Trajectoire conceptuelle

La peintre et cosignataire du Refus global Françoise Sullivan présente ses œuvres à la Galerie de l'UQAM.

16 Janvier 2017 à 14H51

Fenêtres bloquées (détail), oeuvre de Françoise Sullivan. Goudron, acrylique, photo et collage sur toile, 1977, 112 x 84 cm.
Photo :Nathalie St-Pierre

Il y avait une foule impressionnante à la Galerie de l’UQAM, le 10 janvier dernier, lors du vernissage de l'exposition Trajectoires resplendissantes de la peintre, sculpteure, danseuse et chorégraphe montréalaise Françoise Sullivan. Louise Déry, directrice de la Galerie de l'UQAM et commissaire de l'exposition, Lise Bissonnette, ancienne p.-d.g. de la Grande Bibliothèque du Québec et présidente du conseil d'administration de l'UQAM, et Liza Frulla, nouvelle présidente de Culture Montréal, ont tenu à rendre hommage à ce monument des arts visuels et de la danse.

Moment fort de l'événement: la danseuse Ginette Boutin a présenté en mots et en gestes un court extrait de la pièce chorégraphique Je parle, créée en 1993 par Françoise Sullivan. Tel un derviche tourneur, Boutin, qui interprète depuis 30 ans le répertoire chorégraphique de l'artiste multidisciplinaire, a tourné sur elle-même en récitant une poignante incantation à la nature. Elle était vêtue d'un collage de toiles de l'artiste.

Membre fondatrice du groupe des Automatistes en compagnie du peintre Paul-Émile Borduas, signataire du manifeste du Refus global en 1948 et artiste multidisciplinaire avant l'heure, Françoise Sullivan, née dans les années 20, s’est imposée comme l’une des figures marquantes de l’histoire de l’art du Québec et du Canada. Les œuvres réunies dans le cadre de cette exposition présentent en partie le travail conceptuel de l'artiste réalisé durant les années 70. Ces œuvres questionnent le sens et la pratique de l’art. «C'était le début d'une nouvelle approche en art plus expérimentale, où l'on faisait l'expérience d'une œuvre, un peu à la manière des scientifiques pour mener leurs recherches, explique Françoise Sullivan. Cette approche est aujourd'hui enseignée partout dans les universités, mais, à l'époque, c'était nouveau.»

De la danse et des visites commentées

D'autres activités complémentaires à l'expo seront au programme durant l'événement. Le danseur et chorégraphe Paul-André Fortier ainsi que les danseurs Michèle Febvre, Dana Michel, Myriam Arsenault, Andréa Corbeil et Nicolas Patry font partie de la distribution de la pièce chorégraphique Droit debout (1973), qui sera présentée en version intégrale le samedi 21 janvier prochain (15 h, 15 h 30 et 16 h). Les présentations seront suivies à 16 h 30 d’une conversation entre Françoise Sullivan et Louise Déry. «Cette pièce n'a pas été jouée depuis les années 70», rappelle l'artiste. Son texte, qui accompagne la chorégraphie, sera interprété par la comédienne Christiane Pasquier. Des visites commentées de l'exposition auront lieu en compagnie de Louise Déry le mardi 17 janvier, à 12 h 45, et le jeudi 9 février, à 17 h 30. Des visites de l'œuvre d'art public Montagne, de Françoise Sullivan, une murale représentant une chaîne de montagnes située dans le hall du pavillon Président-Kennedy, seront organisées en compagnie d'un médiateur le jeudi 12 janvier, à 12 h 45, et le mercredi 25 janvier, à 17 h 30.

«Les trajectoires de Françoise Sullivan, si resplendissantes et combien libérantes, selon le mot de Borduas, éclairent notre histoire récente autant que l’instant présent. Les spectateurs sont conviés à une relation vitale entre l’œuvre, la mémoire et le monde qui les entoure», écrit la commissaire de l'exposition.

Dans ces œuvres, la conscience et le corps se révèlent en état d’alerte, explique Louise Déry, qui a collaboré plusieurs fois avec l'artiste. «C’est ainsi que le sol gelé d’un paysage hivernal, le site déifié d’un quartier de raffineries, la légende désenchantée de nos héros inquiétés, la rencontre inusitée de deux jeunes visages par delà le temps ou encore les mots offerts pendant que la peinture se dit ou se tait et que les corps chorégraphiés s’activent ou se figent, deviennent, chez Françoise Sullivan, une constellation de circonstances porteuses de significations.»

Plusieurs œuvres présentées à la Galerie de l'UQAM sont inédites. Obscène 1976-2016 rassemble une série de portraits photo, dont ceux du poète Émile Nelligan, du sculpteur Armand Vaillancourt et des peintres Paul-Émile Borduas, Claude Gauvreau et Jean-Paul Riopelle. L'œuvre fait allusion au fiasco de l'exposition Corridart, à laquelle participa Françoise Sullivan, qui a été démantelée par le maire Jean Drapeau en 1976 pour cause d'obscénité. «C'est la première fois que l'on peut voir la série de photos à Montréal», dit l'artiste. Les visiteurs peuvent aussi voir un diptyque réunissant les portraits de deux jeunes garçons à des époques différentes et mettant en vedette le propre fils de l'artiste (Portraits de personnes qui se ressemblent, 1971), ou encore revoir en photo l'instruction donnée par le chorégraphe Paul-André Fortier à Françoise Sullivan dans le cadre de l'exposition collective Do It Montréal présentée l'hiver dernier à la Galerie de l'UQAM. «J'ai renvoyé la balle à Paul-André Fortier, qui fera aussi partie de la distribution de la performance Droit debout présentée le 21 janvier dans le cadre de l'exposition. Ce sera ma petite vengeance pour m'avoir choisie pour le Do it!», dit en riant Françoise Sullivan.

