Championne du ring

15 Décembre 2006 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Du haut de ses cinq pieds quatre pouces, elle n'est pas très imposante. À l'approche du combat, elle est même menue : le régime auquel elle s'astreint pour tomber sous la barre des 52 kilos lui sculpte le corps au couteau. Avec sa crinière blonde, elle ressemble alors à une petite lionne, toute en nerfs et en muscles, prête à se jeter dans l'arène. Sur le ring, elle danse et elle frappe. Ses mouvements sont nerveux, brefs, percutants. Nathalie Forget est championne canadienne de boxe dans la catégorie des 52 kilos, imbattable d'un océan à l'autre depuis quatre ans. Cet automne, elle affrontera les meilleures boxeuses du monde au championnat mondial d'Hyderabad, en Inde.

On ne peut pas dire qu'elle avait des gants de boxe accrochés au-dessus de son berceau. Cette diplômée en éducation physique (B.Sc., 04) qui enseigne l'aérobie au Centre sportif de l'UQAM a essayé tous les sports, de la course au plongeon, en passant par le patin et le karaté avant de boxer pour la première fois, à 27 ans. Sa mère, aujourd'hui sa plus chaude partisane, a tout fait pour la décourager. Mais c'est sur le ring que Nathalie Forget a connu ses plus grandes extases d'athlète : «La boxe procure une dose d'adrénaline incroyable, dit-elle. J'ai fait du bungee, du parachute, et je n'ai jamais rien éprouvé de comparable.»

La boxe est un duel, explique la pugiliste, un peu comme le tennis, «qui exige de la technique, de la tactique, de la défense. Ce n'est pas seulement deux personnes qui se tapent dessus.» Au Canada, le premier combat de boxe féminine officiel a eu lieu en 1991. Encore aujourd'hui, plusieurs pays ne permettent pas aux femmes de boxer. Aux championnats internationaux, les femmes, réputées plus fragiles, n'ont droit qu'à trois rounds de deux minutes, comparativement aux hommes, dont les combats peuvent compter jusqu'à quatre rounds. «Injuste», estime la boxeuse.

Nathalie Forget s'entraîne 18 heures par semaine, à raison de trois heures par jour, six jours par semaine. Au cours d'une année, elle dispute une dizaine de combats. Depuis deux ans, elle enregistrait surtout des victoires. Mais au printemps dernier, alors qu'elle défendait son titre de championne panaméricaine en Argentine, elle s'est effondrée. Un dur coup pour l'orgueil, qui a fait plus mal que tous les autres qui lui pleuvent sur la tête dans l'arène. Au retour, elle a été malade pendant deux semaines, victime d'un empoisonnement alimentaire. Puis la lionne a repris du poil de la bête. Elle se dit maintenant prête pour le championnat mondial. «J'espère seulement que le tirage au sort ne me donnera pas la Russe ou la Turque comme adversaire au premier combat. Je préférerais la Polonaise, que j'ai déjà battue. Ses genoux tremblent juste en me voyant.»

À 32 ans, Nathalie Forget en a encore pour deux ans à concourir dans le circuit amateur et à peaufiner son style, caractérisé par les jeux de pied, les feintes et les contre-attaques. Après ? « Je voudrais signer un contrat pour faire de la boxe professionnelle », affirme l'athlète, qui prévoit accrocher ses gants à 36 ans. Ensuite, elle aimerait bien avoir un enfant avec son mari, Marcos, un Péruvien d'origine, ceinture noire de karaté. C'est lui qui l'a initiée au kick boxing avant qu'elle ne découvre la boxe tout court.

Contrairement au sport amateur, la boxe professionnelle se dispute sans casque, avec des gants plus petits qui frappent plus fort. Mais Nathalie Forget ne cache pas son envie de connaître l'univers professionnel, «la magie du spectacle, les costumes et la foule en délire». Oui, elle a vu Million Dollar Baby, ce film qui raconte l'histoire d'une boxeuse qui finit très mal. Elle a d'ailleurs apprécié la mise en scène des combats, malgré quelques exagérations. Mais elle regrette que le film propose une mauvaise image de son sport. «Cela donne l'expression que la boxe est un sport violent!» déplore-t-elle, sincèrement désolée. Incroyable? Elle affirme aussi que les coups ne font pas mal : «ça pince» seulement un peu...

PARTAGER