Initiatives urbaines à surveiller

Les professeurs finalistes au Rendez-vous Pile 2017 proposent des projets novateurs.

20 Octobre 2017 à 9H22

Image: iStock

Le Rendez-vous Pile 2017, organisé par le Service des partenariats et du soutien à l'innovation (SePSI) dans le cadre des célébrations de l'UQAM entourant le 375e de Montréal, aura lieu le 9 novembre prochain. C'est à cette occasion que seront désignés les lauréats de deux concours s'adressant aux étudiants et aux professeurs lancés plus tôt cette année. Ces concours, qui visent à valoriser l'innovation en recherche et en création, ont pour thème commun «Des solutions de recherche pour un mieux-être dans la ville».

Les cinq projets étudiants finalistes et les cinq projets finalistes menés par des professeurs seront présentés devant public et évalués par un jury formé principalement de gens d'affaires à l’Agora Hydro-Québec (CO-R500) du Cœur des sciences, de 13 h 30 à 16 h. Les gagnants seront connus le jour même, lors d'un gala de remise de prix qui commencera à 17 h au MT Lab (SB-7250). Professeurs et étudiants ont bénéficié du soutien du Centre d'entrepreneuriat de l'ESG UQAM et de Aligo Innovation dans la préparation de leur dossier de candidature.

Du côté des professeurs, deux bourses de 10 000 dollars sous forme de comptes de recherche seront remises aux gagnants. Ces comptes permettront aux professeurs et à leurs équipes de financer la totalité ou une partie de leur projet de recherche. Un prix de 5 000 dollars sera décerné par Aligo Innovation afin de finaliser la phase de validation d'un projet. Desjardins Lab remettra également une entrée dans son bootcamp entrepreneurial, d'une valeur de 5 000 dollars.

Les personnes intéressées à assister aux activités du Rendez-vous Pile peuvent s'inscrire ici: https://rvpile.uqam.ca/

Une plateforme numérique pour le Vieux-Montréal

La professeure Priscilla Ananian, du Département d'études urbaines et touristiques, mène depuis quelques années une recherche sur la qualité du milieu de vie et l'évolution du Vieux-Montréal et de ses anciens faubourgs face à la construction de nouveaux condominiums, à l'intensification des activités touristiques et événementielles, et à la réalisation de projets d'aménagement. «En collaboration avec la Société de développement commercial (SDC) du Vieux-Montréal et d'autres acteurs du milieu, nous souhaitons créer un outil d'observation, de gestion et de prospection des initiatives visant l'amélioration de la qualité du milieu de vie dans ce secteur», révèle la chercheuse.

Cet outil prendra la forme d'une plateforme numérique cartographique qui recensera tous les projets et interventions visant l'amélioration du cadre de vie, émanant de tous les intervenants et usagers du milieu: les acteurs du développement et de l'aménagement, les organismes locaux et les résidents.

Cette plateforme, espère la professeure, permettra d'appliquer concrètement des connaissances issues de la recherche qui s'achève et de tester une nouvelle approche de gestion et de planification urbaine. «Nous espérons qu'une telle plateforme permettra de favoriser le dialogue entre toutes les parties prenantes du quartier», ajoute-t-elle. La réalisation de cet outil numérique s'inscrit comme une étape indispensable vers la mise sur pied, en 2018, d'un Observatoire de la qualité du milieu de vie dans le Vieux-Montréal et ses anciens faubourgs.

Production alimentaire mobile

Réunis au sein du Laboratoire sur l'agriculture urbaine (AU/LAB), les professeurs Eric Duchemin (Institut des sciences de l'environnement) et Mark Poddubiuk (École de design) proposent la création d'un module de production alimentaire urbain mobile dans un conteneur.

Ce projet, mené en collaboration avec le Carrefour alimentaire Centre-Sud et le Pôle alimentaire du Bâtiment 7 (Pointe-Saint-Charles), vise la promotion d'une saine alimentation et la production d'aliments pour les communautés.

Le module se veut aussi un espace de formation à diverses techniques de production alimentaire telles que l'hydroponie, la production de micro-pousses et l'aquaponie. «Pour être viable, un tel module devra, autant que possible, être énergétiquement autonome et efficient  dans sa consommation d'eau, peu coûteux, facile à installer et à faire fonctionner», précise Eric Duchemin, directeur scientifique de AU/LAB.

Le projet, auquel collaborera également Danielle Monfet, professeure à l'École de technologie supérieure, s'inscrit dans un objectif plus large de lutte à l'insécurité alimentaire. «Le module pourrait servir dans des zones de crise afin de procurer des légumes aux populations frappées ou encore à valoriser des friches industrielles en y permettant la mise en place d'unités de production alimentaire», ajoute Eric Duchemin.

