ESSIMU à l'UQAM

Les résultats du volet sur l'UQAM de l'enquête sur les violences sexuelles sont dévoilés.

2 Octobre 2017 à 16H06

Une personne sur trois déclare avoir vécu au moins une forme de violence sexuelle depuis son arrivée à l'Université. Photo: Istock

Le rapport «Violences sexuelles en milieu universitaire – Résultats de l’enquête ESSIMU pour l’Université du Québec à Montréal» a été dévoilé le 28 septembre dernier en présence d'une cinquantaine de personnes, dont des représentants des syndicats des professeurs (SPUQ), des chargés de cours (SCCUQ), des employés (SEUQAM), des étudiants employés (SÉtuE), de l'Association des cadres (ACUQAM) et de l'Association facultaire des étudiants en sciences humaines (AFESH). Il s'agit du volet portant sur l'UQAM de l'enquête plus vaste menée en 2016 à travers le réseau universitaire et dirigée par la professeure du Département de sexologie Manon Bergeron.

À l'UQAM, 665 personnes parmi les 3 379 qui ont participé à l'enquête ESSIMU rapportent avoir fait l'objet de harcèlement sexuel durant l'année précédant le sondage. Parmi les personnes interrogées, 270 disent avoir subi des comportements sexuels non désirés, incluant des agressions sexuelles. Enfin, une personne sur trois déclare avoir vécu au moins une forme de violence sexuelle depuis son arrivée à l'Université.

«Il faut saluer l’apport de l'équipe de recherche ESSIMU, qui nous offre une précieuse opportunité d’accéder à une meilleure compréhension du problème des violences sexuelles en milieu universitaire et plus spécifiquement entre les murs de notre université», souligne Maude Rousseau, directrice du Bureau d'intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH).

Les données du rapport sont extraites de l’étude de 2016 intitulée «Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU): ce qu’en disent étudiant.es, enseignant.es et employé.es». L'étude a documenté au moyen d'un questionnaire en ligne les manifestations de violences sexuelles dans six universités québécoises francophones, dont l'UQAM. «Les résultats pour l'UQAM sont comparables à ceux des cinq autres universités», note la chargée de cours et doctorante en sociologie Sandrine Ricci, membre de l’équipe de recherche ESSIMU.

Soutenue par le Réseau québécois en études féministes (RéQEF), le Service aux collectivités (SAC) et le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), l'enquête touchait toutes les manifestations de violence sexuelle impliquant des personnes affiliées à l'université – peu importe leur statut –, qui se sont produites tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des murs des établissements.

La grande majorité des répondants de l'UQAM est constituée d'étudiants (74 %) des trois cycles et de femmes (71,8 %). «On observe une surreprésentation de ces deux groupes, ce qui illustre les limites méthodologiques de l'enquête, remarque la chargée de cours. Comme c'est le cas dans plusieurs enquêtes statistiques, nous avons procédé avec un échantillon non pondéré. Malgré ces limites, les résultats montrent que les violences sexuelles affectent une forte proportion d'individus à l'UQAM.»

Violence polymorphe

Le rapport distingue le harcèlement sexuel – comportements verbaux et non verbaux traduisant des attitudes insultantes, hostiles et dégradantes –, les comportements sexuels non désirés, incluant les tentatives de viol, les agressions et les attouchements sexuels, et la coercition sexuelle (chantage en retour de faveurs). Le harcèlement sexuel est la manifestation la plus répandue (29,9 %), suivi des comportements sexuels non désirés (15,2%) et de la coercition sexuelle (2,9 %).

Sans surprise, le rapport souligne que les principales victimes sont des femmes, qu'elles soient étudiantes ou membres du personnel, bien que les hommes ne soient pas épargnés. Par ailleurs, certains groupes sont davantage exposés: les individus appartenant à des minorités sexuelles et de genre, les personnes déclarant avoir un handicap ou un problème de santé et les étudiants étrangers.

Autre constat, près de 4 membres du personnel sur 10 – employés, cadres et enseignants – et près de 3 étudiants sur 10 rapportent avoir subi au moins un geste violent à caractère sexuel depuis leur arrivée à l'UQAM. Dans le cas du personnel, ces violences surviennent le plus souvent dans l'accomplissement de tâches de travail excluant l'enseignement. Du côté des étudiants, les violences se manifestent surtout dans le cadre d'activités d'enseignement, puis d'activités festives (excluant les initiations).

Initiatives contre la violence sexuelle

De nombreuses initiatives visant à contrer les violences à caractère sexuel sont soutenues par l'UQAM. À titre d’exemple, une formation a été offerte par le BIPH aux intervenants de première ligne, dont les agents de sécurité, afin de les outiller à recevoir des dévoilements et à intervenir le plus adéquatement possible. Les nouveaux cadres, les nouveaux professeurs et les doyens, notamment, ont également reçu une formation sur le maintien d’un milieu de travail et d’études exempt de harcèlement et de violences à caractère sexuel. Le Bureau soutient en outre des initiatives départementales misant sur une approche de proximité pour favoriser la prévention du harcèlement et des violences à caractère sexuel. Un calendrier de formation et d’activités de sensibilisation sera proposé sous peu à la communauté universitaire par le BIPH. Par ailleurs, les membres du Comité de la Politique 16 poursuivent leurs travaux relatifs à la révision de cette politique et à l’élaboration d’un Code d’éthique.

