Polytechnique: 30 ans plus tard

L'UQAM participe aux commémorations de la tuerie qui a coûté la vie à 14 femmes.

27 Novembre 2019 à 16H04

À l’initiative du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), des activités visant à souligner la nécessité d’agir contre les violences faites aux femmes se tiennent jusqu’au 6 décembre sur les campus de l'UQAM, de l'Université de Montréal et de l'Université Laval. Image: Réseau québécois en études féministes

Pour la première fois, trois universités québécoises – l’UQAM, l’Université de Montréal et l’Université Laval – s’unissent pour commémorer la tuerie de Polytechnique du 6 décembre 1989, qui a coûté la vie à 14 femmes. À l’initiative du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), des activités visant à souligner la nécessité d’agir contre les violences faites aux femmes se tiennent jusqu’au 6 décembre sur les campus des trois établissements.

Professeure associée à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF), Mélissa Blais est co-coordinatrice de cette série d’activités regroupées sous le thème «Devoir de mémoire: Poly 30 ans». Deux de ces activités auront lieu à l’UQAM. Le 28 novembre, de 12 h 30 à 14 h, une lecture publique ayant pour thème «Où étiez-vous le 6 décembre?» est programmée à l’Agora du pavillon Judith-Jasmin. Les textes qui seront lus à cette occasion sont des témoignages de femmes extraits de la page Facebook de Martine Delvaux, professeure au Département d’études littéraires, qui pose la question sur son réseau social depuis plusieurs années. «L’étudiante à la maîtrise en études littéraires Audrey Deveault a réuni les témoignages les plus rythmiques afin de créer un chœur musical», mentionne Mélissa Blais.

Mise en scène par Dinaïg Stall, professeure à l’École supérieure de théâtre, la lecture publique sera interprétée par les comédiennes Francine Lareau, Geneviève Rioux, Marie-Claude Saint-Laurent, Leila Thibeault Louchem et Patricia Tulasne. Après la lecture, Chantal Nadeau, professeure à l’Université de l’Illinois, ainsi que des étudiantes en sociologie qui commémorent l’attentat depuis des années prendront la parole.

Table ronde

Le 5 décembre, de 17 h 30 à 19 h, une table ronde sur le thème de «la violence comme arme de peur» se tiendra à la salle D-R200 du pavillon Athanase-David. Animée par Sandrine Ricci, doctorante et chargée de cours en sociologie, la table réunira Mélissa Blais, Annvor Seim Vestrheim, étudiante à la maîtrise en science politique, Ludivine Tomasso, étudiante au doctorat en science politique, et Célia Bensiali, étudiante à l’INRS.

Il y sera question des formes actuelles de l’antiféminisme, plus précisément des incels, des groupes de célibataires involontaires qui rendent hommage à Marc Lépine, le tueur de Polytechnique, sur les réseaux sociaux. «À l’approche de chaque commémoration du 6 décembre, on voit de nouvelles menaces de mort être proférées à l’endroit des féministes, particulièrement par ces groupes», mentionne Mélissa Blais.

Marche et chanson

Des chercheuses de l’UQAM collaborent aussi à deux événements qui se dérouleront hors campus. Le 30 novembre, de 12 h 30 à 18 h, une marche à la mémoire des victimes de Polytechnique se déroulera dans les quartiers Parc-Extension et Côte-des-Neiges. Thérèse St-Gelais, professeure au Département d’histoire de l’art, fait partie du comité organisateur. «En faisant des arrêts dans des lieux importants pour les femmes, cette marche sera l’occasion de revisiter Montréal dans une perspective de genre», souligne Mélissa Blais.

L’événement de clôture, qui aura lieu le 6 décembre, à 17 h, consistera en un chant en chœur de la cantate «Il y a longtemps que l’on sait». Sur l’air de «À la claire fontaine», la chanson a été écrite par Mélissa Blais, Francine Descarries, professeure au Département de sociologie, et Carole Boulebsol, étudiante à l’Université de Montréal. L’événement se tiendra à la librairie L’Euguélionne. «La chanson sera aussi diffusée sur la page Facebook du RéQEF dès 17 h afin de permettre aux femmes de l’extérieur de Montréal de se joindre à nous», ajoute Mélissa Blais.

Importance de la mémoire collective

Pour Mélissa Blais, qui était également membre du comité organisateur des événements entourant les 20e et 25e anniversaires de Polytechnique, en 2009 et 2014, ces commémorations revêtent une grande importance. «La mémoire collective doit servir dans le temps présent pour réfléchir et agir contre ce qui permet à de tels événements traumatiques de survenir. La tuerie de Polytechnique s’inscrit dans un continuum de violences contre les femmes sur lesquelles on doit agir ici et maintenant.»

En 2009, Mélissa Blais a publié «J’haïs les féministes»: le 6 décembre 1989 et ses suites et, en 2010, elle a codirigé le collectif Retour sur un attentat anti-féministe : École Polytechnique 6 décembre 1989, deux ouvrages parus aux Éditions du remue-ménage qui tentent de faire la lumière sur cet événement.

La chercheuse souhaite que les activités de cette année suscitent la réflexion sur les mouvements antiféministes actuels. «On doit reconnaître la pertinence des luttes féministes, les préjugés à leur endroit et les obstacles créés par les discours et violences antiféministes, affirme-t-elle. Marc Lépine a toujours des imitateurs et des supporteurs, et il faut agir en amont pour éviter qu’un tel attentat se produise de nouveau.»

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