Les Alpes à l'ère glaciaire

Une étude démontre la présence d'arbres au sommet des Alpes françaises, il y a 11 700 ans.

5 Mars 2018 à 9H18

Une étude démontre la présence d'arbres au sommet des Alpes françaises, il y a 11 700 ans. Photo: Christopher Carcaillet

Une étude publiée dans la revue internationale Global Change Biology a montré la présence d’arbres, il y a 11 700 ans, au Col du Lautaret, à 2100 mètres d’altitude, dans les Alpes française. À cette époque – fin de la période glaciaire –, les glaciers des fonds de vallée entretenaient un microclimat défavorable aux arbres et aux organismes vivants. Mais à cette hauteur, une source géothermale dont les eaux chaudes ressurgissaient à la surface empêchait les sols de geler et permettait aux arbres de pousser.

Cette découverte conforte l’idée qu'il existait des îlots d’arbres en haute montagne, comme des oasis glaciaires, sur des pentes exposées au soleil, à la faveur de contextes topographiques ou géologiques exceptionnels. «Paradoxalement, il n’y a plus d’arbres aujourd’hui au Col du Lautaret, puisque cette source d’eau chaude s’est transformée progressivement en source d'eau froide», souligne l'agent de recherche de la Faculté des sciences Bassam Ghaleb, qui a participé à l'étude et qui cosigne l'article.

Bassam Ghaleb.

Le chercheur principal de cette étude, Christopher Carcaillet, professeur à l’École pratique des hautes études de l’Université de Lyon, a fait appel à l’expertise de Bassam Ghaleb pour dater des échantillons de calcaire prélevés sur ce site. «Je suis spécialiste de la datation par le déséquilibre radioactif uranium-thorium», mentionne l’agent de recherche, dont l’expertise est sollicitée par de nombreux chercheurs au Canada, en France, en Belgique et en Asie. Ce procédé consiste à analyser le rapport isotopique du thorium produit par la désintégration de l’uranium, ce qui permet de dater avec précision des échantillons de calcaire. Les deux chercheurs se sont rencontrés à Montréal au début des années 1990 – Bassam Ghaleb amorçait sa carrière au Centre de recherche sur la dynamique du système Terre (Geotop), alors que Christopher Carcaillet faisait un postdoctorat à l’Université de Montréal.

Combinée à d’autres mesures sur les isotopes de carbone et d’oxygène qui permettent de renseigner sur la nature des eaux, la datation par uranium-thorium effectuée par Bassam Ghaleb a permis aux chercheurs de conclure que des arbres – ainsi que des escargots – se trouvaient au sommet des Alpes il y a 11 700 ans. Ces données démentent la croyance selon laquelle les environnements glaciaires alpins étaient des déserts biologiques, puisqu’ils pouvaient comporter des oasis d’arbres dans des contextes favorables.

L’étude est le fruit d’une collaboration transdisciplinaire entre des chercheurs de l’École pratique des hautes études, de l’Université de Grenoble Alpes, de l’UQAM, de l’Université de Montpellier et du Centre national de la recherche scientifique.

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