luc-Alain GiraldeauPhoto: Nathalie St-Pierre

«Un recteur doit être capable de parler de ce que signifie être un professeur et un chercheur», affirme Luc-Alain Giraldeau, doyen de la Faculté des sciences. En présentant ses principales réalisations en recherche, ce dernier a insisté sur l'interdisciplinarité de ses projets, dont certains intègrent les sciences, les arts et les sciences humaines.

Luc-Alain Giraldeau a souligné son implication dans la gestion depuis son arrivée comme professeur au Département des sciences biologiques, ayant été tour à tour directeur de département, vice-doyen à la recherche, puis doyen. «Chaque poste représente de nouveaux défis. On apprend à collaborer avec de nouveaux services, de nouveaux cadres, à tisser de nouvelles relations.» Selon lui, on ne peut pas s'improviser recteur. «L'Université est une institution complexe à gérer et à comprendre. Il faut parfois prendre des décisions difficiles pour le bien de tous. Il faut aussi savoir être à l'écoute.»

Convaincu du bien-fondé de la décentralisation, Luc-Alain Giraldeau, après avoir entendu les assemblées départementales de sa faculté se prononcer sur ce sujet, estime que ce n'est pas une bonne idée de réaliser ce projet  dans les conditions actuelles. «Je propose une pause de décentralisation, car les coûts seraient de loin supérieurs aux bénéfices que l'on pourrait en retirer.»

Selon lui, cette pause ne devrait pas empêcher de se pencher sur les demandes de l'École des sciences de la gestion. «Je propose un projet-pilote de deux ans qui accorderait une plus grande autonomie financière à l'ESG, à condition que cela respecte l'ensemble des règles de l'UQAM, les conventions collectives et que cela se fasse à coût nul pour les autres facultés.»

Le doyen souhaite par ailleurs s'attaquer à deux problèmes liés au développement de l'UQAM: le manque de notoriété de l'université et les problèmes de financement chroniques. «L'UQAM est la seule université au Québec qui a été créée par la volonté populaire de s'émanciper en ayant accès à l'éducation supérieure, souligne-t-il. Nous avons réussi, mais il faut s'adapter aux changements sociaux et revenir à notre mission première d'accessibilité.»

L'interdisciplinarité est au cœur de son programme. «Les jeunes sont inquiets, car le travail qu'ils vont occuper n'existe pas lorsqu'ils s'inscrivent au premier cycle, dit-il. Le monde change  rapidement. Voilà pourquoi nous devons favoriser une mobilité interdisciplinaire. Les étudiants en sciences doivent pouvoir s'inscrire à des cours en arts ou en sciences humaines et inversement.»

Le doyen de la Faculté des sciences souhaite également appuyer la recherche-création, un concept issu de l'UQAM. «La création artistique doit être considérée comme l'équivalent de la production scientifique et pour cela, nous devons trouver des façons de valoriser et de soutenir nos créateurs», dit-il.

Luc-Alain Giraldeau propose trois projets pour l'UQAM. «L'égalité homme-femme doit figurer en tête de liste de nos priorités et il faut créer un milieu sans harcèlement sexuel et sans violence, dit-il. Nous sommes des pionniers en sciences de l'environnement et notre campus des sciences porte le nom de Pierre Dansereau, le père de l'écologie au Québec. Nous avons donc la responsabilité de devenir une université écoresponsable, ce que je veux réaliser durant mon mandat. Enfin, nous devons nous doter d'une culture de la reconnaissance afin de valoriser les membres du personnel de l'UQAM.»

Carl Vaillancourt, un diplômé, a demandé à Luc-Alain Giraldeau ce qu'il pensait des heures d'ouverture réduites des bibliothèques de l'UQAM. «Les bibliothèques devraient être ouvertes en tout temps. Il faut voir comment cela pourrait être possible. Peut-être qu'une analyse de la situation démontrerait que ce dont les étudiants ont besoin, ce sont des locaux pour étudier ou travailler en équipe», a répondu le doyen.

Micheline MarierPhoto: Nathalie St-Pierre

Micheline Marier, ergonome de l'UQAM, a souligné le climat de morosité, le taux alarmant de problèmes de santé chez le personnel et un manque de concertation sur la santé au travail des employés. «La culture de la reconnaissance que je souhaite implanter vise à reconnaître les bons coups des employés, mais aussi à s'assurer que le personnel œuvre dans un environnement de travail adéquat», a répondu le doyen.

Jean Dubois, professeur à l'École des arts visuels et médiatiques, a souligné que le doyen était le seul candidat à avoir abordé la place de la création à l'UQAM. «Comment favoriser la relation entre la création et les autres savoirs à l'UQAM?», a-t-il demandé. «Nous devons consulter les créateurs et leur demander de quelle manière nous pouvons les aider, croit le candidat. Je pense notamment aux demandes de subventions. Le Service de la recherche et de la création doit être davantage impliqué dans le processus.»

On peut visionner les présentations des candidats:
https://tv.uqam.ca/rencontre-les-personnes-candidates-rectorat

 Rappelons que la consultation aura lieu du 8 au 15 mai prochains. 

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