Une publication majeure paraîtra plus tard dans l’année. Fidèle au contenu de l’exposition, elle rassemblera aussi tous les textes écrits et publiés par l’artiste durant sa carrière. L'exposition est présentée jusqu'au 18 février prochain. On peut aussi voir le travail de Françoise Sullivan au Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul jusqu'au 4 juin prochain.

Éléments biographiques

Au cœur des années quarante, les débuts en danse et en peinture de Françoise Sullivan sont l’occasion, alors qu’elle est entourée de penseurs, de poètes et d’artistes de tous horizons, d’explorer les préoccupations esthétiques qui bouleversent alors le monde de l’art, notamment au sein du groupe des Automatistes. La jeune femme qui crée Danse dans la neige en 1948 – l’œuvre chorégraphique la plus emblématique de la danse contemporaine au Canada –, et qui expose ses premiers tableaux auprès des Borduas, Riopelle et Gauvreau a réalisé, depuis, une œuvre volumineuse et vibrante, d’une remarquable énergie et d’une inventivité sans cesse actualisée. À compter des années 1960, son travail se diversifie alors qu’elle s’adonne à la sculpture, à la photographie, à l’installation et à la performance.

Fidèle aux principes de liberté et d’engagement de ses premières années, inspirée par les grandes traditions mythologiques européennes et autochtones, passionnée d’art et de poésie et marquée par ses séjours à New York, en Italie, en Irlande et en Grèce, Françoise Sullivan n’a eu de cesse d’expérimenter avec une curiosité sans limites la forme et la couleur, le geste et le mouvement, la figure et l’abstraction, tout autant en sculpture, en installation, en performance, en photographie et, de façon déterminante, en peinture.

Durant sa carrière prolifique, celle qui est représentée par la Galerie Simon Blais de Montréal a remporté de nombreux prix, dont le prix du Québec Paul-Émile-Borduas pour l'ensemble de son œuvre en 1987, le Prix du Gouverneur général du Canada en arts visuels et en arts médiatiques en 2005, et le prix Gershon Iskowitz, en 2008, pour sa remarquable contribution aux arts visuels au Canada. Françoise Sullivan, qui a aussi été professeure à l'Université Concordia, a été nommée membre de l'Ordre du Québec (chevalière, 2002) et de l'Ordre du Canada (2001). L'UQAM lui a décerné un doctorat honoris causa en 2000. Son travail a fait l'objet de plusieurs rétrospectives, au Musée d’art contemporain de Montréal (1981), au Musée national des beaux-arts du Québec (1993), au Musée des beaux-arts de Montréal (2003) et au Musée des beaux-arts de l’Ontario (2010) tout en étant présenté lors de plusieurs expositions collectives au Canada, en Europe et aux États-Unis, dont On Line: Drawing Through the Twentieth Century au Museum of Modern Art de New York (2010) et The Automatiste Revolution: Montreal 1941-1960 successivement à la Varley Art Gallery, Unionville, Ontario (2010) et à l’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo.

Angle mort

Dance me, 2016, sérigraphie lenticulaire, de Jonathan Plante. Photo: Nathalie St-Pierre

La Galerie de l’UQAM présente aussi l’exposition Angle mort de Jonathan Plante, finissant à la maîtrise en arts visuels et médiatiques, composée de peintures et d’impressions sérigraphiques sur support lenticulaire, un procédé donnant une impression de mouvement aux images. Suivant l’angle de vision du spectateur, des images apparaissent, disparaissent et se transforment. Jonathan Plante met ainsi en scène le regard et engage le corps du spectateur dans l’expérience de différentes temporalités de l’image. Pour Jonathan Plante, l’Angle mort signifie «l’écart créé par la mise en mouvement de l’image». La série de tableaux-écrans qui compose l’exposition, en revisitant la peinture abstraite, l’art optique et cinétique, ainsi que le cinéma expérimental, explore, amplifie et systématise le caractère plastique du mouvement.

Jonathan Plante, Cinéplastique 01 (détail), 2016, sérigraphie lenticulaire.Photo: Nathalie St-Pierre

Les expositions de Jonathan Plante, qui vit et travaille à Montréal, sont un terrain de recherche sur la perception visuelle tout en faisant écho à l’art optique et au cinéma expérimental. Par l’exploration des temporalités de l’image, l'artiste est à la recherche de nouvelles modalités du regard. Son travail a été présenté dans le cadre de la première Triennale québécoise Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, organisée par le Musée d’art contemporain de Montréal en 2008. L'artiste a exposé ses œuvres dans plusieurs galeries d'art et musées, dont le Musée d’art contemporain des Laurentides (Palindrome, 2010), et VOX — Centre de l’image contemporaine à Montréal (Lapincyclope, 2013, et Lapincyclope, en tournée dans 9 lieux d'exposition). En 2017, Jonathan Plante présentera une exposition solo à L’Œil de poisson, à Québec. Ses œuvres font partie de collections privées et publiques, dont celles du Musée d’art contemporain de Montréal et du Musée national des beaux-arts du Québec.


 

Dans le cadre de la série L’art observe, qui propose une foule d'activités au public dans le but d’approfondir leur connaissance des arts visuels actuels, une présentation de l'artiste aura lieu le mardi 7 février à 12 h 45.

Légende photo: Jonathan Plante, Dance me, 2016, sérigraphie lenticulaire. Avec l’aimable permission de la Galerie Hugues Charbonneau, Montréal.

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