La sexualité au XXIe siècle

La diplômée Sara Mathieu-Chartier a coordonné une vaste étude panquébécoise sur la santé sexuelle des jeunes adultes.

22 Septembre 2017 à 16H08

Photo: iStock

Plus ça change, plus c'est pareil? C'est ce que l'on est tenté de conclure en prenant connaissance des résultats de l'étude «PIXEL- Portrait de la santé sexuelle des jeunes adultes au Québec», dévoilée le 19 septembre dernier par l'institut national de santé publique du Québec (INSPQ). «L'âge de la première relation sexuelle ne semble pas avoir bougé depuis les 20 dernières années, constate en effet Sara Mathieu-Chartier (B.A. sexologie, 09; M.A. éducation, 13), coordonnatrice de la recherche et coauteure de l'étude. Cinquante pour cent des jeunes femmes et 40 % des jeunes hommes ont eu une première relation sexuelle avant l'âge de 17 ans.»

L'objectif de l'étude PIXEL était de décrire certaines conduites sexuelles des jeunes adultes québécois, leur accès à des services en matière de santé sexuelle et leur état de santé sexuelle à partir de trois indicateurs principaux: la prévalence d'infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), les antécédents de grossesse non planifiée et le bien-être sexuel.

Le vaste échantillon de l'étude, dont la collecte de données s'est étalée sur une période de 18 mois en 2013-2014, compte près de 3400 jeunes âgés de 17 à 29 ans, lesquels ont été recrutés autant dans des établissements de formation, comme l'UQAM, que hors établissement de formation, dans 9 régions administratives du Québec.

Il s'agit de la première étude descriptive transversale auprès d'une population générale de jeunes adultes québécois qui combine un questionnaire auto-administré et des prélèvements biologiques (détection de la chlamydiose, de l'infection gonococcique, de la trichomoniase vaginale et de l'infection aux VPH). «Le devis de recherche était exigeant et nous avons pu compter sur de nombreuses assistantes de recherche exceptionnelles, presque toutes étudiantes en sexologie à l'UQAM, explique Sara Mathieu-Chartier. Elles ont été embauchées parce qu'elles avaient les compétences requises pour répondre aux interrogations des participants et les inviter à passer un test de dépistage.»

Les participants obtenaient les résultats de leurs tests en ligne pour la gonorrhée et la chlamydia, de manière confidentielle et anonyme, après deux à trois semaines. «Entre 90 et 95 % des répondants ont accepté de fournir des prélèvements biologiques, précise Sara Mathieu-Chartier. C'était bien au-delà de nos espérances! On doit ce taux de participation très élevé à l'excellent travail des assistantes de recherche, qui ont su expliquer notre démarche.»

La professeure Joanne Otis, du Département de sexologie, était l'une des trois chercheurs principaux de l'étude, à laquelle ont aussi participé, à titre de chercheurs associés, les professeurs Martin Blais et Marie-Aude Boislard Pépin. Le professeur Gilles Raîche, du Département d'éducation et pédagogie, a également participé à l'étude à titre de consultant.

Des mythes

L'étude a permis de rétablir certains faits ou de briser certains mythes, notamment à propos du nombre de partenaires des jeunes adultes. «Dans les 12 mois précédant leur participation à l'étude, 6 jeunes sur 10 ont eu un seul ou aucun partenaire sexuel, indique Sara Mathieu-Chartier. Nous avons aussi constaté que le sexe oral, loin d'être une pratique banalisée, n'est pas aussi répandu qu'on le laisse parfois entendre.»

Du côté de la contraception, il y a encore place à l'amélioration. «Le coït interrompu est la troisième méthode la plus utilisée et l'utilisation du condom est sous-optimale», note la chercheuse. La pilule contraceptive demeure le principal moyen utilisé.

«Nous avons aussi constaté que le sexe oral, loin d'être une pratique banalisée, n'est pas aussi répandu qu'on le laisse parfois entendre.» 

Sara Mathieu-Chartier

Coordonnatrice de la recherche et coauteure de l'étude PIXEL 

Certaines questions étaient posées pour la première fois dans ce type d'enquête. «C'est le cas des questions en lien avec la concomitance des partenaires, c'est-à-dire le fait d'avoir des relations sexuelles avec un nouveau partenaire alors qu'on en a encore avec un ancien», explique la chercheuse. Ainsi, l'étude révèle qu'un jeune adulte sexuellement actif sur cinq a eu des relations sexuelles avec des partenaires différents qui se sont entrecroisées.

Parmi l'ensemble des participantes, une femme âgée de 17-20 ans sur 20 et une femme âgée de 21-29 ans sur quatre a vécu une grossesse  ou plus au cours de sa vie. Jusqu'à 3 % des femmes du premier groupe et 16 % du deuxième ont eu recours à l'interruption volontaire de grossesse une fois ou plus au cours de leur vie.

Bien-être sexuel

Les hommes et les femmes évaluent globalement leur bien-être sexuel des 12 derniers mois avec une note de 7 sur 10, et les participants sexuellement actifs évaluent à environ 8,3 sur 10 leur capacité à exprimer leurs besoins sexuels à leur(s) partenaire(s).

Un jeune homme sur dix et une jeune femme sur trois indiquent avoir vécu un abus sexuel au cours de sa vie. «Cela confirme les proportions obtenues dans d'autres enquêtes à propos des abus sexuels, notamment celle de la professeure Manon Bergeron sur les agressions sexuelles en milieu universitaire», rappelle Sara Mathieu-Chartier.

Les tests biologiques ont indiqué que la prévalence de l'infection génitale à la chlamydia varie de 2 à 3 % selon le groupe d'âge et le sexe. «Cela concorde avec les résultats d'études populationnelles dans d'autres pays industrialisés, souligne la chercheuse. Cela demeure une préoccupation importante, surtout quand on pense que les participants ne se considéraient pas comme des personnes à risque et n'avaient peut-être même pas envisagé aller passer des tests de dépistage.» L'étude démontre que les femmes sexuellement actives sont deux fois plus nombreuses (57 %) que les hommes (26 %) à avoir déjà passé un test de détection des ITSS.

Pour consulter l'étude : https://www.inspq.qc.ca/publications/2307

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