Orthopédagogie au camp de jour

L'UQAM collabore avec les Loisirs St-Jacques pour offrir des ateliers de lecture et d'écriture.

8 Août 2019 à 16H19

L'UQAM collabore avec les Loisirs St-Jacques pour offrir des ateliers de lecture et d'écriture.
Photo :David Ospina

En ce matin d’août, cinq jeunes de 9 à 12 ans font une activité spéciale au Centre de services orthopédagogiques de la Faculté des sciences de l’éducation. Prenant le rôle de super méchants, les jeunes doivent écrire une lettre de rançon fictive à leur superhéros ou à leur superhéroïne préférée. «Hey Batman, je suis plus futé que toi, signé le Joker», écrit Robinson. «Comment écrit-on rancunière?», demande Ashley. «Qu’est-ce que ça veut dire colérique?», se questionne Moïse.

Les deux animatrices de l’activité, Jeanne Morissette et Fanie Lauzon, étudiantes au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale, guident les jeunes du début à la fin de l’activité. Les enfants lisent ensuite leur lettre à leurs camarades, et les animatrices demandent à l’ensemble du groupe de corriger, au besoin, les erreurs d’orthographe, d’accord ou de syntaxe.  

Les enfants qui participent à cet atelier sont inscrits au camp de jour des Loisirs St-Jacques, un organisme qui dessert les familles du centre-ville de Montréal, en particulier les familles défavorisées qui vivent dans les Habitations Jeanne-Mance, un complexe d’habitation à loyer modique (HLM) situé tout près de l’UQAM. Depuis la fin juin, une dizaine d’enfants participent à ces ateliers deux fois par semaine, à raison d’une heure par séance. Une fois l’activité terminée, ils rejoignent leurs camarades pour participer aux activités régulières du camp – sorties, baignade, jeux, activités sportives.

Différent de l’école

Le contenu et le matériel des ateliers ont été entièrement développés par les deux étudiantes, sous la supervision de Catherine Turcotte, professeure au Département d’éducation et formation spécialisées. Les activités ont été élaborées en lien avec les semaines thématiques du camp – semaine des superhéros, du cirque, de la télévision, des dinosaures. «Pour ne pas surcharger les enfants et pour ne pas qu’ils se lassent du français, nous leur proposons des jeux et des activités qu’ils ne font pas nécessairement à l’école, indique la professeure. Par exemple, durant la semaine thématique du cirque, les enfants ont conçu une affiche qui a servi lors du spectacle présenté aux parents le vendredi. Lors de la semaine de la télévision, les jeunes ont réalisé un bulletin de nouvelles, qui a été filmé.»

Le fait que les enfants soient en petits groupes de 3 à 5 contribue à créer un contexte qui se rapproche davantage de l’orthopédagogie que d’une salle de classe. «Chaque enfant participe du début à la fin de l’activité, ajoute Catherine Turcotte. Jeanne et Fanie peuvent aussi mieux cerner les difficultés et apporter une aide personnalisée.» 

L’expérience enrichit le parcours académique des étudiantes, qui en sont à leur deuxième année au baccalauréat. «Nous développons un bon contact avec les enfants et nous apprenons à imaginer des activités variées, mentionne Jeanne Morissette. Cette expérience nous montre aussi qu’il est possible de s’amuser en faisant du français.»

Éviter les pertes estivales

L’expérience de cet été servira dans le cadre d’un projet de recherche plus large, dirigé par Nathalie Chapleau, professeure au Département d’éducation et pédagogie. «Il est connu que plusieurs enfants subissent ce que l’on appelle des «pertes estivales» en français écrit et oral, c’est-à-dire qu’ils sont moins bons à la rentrée de septembre qu’ils l’étaient en juin, explique Catherine Turcotte. Dans certains cas, cela peut prendre jusqu’à trois mois avant de retrouver le niveau d’avant les vacances.»

Le projet de recherche vise donc à comparer les résultats des enfants qui ont participé aux activités de lecture et écriture du camp de jour à deux autres groupes : des enfants qui n’ont fait aucune activité liée au français – le groupe témoin – et d’autres qui ont fait la lecture à des chiens – cette méthode est de plus en plus reconnue à travers le monde pour aider les enfants à progresser en lecture.  

Accès au Centre sportif

La collaboration entre l’UQAM et les Loisirs St-Jacques ne se limite pas aux activités en français. Depuis le début de l’été, le Centre sportif de l’UQAM prête ses locaux aux campeurs. Lors de notre visite, une trentaine de jeunes jouaient au bateau-pirate et au boula boula, deux jeux dérivés de la tague, dans un local habituellement utilisé pour les cours de danse.

Cette entente avec le Centre sportif fait plaisir aux jeunes, mais aussi à leurs animatrices. «Nous avons accès à du matériel sportif, au système audio et à des grands locaux climatisés, se réjouit Marilou Duclos, animatrice au camp de jour des Loisirs St-Jacques depuis trois ans. Depuis le début de l’été, les enfants ont, entre autres, monté un spectacle de cirque et assisté à un atelier de basket avec des joueurs des Citadins (Charles Miller et Aboubacar Touré). Et le Centre sportif est à moins de 10 minutes de marche des Loisirs St-Jacques!» 

Cette première collaboration avec l’organisme a été rendue possible grâce à Marc Turgeon, professeur au Département d’éducation et pédagogie, qui avait des contacts avec les responsables des Loisirs St-Jacques et des Habitations Jeanne-Mance. Le camp de jour se termine le 16 août. «Nous aimerions continuer cette collaboration l’an prochain», espère Catherine Turcotte.

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