Sport collectif ou individuel?

Une étude analyse les effets de la pratique sportive sur la consommation d'alcool des ados.

11 Décembre 2017 à 16H30

Photo: iStock

Le sport, c'est la santé, dit-on. Mais est-ce toujours le cas? Au cours des dernières années, des études ont lié la pratique sportive à l'adolescence avec la consommation d'alcool. «Ce qui n'avait pas été démontré clairement, c'est la distinction entre les sports collectifs, comme le hockey, le baseball ou le soccer, et les sports individuels, comme la natation, le karaté ou le patin», souligne François Poulin. Le professeur du Département de psychologie a publié récemment un article sur la question dans Addictive Behaviors avec son ancienne étudiante Anne-Sophie Denault (Ph.D. psychologie, 2007), désormais professeure à l'Université Laval.

Les analyses présentées dans cet article s'appuient sur des données provenant d'une étude longitudinale amorcée en 2001 auprès de 390 élèves de sixième année de la région de Laval. «J'ai obtenu du financement du CRSH et du FRQSC afin de mieux comprendre les effets à court, moyen et long terme de la participation à des activités de loisirs organisées – sports, clubs sociaux, activités étudiantes, bénévolat, etc. – sur le développement des adolescents», raconte François Poulin.

La collecte initiale s'est déroulée alors que les élèves avaient 12 ans et a été reconduite à six autres reprises depuis, à 14, 15, 16, 17, 19 et 25 ans. Les résultats publiés dans l'article sont basés sur les six premières vagues de collecte. La pratique sportive a été mesurée entre 14 et 17 ans, tout comme la consommation d'alcool. Cette dernière mesure a toutefois fait l'objet d'une attention particulière lorsque les sujets ont atteint 19 ans. «Nous avons recueilli des informations plus détaillées, car nous souhaitions vérifier si, au-delà de la fréquence, certains ados avaient développé une consommation problématique à l'âge adulte», explique François Poulin.

Vérifier si la participation à un sport organisé, individuel ou collectif, a une influence sur la consommation d'alcool impliquait de contrôler plusieurs autres variables susceptibles de fausser les résultats. «Nous avons pris soin de contrôler les facteurs connus ayant un lien avec la consommation d'alcool à l'adolescence, comme la structure familiale, le revenu familial, l'éducation des parents,  les problèmes de comportement des jeunes et l'influence des pairs», précise le chercheur.

Des différences marquées

Les résultats indiquent que la pratique d'un sport individuel à l'adolescence a un effet protecteur contre la consommation d'alcool à 19 ans. «On note une diminution de la consommation d'alcool dans le temps chez les ados qui pratiquent un sport individuel. Les athlètes de sport individuel sont plus soucieux des effets dommageables qu'une consommation d'alcool peut avoir sur leur capacité à performer, explique François Poulin. Ils savent que leur réussite repose uniquement sur leurs performances individuelles.»

La participation aux sports d'équipe a un effet inverse. «Elle est associée à une hausse de la fréquence de la consommation d'alcool, note le chercheur. Cela s'explique sans doute par la culture festive propre aux sports d'équipe, où les victoires sont souvent bien arrosées.»

Attention aux raccourcis!

L'étude réalisée par François Poulin et sa collègue visait également à faire une distinction entre consommation d'alcool et consommation problématique. «Il ne faut pas annuler les inscriptions de vos adolescents aux sports d'équipe, souligne en riant le chercheur. Nos résultats démontrent que la pratique de sports collectifs est associée à une hausse de la consommation d'alcool, mais elle n'est pas associée au développement de problème de consommation. La nuance est importante!»

Participer à des loisirs organisés, insiste le professeur, comporte plus de bénéfices que d'inconvénients, notamment quant à la persévérance scolaire et à l'engagement civique.

D'autres études en cours

Une nouvelle collecte de données aura lieu à l'hiver 2019, alors que les sujets auront atteint l'âge de 30 ans. Le doctorant Gabriel Desroches, entre autres, se penche sur la participation à des activités sportives à l'adolescence et l'adoption de saines habitudes de vie à l'âge adulte. «L'une des hypothèses explorées est que la pratique d'un sport amène un sentiment de compétence que l'individu est capable de réinvestir et d'appliquer à d'autres aspects de sa vie, ce qui lui permettrait de prendre soin de lui, explique le professeur. On regarde aussi du côté des liens positifs que la pratique sportive a permis de développer avec des adultes signifiants et avec des pairs qui deviennent des amis.»

La diversité des pratiques

Ce qui semble le plus bénéfique pour les adolescents, c'est une diversité de pratiques, une combinaison entre sports, activités artistiques et implication étudiante, poursuit François Poulin. «Ils font ainsi des apprentissages variés, développent différentes compétences, sont exposés à différentes cultures au sens large et tout cela les aide dans leur développement identitaire.» 

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