Pour de nouveaux assouplissements

La rectrice Magda Fusaro plaide pour une plus grande ouverture dans les règles d’immigration imposées aux futurs étudiants étrangers.

7 Novembre 2019 à 10H55

La rectrice Magda FusaroPhoto: Émilie Tournevache

Malgré le fait que le gouvernement a accepté d’introduire une clause de droit acquis pour les étudiants déjà au Québec, le resserrement des règles du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) aura des impacts sur l’ensemble de la société québécoise. Il faut revoir cette réforme, selon la rectrice Magda Fusaro, qui plaide pour de nouveaux assouplissements.

« Nous sommes actifs dans ce dossier depuis le mois de juillet dernier, alors que nous avions été informés que des modifications allaient être apportées aux règles d’immigration, même si nous n’en connaissions pas la teneur, affirme la rectrice. Nous étions engagés dans un processus avec les chefs d’établissement de trois autres universités – McGill, Concordia et HEC – pour faire des représentations auprès du gouvernement afin de le sensibiliser aux enjeux de l’immigration pour nos étudiants d’ailleurs, mais aussi pour les professeurs chercheurs de talent que nous recrutons à l’étranger.» En effet, les professeurs sont également touchés à travers le volet des travailleurs étrangers du PEQ. Or, «l’attractivité à l’échelle du Canada et internationale est très intense pour inviter et retenir les meilleurs experts académiques», rappelle Magda Fusaro.

En ce qui concerne les étudiants, les nouvelles directives ont pour résultat de restreindre de façon importante l’accès au Certificat de sélection du Québec, et donc à l’immigration. D’ailleurs, seuls les candidats inscrits dans un domaine faisant partie d’une liste de formations établie par le gouvernement pourront bénéficier du PEQ. À l’UQAM, selon une analyse préliminaire, 57 programmes sur 362 seraient admissibles, dont 6 programmes de maîtrise et un seul programme de doctorat. À l’automne 2018, 2401 étudiants étaient éligibles au PEQ. Selon les nouveaux critères, seuls 597 d’entre eux, soit 25%, seraient admissibles.

Selon le gouvernement, les nouvelles directives visent «à répondre davantage aux besoins du marché du travail québécois». La liste des domaines de formation admissibles au programme sera mise à jour annuellement, a précisé le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette.

Après l’annonce des modifications aux règles du PEQ dans la Gazette officielle du Québec, le 30 octobre dernier, la réaction de l’UQAM a été rapide. Le 1er novembre, l’Université transmettait sa position au BCI, qui a émis un communiqué exprimant les inquiétudes des établissements universitaires le 4 novembre. «Dans le document que nous avons envoyé au BCI, nous avons insisté sur trois éléments, dit Magda Fusaro. D’abord, le caractère inéquitable des nouvelles règles, qui s’appliquent seulement pour les inscrits de certaines disciplines. Ensuite, leur caractère rétroactif, qui constituait une rupture du contrat moral que la société québécoise et ses universités ont pris avec les étudiants étrangers. Cela a provoqué une vive détresse dans la communauté étudiante jusqu’à ce que le ministre revienne sur sa position et accepte le principe du droit acquis. Enfin, le fait qu’il n’y ait pas eu de consultations du milieu en amont des modifications annoncées au programme.»

Si les étudiants étrangers actuels peuvent souffler, les changements proposés par le gouvernement continuent de susciter de grandes préoccupations en ce qui concerne le recrutement outre-frontière des futurs étudiants. En effet, le fait de restreindre l’accès au PEQ à quelques catégories de formation mine la crédibilité des établissements universitaires dans leurs efforts de recrutement à l’international. «Les nouvelles règles vont à l’encontre non seulement de notre mission d’accessibilité et d’ouverture au monde, mais également des objectifs d’internationalisation que le gouvernement lui-même a donnés aux universités», souligne la rectrice.

Depuis le début des années 2010, le nombre d’inscriptions d’étudiants étrangers a régulièrement augmenté à l’UQAM, passant de 2465 à 4470 à l’automne 2019. Dans les programmes d’études supérieures, les étudiants venus d’ailleurs comptent pour une importante proportion des cohortes. Se priver de leur apport et de la richesse culturelle qu’ils représentent serait une grande perte pour l’Université.

De façon plus large, Magda Fusaro insiste sur l’importance de ne pas freiner un mouvement d’immigration qui contribue grandement à l’enrichissement du Québec. «Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de recherche de talents, comment expliquer qu’on mette des embûches sur le parcours de personnes qu’on cherche à recruter et qui sont intéressées à rester au Québec après leurs études?» demande-t-elle.

Tout en comprenant qu’on veuille faciliter la venue d’immigrants s’inscrivant dans des filières plus techniques, la rectrice défend la contribution de tous les secteurs de formation à la société québécoise, y compris ceux qui ne se retrouvent pas sur la liste établie par le gouvernement. «Le milieu des arts et le milieu culturel dans leur ensemble font rayonner le Québec sur le plan international, observe-t-elle Notre société mise beaucoup sur l’innovation, mais l’innovation jaillit souvent de l’interdisciplinarité.»

Compte tenu de l’évolution extrêmement rapide du marché du travail, Magda Fusaro questionne la pertinence de cibler des domaines de formation aux dépens de secteurs qui pourraient s’avérer tout aussi porteurs. «Dans mon allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en novembre de l’année dernière, je rappelais que selon le Forum économique mondial, 65% des emplois qu’occuperont demain les enfants d’âge primaire n’existent pas encore aujourd’hui. Donc, comment peut-on décider ce que seront les emplois de demain?»

Dans son communiqué, le BCI souligne qu’il serait dommage que le Québec se coupe d’expertises en biologie, en chimie, en environnement et en sciences sociales et humaines, considérant l’importance de ces formations dans la recherche de solutions pour faire face aux défis du développement durable et de la décarbonisation de l’économie. Des domaines où les diplômés de l’UQAM jouent un rôle de premier plan.

«Une très grande majorité de nos diplômés trouve du travail dans la grande région métropolitaine, dit la rectrice. Et on parle des diplômés de toutes les disciplines, pas seulement ceux du domaine bancaire ou informatique. Que ce soit dans le milieu éducationnel, culturel, créatif ou communautaire, nos diplômés rayonnent et contribuent au développement socioéconomique du Québec.»

Au-delà de l’enrichissement culturel et de leur apport à l’économie et à l’innovation, les diplômés étrangers qui restent au Québec participent à créer des liens avec le reste du monde, note Magda Fusaro. Pour la rectrice, ancienne étudiante de l’UQAM venue de l’étranger, cela est très important, et elle plaide pour que sa société d’accueil demeure ouverte et accueillante.

Selon Magda Fusaro, l’introduction d’une clause de droit acquis pour les étudiants déjà inscrits au Québec est un pas dans la bonne direction. «C’est la force et le nombre des interventions, y compris celles des étudiants qui sont allés exprimer leur désarroi à l’Assemblée nationale qui a fait un peu reculer le gouvernement, dit-elle. Cela prouve que ses membres ont écouté le milieu. Nous serions ravis qu’ils continuent d’écouter parce que nous avons de bons arguments, parce que les voix se sont multipliées et parce qu’il y a encore des aménagements nécessaires à apporter.»

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