Sport et développement

Un projet de recherche s'intéresse à une école de Madagascar qui utilise le sport pour tenir les jeunes à l'écart de la rue.

5 Septembre 2017 à 15H38

Photo: iStock

Soccer, rugby, cricket, basketball: les projets de sport pour le développement et la paix se multiplient un peu partout sur la planète. En zones de conflits ou dans les pays en voie de développement, on utilise le sport comme levier d'intégration ou de réintégration sociale. «L'activité sportive est un bon prétexte pour inciter les enfants et les adolescents à poursuivre leur cursus scolaire», explique Tegwen Gadais, professeur au Département des sciences de l'activité physique.

Les organisations non gouvernementales (ONG) qui mettent sur pied ce type de projets réclament de plus en plus l'appui de chercheurs qualifiés. «Elles ont besoin de nous pour les aider à développer leur projet, à en définir les grands enjeux et la méthodologie. En contrepartie, elles nous donnent accès à leurs données et nous permettent d'en récolter sur le terrain afin de mieux comprendre le processus, d'évaluer sa pertinence et ses retombées.»

«La condition pour participer aux tournois était d'être assidu à l'école, ce qui permettait de détourner les jeunes des gangs de rue qui pullulent dans la capitale.»

Tegwen Gadais

Professeur au Département des sciences de l'activité physique

Embauché en 2015 au Département des sciences de l'activité physique, Tegwen Gadais s'est initié au domaine du sport pour le développement et la paix au Salvador il y a quelques années. «J'ai travaillé avec une ONG qui organisait des tournois sportifs – football (soccer), natation, judo, basket et volleyball, entre autres – à l'intention des jeunes des quartiers de San Salvador, explique-t-il. La condition pour participer aux tournois était d'être assidu à l'école, ce qui permettait de détourner les jeunes des gangs de rue qui pullulent dans la capitale.» Un article portant sur l'évaluation de cette initiative devrait paraître au début de l'an prochain dans Journal of Sport for Development

La création d'une école de sport

Tegwen Gadais
Photo: Émilie Tournevache

Tegwen Gadais prépare un nouveau projet de recherche en collaboration avec l'ONG Bel Avenir, qui œuvre à Tuléar, une ville située au sud-ouest de l'île de Madagascar, le cinquième pays le plus pauvre de la planète selon les Nations Unies. «Les familles sont nombreuses – il n'est pas rare d'avoir 10 à 15 enfants – et les filles sont souvent amenées à se prostituer à un très jeune âge pour assurer la subsistance de la famille», explique le chercheur.

Bel Avenir propose un ensemble d'activités aux jeunes pour leur éviter de traîner dans la rue et de tomber dans le piège de la prostitution. Soutenue par la fondation du club de soccer Real Madrid, qui lui a fait don de ballons et d'équipements, et qui a contribué à rénover ses terrains de soccer, l'école encourage la pratique du sport, mais offre également des activités dans plusieurs domaines artistiques. «Chaque année, les troupes de gospel et de percussions de Bel Avenir prennent l'avion pour une tournée en Europe, ce qui ouvre l'horizon des jeunes», souligne Tegwen Gadais.

Les gens de Bel Avenir ont besoin d'aide pour développer leur école de sport, explique le professeur, qui s'est entouré d'une équipe de spécialistes, notamment en psychologie, en criminologie, en éducation, en management de projet et en entrepreneuriat. «L'objectif est non seulement d'observer et d'analyser les modes de fonctionnement, la coordination et le management, mais aussi d'évaluer la rentabilité du processus, la qualité des interventions proposées aux jeunes et le projet dans son ensemble», précise-t-il.

«La littérature, encore naissante à ce chapitre, tend à démontrer que les vertus que l'on prête au sport – esprit d'équipe, détermination, discipline, etc. – ne seraient pas nécessairement meilleures que celles liées aux activités artistiques.»

À long terme, le chercheur espère effectuer un suivi des enfants chapeautés par Bel Avenir afin de vérifier la portée des initiatives sportives. «La littérature, encore naissante à ce chapitre, tend à démontrer que les vertus que l'on prête au sport – esprit d'équipe, détermination, discipline, etc. – ne seraient pas nécessairement meilleures que celles liées aux activités artistiques. J'aimerais être en mesure de vérifier cela. Cela dit, tout le monde s'entend sur le fait qu'inciter les jeunes à être actif et à faire du sport est une bonne chose en soi.»

Et à Montréal, en Colombie, en Haïti…

Tegwen Gadais est impliqué dans plusieurs autres projets, dont l'un à Montréal, avec l'organisme Pour 3 Points (P3P). Celui-ci a pour mission de «transformer» des coachs sportifs – en basketball et en soccer – en coachs de vie afin que ceux-ci aident les jeunes de milieux défavorisés à acquérir les habiletés requises pour réussir à l’école et dans la vie. «Nous avons été approchés pour évaluer le processus de formation des coachs», dit-il.

En Colombie, le professeur s'est associé avec un projet de sport pour le développement et la paix dans les zones de réintégration où les Forces armées révolutionnaires (FARC) viennent déposer leurs armes à la suite des accords de paix signés l'an dernier. «Le sport sera l'un des moyens utilisés afin de réintégrer socialement les jeunes qui étaient dans les FARC», explique le chercheur.

Tegwen Gadais insiste pour aller sur le terrain recueillir des données. «Cela demande de l'expérience en coopération internationale», note cet habitué, qui a accumulé les expériences en Afrique de l'est (Tanzanie, Kenya et Madagascar) et en Afrique du Sud, en Amérique latine (Colombie, Argentine, Salvador) et au Moyen-Orient (Israël, Palestine et Jordanie).

En Haïti, un projet en association avec un orphelinat qui a accueilli plusieurs enfants victimes du tremblement de terre de 2010 est en chantier. «L'objectif à moyen terme est de pouvoir envoyer nos étudiants là-bas afin qu'ils puissent former les jeunes Haïtiens à l'importance de l'activité physique et du sport», précise le professeur.

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