De leur côté, les Services à la vie étudiante ont offert à la rentrée, en collaboration avec le BIPH, des ateliers de formation à l'intention des organisateurs des activités d'intégration. Ces ateliers visaient à leur fournir des outils pour déceler et désamorcer des situations potentielles d'agression ou de harcèlement à caractère sexuel. L'Université participe aussi, depuis l'hiver 2016, à la campagne «Sans oui, c'est non!».

C'est dans ce cadre que le bar Département Bar & Bouffe, situé au pavillon Hubert-Aquin, participe au projet «Commande un angelot». «Si une personne ne se sent pas en sécurité, elle peut se présenter au comptoir et demander à l'un des membres de notre personnel un "Angelot". Nous pourrons alors la diriger vers un lieu sécuritaire afin de discuter de ses besoins», explique Louis Marcoux, directeur des Services alimentaires.

Les membres du personnel du Département Bar & Bouffe ont tous été formés afin de savoir comment intervenir quand une personne commande un «Angelot». «Notre personnel sera à l'écoute. La personne veut-elle que l'on commande un taxi pour qu'elle puisse quitter les lieux ? Souhaite-t-elle qu'on la change de section? Veut-elle que l'on avise un de ses proches? Souhaite-t-elle que l'on appelle le Service de sécurité ? Plusieurs cas de figure peuvent survenir», illustre Louis Marcoux.

Afin de bien faire connaître la campagne, des affiches  explicatives seront placardées dans les salles de bain et des autocollants seront apposés sur le bar. «Nous utilisons déjà des sous-verres de la campagne "Sans oui, c'est non!", précise Louis Marcoux. Et nous nous assurons également de mettre en évidence la Politique no 16 contre le harcèlement sexuel et la Politique no 42 contre le harcèlement psychologique.»

Au cours de l'automne, un deuxième volet du projet «Commande un Angelot» sera consacré à une formation sur les témoins actifs, c'est-à-dire aux manières efficaces de prévenir et/ou d'intervenir en cas d'incident à caractère sexuel.

Silence et banalisation 

L'enquête révèle un autre phénomène important, celui du silence entourant la violence sexuelle. Environ 90 % des victimes n'ont jamais signalé les gestes aux instances de l'UQAM et plus du tiers (34,7 %) n'ont jamais dévoilé ce qu'elles avaient vécu. Les motifs de non-dévoilement les plus fréquemment évoqués sont de ne pas considérer l'incident assez grave ou de vouloir le mettre derrière soi pour ne plus y penser.

«Cela témoigne d'une culture de la banalisation, qui n'est pas propre au milieu universitaire, souligne Sandrine Ricci. Beaucoup de gens ont de la difficulté à identifier ce qu'ils ont vécu comme étant une agression. C'est pourtant un enjeu crucial. Il faut continuer d'expliquer que la violence sexuelle est multiforme et ne se résume pas à la tentative de viol.»

Autres motifs de non-dénonciation: plusieurs victimes mentionnent la crainte de ne pas être prises au sérieux par les instances de l'UQAM et le manque de confiance à l'endroit des ressources en place. La directrice du BIPH souhaite que cette perception puisse changer et travaillera activement en ce sens. « Il est impératif que les membres de notre communauté victimes de violences à caractère sexuel soient assurés de recevoir l’accueil et la réponse qui s’imposent dans le contexte.»

Le rapport indique, par ailleurs, que plus de 70 % des répondants souhaitent un accompagnement dans les démarches de dénonciation et de plainte et que 58 % demandent un soutien psychologique par un organisme ou un intervenant  à l'extérieur de l'Université.

Des recommandations

À la lumière des résultats de l’enquête, les auteures du rapport formulent une série de recommandations pouvant s'appliquer au contexte spécifique de l'UQAM. D'abord, finaliser dans les plus brefs délais la politique pour contrer les violences sexuelles (Politique no 16), puis mettre sur pied un comité responsable de son application et de son évaluation formé d'au moins 50 % de femmes, d'étudiants de tous les cycles et de personnes issues de groupes discriminés. Le comité inclurait également des représentants du Bureau d'intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH), de l'équipe de recherche ESSIMU et des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). Le rapport propose qu'il y ait une personne-ressource spécialisée et indépendante au sein de l'Université, embauchée sur une base permanente, qui pourrait offrir du soutien, faire de la prévention, de la formation et de l'accompagnement.

D'autres recommandations concernent, notamment, la création d'un lieu unique de renseignements sur la violence sexuelle en milieu universitaire, un portail Web par exemple; l'amélioration de la collecte et du traitement de statistiques annuelles sur les signalements et les plaintes; des campagnes de sensibilisation permanentes et adaptées aux différents groupes de la communauté universitaire; la mise en place d'un environnement physique sécuritaire; le développement d'interventions éducatives; et le financement de projets de recherche dans le domaine des violences sexuelles en milieu universitaire.

«Bien que contrer les violences sexuelles relève de l’ensemble de la communauté universitaire, le BIPH fait partie des acteurs clés qui peuvent contribuer à assurer un milieu d’étude et de travail exempt de violences sexuelles, dit Maude Rousseau. En ce sens, comme directrice du Bureau, soutenue par le Comité de la Politique 16, je compte mettre en application les recommandations du rapport ESSIMU qui relèvent du Bureau. Le travail est déjà avancé, mais il reste encore beaucoup de pain sur la planche.»

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