Prendre son quartier en main

Les locataires d'habitations à loyer modique (HLM) font partie des populations les plus vulnérables de la société – ils présentent une prévalence plus élevée de maladies physiques et mentales ainsi qu'une espérance de vie réduite comparativement à la population générale. «Le projet Flash mon quartier! vise à impliquer des locataires de HLM dans l'évaluation de leur environnement résidentiel – incluant leur logement, leur immeuble et leur quartier», décrit Janie Houle. La professeure du Département de psychologie aimerait rassembler le matériel produit jusqu'à maintenant dans le cadre de ce projet pour en faire une trousse d'accompagnement.

Depuis l'amorce du projet à Pointe-aux-Trembles, en 2014, la chercheuse et son équipe ont mené une recherche en trois volets pour impliquer les locataires. Le premier, Photovoice , est une démarche structurée de huit semaines au cours de laquelle les locataires sont invités à photographier les éléments de leur environnement résidentiel qui favorisent ou nuisent à leur bien-être, à en discuter en groupe de manière critique et à préparer une exposition destinée aux décideurs de leur communauté. Le deuxième volet est une observation systématique du quartier à l'aide d'une grille et le troisième consiste à mener une enquête auprès de l'ensemble des ménages des HLM. «Une fois ces trois étapes franchies, nous organisons un forum où les locataires sont invités à identifier leurs priorités pour l'année suivante et à établir un plan d'action», précise Janie Houle.

Depuis 2016, le projet a également été déployé à Lévis, Saint-Hyacinthe, Gatineau, Trois-Rivières et Cowansville. «La création d'une trousse d'accompagnement permettrait de mettre nos stratégies novatrices à la disposition de l'ensemble des intervenants sociocommunautaires œuvrant dans les HLM, et aussi des professionnels travaillant dans le milieu municipal qui souhaitent impliquer les citoyens défavorisés dans les prises de décision les concernant», conclut la professeure.

Mieux choisir les arbres en ville

Il y a quelques décennies, les ormes abondants à Montréal ont été décimés par la maladie hollandaise de l'orme. Récemment, les frênes, qui représentent 20 % de la forêt urbaine, ont été ravagés par l'agrile du frêne, rappelle le professeur du Département des sciences biologiques Christian Messier. «Ces événements ont sensibilisé les gestionnaires forestiers des villes à diversifier les essences d'arbres, souligne-t-il, mais il n'existe pas d'outils ou d'approches intégrées permettant de choisir les meilleurs essences d'arbres à planter dans une rue, un parc ou un quartier en fonction des services qu'ils rendent et du besoin de maximiser la résilience du couvert arboré face à la menace des changements climatiques.»

Avec ses collègues Alain Paquette, Tanya Handa, Daniel Kneeshaw (sciences biologiques) et Thi Thanh Hien Pham (études urbaines et touristiques), Christian Messier souhaite développer une trousse informatique qui servirait d'aide à la décision pour la plantation d'arbres et la gestion forestière urbaine. «Cet outil serait basé sur les meilleures connaissances concernant les caractéristiques écologiques propres à chaque essence, les risques futurs –la tolérance à la sécheresse, la sensibilité aux principaux insectes et maladies en Amérique du Nord –, le vieillissement et les espèces actuellement présentes.»

Il faut, selon Christian Messier, viser une diversité optimale des essences d'arbre afin de réduire les risques de mortalité. La trousse guiderait les aménagistes pour atteindre cet objectif. «L'importance des arbres pour assurer le bien-être physique et psychologique des citadins est de plus en plus reconnue et notre projet s'inscrit dans cette foulée», souligne le chercheur.

Un outil pour connaître son empreinte environnementale

«Est-ce que je consomme trop par rapport à ce que la planète peut tolérer? Que se passerait-il si tous les habitants de la Terre consommaient comme moi?» Telles sont les questions auxquelles veut répondre Cécile Bulle, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, avec l'outil qu'elle propose.

La cotitulaire de la Chaire internationale sur le cycle de vie travaille sur un outil simplifié pour déterminer son empreinte environnementale basé sur l'analyse de différents choix – mode de transport, alimentation, gestion des déchets, habitudes de chauffage, etc. Dans chaque cas, l'outil tient compte des ressources utilisées et des émissions de gaz à effet de serre générées. «De plus en plus de personnes développent une conscience environnementale, mais se sentent démunies lorsque vient le temps de poser des gestes concrets, souligne la chercheuse. Cet outil d'aide à la décision permettra aux utilisateurs de mettre leurs efforts dans les actions qui comptent vraiment.»

Dans un premier temps, l'outil créé par Cécile Bulle – en collaboration avec les chercheurs Richard Janda et Philippe St-Jean, de l'Université McGill – prendra la forme d'un algorithme spécifiquement conçu pour les étudiants montréalais. La chercheuse souhaite ensuite étendre son usage à toute la population, en développant une application web facile à utiliser, grâce à un tableau d'affichage reflétant en temps réel l'empreinte environnementale de chacun selon ses choix. «Cet outil pourrait être le point de départ pour amorcer la transition de tous les citoyens vers un mode de vie durable», espère Cécile Bulle.  

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