Des amitiés salutaires

En matière de santé masculine, l'influence des pairs compte plus que celle de la conjointe.

20 Novembre 2017 à 9H38

Photo: iStock

Les hommes, c'est bien connu, font moins attention à leur santé que les femmes. Certes, ils font plus de sport, mais ils mangent moins bien, ils ont plus de conduites à risque avec l'alcool et les drogues et ils attendent plus longtemps avant de consulter un médecin. Leur espérance de vie plus courte que celle des femmes serait en partie attribuable à ces moins bons comportements en matière de santé. Mais qu'en est-il des hommes qui prennent soin d'eux? La professeure du Département de psychologie Janie Houle a publié dans American Journal of Men's Health le dernier d'une série d'articles tirés d'une vaste étude intitulée Les hommes et leur santé: à la recherche de modèles masculins sains.

La promotion de la santé est souvent abordée sous l'angle des variables individuelles – on tente de comprendre les motivations d'un individu à prendre soin de sa santé. «Nos comportements individuels sont toutefois influencés par les environnements dans lesquels on évolue, indique Janie Houle. C'est ce que l'on appelle les déterminants sociaux de la santé.» Voilà pourquoi son équipe de recherche a également mesuré l'influence de la conjointe, celle du quartier et celle des pairs, c'est-à-dire des amis et des collègues de travail, sur les comportements promoteurs de santé. L'étude a été réalisée auprès d'un échantillon de 669 hommes, recrutés avec la collaboration de centrales syndicales.

Les chercheurs ont d'abord analysé dans quelle mesure les hommes de leur échantillon se sentent compétents à adopter des comportements promoteurs de santé, parmi lesquels l'activité physique, la nutrition, la responsabilité à l'égard de sa santé, les relations interpersonnelles, la capacité à gérer son stress et l'importance accordée à sa vie spirituelle. Ils se sont ensuite penchés sur les différentes influences environnementales.

«C'est la première fois que l'on note cette influence de manière aussi marquée dans la littérature scientifique.»

Janie Houle 

Professeure au Département de psychologie

Le plus récent article issu de l'étude, dont la première auteure est Janie Houle, porte sur l'influence des pairs. Les participants devaient répondre à des questions telles que: À quelle fréquence au cours du dernier mois tes amis ou tes collègues t'ont félicité pour avoir adopté un bon comportement de santé? Ont fait quelque chose de concret pour t'aider à adopter un comportement de santé? T'ont encouragé à modifier un comportement qui était malsain? Ont servi d'exemple positif pour toi?

Janie Houle
Photo: Émilie Tournevache

Pour tous les comportements promoteurs de santé, l'influence des amis et des collègues était primordiale, même en contrôlant les autres variables étudiées, souligne Janie Houle. «L'influence des pairs est plus importante que celle de la conjointe. C'est la première fois que l'on note cette influence de manière aussi marquée dans la littérature scientifique.»

Les chercheurs ont voulu aller au-delà de l'analyse strictement quantitative et donner la parole aux hommes qui prennent soin (ou non) de leur santé. «Nous avons retenu 31 sujets sur un spectre allant de ceux qui avaient les moins bons aux meilleurs comportements promoteurs de santé. Nous avons baptisé les meilleurs exemples nos "cas lumineux"», dit-elle en riant.

Savoir s'entourer

Les chercheurs ont voulu comprendre comment les collègues et les amis aident (ou non) ces hommes à adopter des comportements promoteurs de santé. «Faire des activités entre amis est la réponse qui revenait le plus souvent, souligne la chercheuse. On pense, par exemple, à la pratique du sport ou au plaisir de partager des repas santé. Nos meilleurs exemples s'entourent de pairs qui prennent aussi soin de leur santé. Certains nous ont même raconté avoir "fait le ménage" dans leur cercle d'amis afin de mieux s'entourer.»

«Nos meilleurs exemples s'entourent de pairs qui prennent aussi soin de leur santé. Certains nous ont même raconté avoir "fait le ménage" dans leur cercle d'amis afin de mieux s'entourer.»

Évidemment, l'influence des pairs peut aussi être négative. «Ceux qui prennent moins soin d'eux blâment leur entourage en affirmant qu'ils n'ont pas le choix de "suivre" les collègues ou les amis dans les restaurants de fast-food ou au bistro, note la professeure. On parle alors de modèles négatifs.» Certains hommes ne se servent-ils pas de ces modèles négatifs pour changer, par effet repoussant? «Malheureusement non, dit la chercheuse. Par contre, nos "cas lumineux" ont souligné à quel point leurs collègues et amis les inspiraient à poursuivre leurs bons comportements.»

Les hommes qui prennent soin de leur santé ont également avoué qu'ils n'avaient plus le choix de poursuivre dans cette voie, car ils étaient devenus un modèle pour les autres. «C'est la première fois que l'on démontre cela dans la littérature scientifique. On avait déjà relevé le phénomène chez les pères par rapport à leurs enfants, mais pas avec des amis», précise Janie Houle.

L'affaire de tous !

Bref, pour mieux comprendre les comportements promoteurs de santé chez les hommes, on ne doit pas regarder uniquement des variables individuelles, mais aussi leur environnement – leurs amis, leurs collègues, leur conjointe et leur quartier. «Si les collègues et les amis ont une importance significative dans l'adoption des comportements promoteurs de santé, cela veut dire que la promotion de la santé n'est pas que la responsabilité des professionnels de la santé, mais bien de chacun d'entre nous, conclut Janie Houle. Nous pouvons avoir une influence sur les gens que nous fréquentons en les incitant à prendre soin de leur santé et à modifier certains comportements.» 

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