Roméo Dallaire à l'UQAM

Le lieutenant-général à la retraite a donné une conférence sur les blessures invisibles résultant d'un choc post-traumatique.

5 Octobre 2018 à 11H32

Le lieutenant-général à la retraite a donné une conférence sur les blessures invisibles résultant d’un choc post-traumatique.
Photo :Nathalie St-Pierre

Roméo Dallaire, lieutenant général à la retraite qui commandait une force de maintien de la paix durant le génocide rwandais de 1994, a livré un vibrant témoignage à l'UQAM sur les blessures invisibles résultant d’un choc post-traumatique.

Organisée par l’École de fonction publique du Canada et l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), la conférence a réuni plus de 300 personnes au Cœur des sciences, le 4 octobre, et a été visionnée par plus de 3000 internautes. L’allocution de Roméo Dallaire a été suivie d’un entretien avec Bernard Derome, président de l’IEIM. La rectrice Magda Fusaro a prononcé le mot de bienvenue.

Blessures camouflées

Plus de 100 000 vétérans ayant combattu durant la guerre du Vietnam dans les années 1960 et 1970 se sont suicidés après leur retour aux États-Unis, soit plus du double de soldats morts sur le champ de bataille. Au Canada, les soldats qui se sont enlevés la vie après avoir servi durant une mission de paix ou durant la guerre en Afghanistan se comptent par centaines. Roméo Dallaire a lui-même fait quelques tentatives de suicide depuis son retour du Rwanda.

En 1994, le lieutenant-général commande la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda. Malgré des demandes répétées à l’ONU, les renforts ne viennent pas. La mission de paix échoue et plus de 800 000 Rwandais sont tués durant le génocide. «Mes yeux ont vu des choses que mon cerveau ne peut toujours pas comprendre aujourd'hui», a déclaré l’homme de 72 ans. 

«Mes yeux ont vu des choses que mon cerveau ne peut toujours pas comprendre aujourd'hui.»

Roméo Dallaire

Lieutenant général à la retraite

Trois ans plus tard, le lieutenant-général révèle qu'il souffre du trouble du stress post-traumatique, une situation avec laquelle il doit encore composer de nos jours. «Certains matins, je me réveille et je me sens en plein cœur du génocide: je peux sentir les balles, voir la tête d’un enfant exploser, a-t-il raconté. En d’autres occasions, je deviens totalement ivre de rage à cause d’un son ou d’une odeur, incapable de me contrôler. C’est comme si j’avais deux personnalités, comme si la personne saine n’avait aucun contrôle sur la personne enragée.»

Depuis 25 ans, Roméo Dallaire dit éprouver un sentiment de culpabilité par rapport à l’échec de cette mission. «Je me sens coupable d’avoir survécu et d’avoir été impuissant devant le massacre de centaines de milliers de Rwandais.»

Deux poids, deux mesures

L'ancien lieutenant-général a déploré le fait que les vétérans qui reviennent du front avec des blessures physiques soient considérés comme des héros et reçoivent des soins immédiats, alors que ceux qui souffrent de blessures psychologiques sont stigmatisés et reçoivent peu de soutien. «Si on ne traite pas les blessures psychologiques de façon urgente, elles deviennent plus profondes avec le temps.»

«En affirmant devant les médias que le génocide avait été l’élément déclencheur des suicides, je ne me suis pas fait beaucoup d’amis dans l’armée.»

À la fin des années 1990, une vague de suicides frappe les anciens soldats ayant participé à la mission rwandaise. Des hauts gradés de l’armée demandent alors à Roméo Dallaire de minimiser l’impact des horreurs subies sur le champ de bataille et de suggérer que les suicides résultent d'une combinaison de plusieurs facteurs. «C’était totalement irresponsable de leur part, je ne pouvais pas participer à une telle mascarade, a souligné le conférencier. En affirmant devant les médias que le génocide avait été l’élément déclencheur des suicides, je ne me suis pas fait beaucoup d’amis dans l’armée.» 

En 2000, Roméo Dallaire est évincé de l’armée pour des raisons médicales. Dans la lettre qui confirme sa retraite des Forces armées, on peut lire: Cet officier ne peut plus commander des troupes en opération. «Toute ma carrière était ainsi résumée en une phrase. C’est extrêmement difficile à accepter», a déclaré l'ancien lieutenant-général.

Programme novateur

Roméo Dallaire a développé un programme novateur en matière de missions de paix. Ce programme vise à neutraliser (sans les tuer) les enfants-soldats qui, lors d'un conflit, sont recrutés et instrumentalisés par les belligérants.

Même si les images du génocide refont surface de façon périodique dans sa tête, l'ancien officier a appris à composer avec sa situation. «Je recommence à me donner le droit d’avoir du plaisir, le droit d’aimer», a-t-il confié. 

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