Citoyen du nouveau monde

15 Avril 2006 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

La population, et en particulier les jeunes, se désintéressent de la chose publique ? Les citoyens sont devenus cyniques ? « Il y a du cynisme à l’endroit des politiciens, pas à l’égard de la politique », rétorque avec force Michel Venne (B.A. communication, 89), éditeur de l’Annuaire du Québec, essayiste, chroniqueur au Devoir et fondateur de l’Institut du nouveau monde (INM). Depuis deux ans, ce « think tank » de citoyens mobilise des centaines de personnes à travers le Québec pour débattre des grands sujets de l’heure et proposer des solutions aux politiciens.

« On réunit des gens qui ont des points de vue et des expériences, mais qui ne sont pas des spécialistes, explique Michel Venne. On leur fournit de l’information, on leur donne l’occasion de rencontrer des experts et de tester leurs points de vue, puis on publie les idées qui ressortent de ces rencontres. Notre effort consiste à recueillir la parole citoyenne et à la rediffuser le plus largement possible. »

À l’été 2004, l’INM a réuni 400 jeunes de 15 à 30 ans lors de la première édition de son École d’été. L’UQAM, qui a fourni ses premiers locaux à l’organisation naissante, a été le théâtre de cet événement aux airs de rencontre altermondialiste. « Une brochure publiée à 4 000 exemplaires a fait état des propositions des participants pour le Québec de demain et a été envoyée à tous les leaders d’opinion, chefs d’entreprise, syndicalistes et politiciens », raconte Michel Venne. L’année suivante, on a demandé aux jeunes de plancher sur des projets concrets pour changer le monde. L’idée a été reprise par Marie-France Bazzo (M.A. sociologie, 86) à l’émission de radio Indicatif présent : une nouvelle chronique, À go, on change le monde, a fait toute l’année le suivi de cinq projets soumis par les jeunes de l’INM.

À l’hiver et au printemps 2005, le premier Rendezvous stratégique de l’INM, consacré à la santé, a attiré près de 200 participants, dont un sur trois gagnait sa vie dans un domaine connexe à la santé. Un exercice exigeant : en plus de la documentation qu’on leur demandait de lire, les participants ont dû sacrifier plusieurs week-ends pour se réunir, d’abord dans leurs régions, puis à Montréal, où ils ont pu discuter avec des experts des orientations stratégiques qu’ils proposaient en regard des problèmes du système de santé. Cela a donné la publication de 100 idées citoyennes pour un Québec en santé.

L’hiver dernier, un autre Rendez-vous stratégique s’est amorcé, portant cette fois sur l’économie. L’École d’été, qui se tient toujours à l’UQAM, sera consacrée cette année au thème du dialogue, qu’il soit interculturel, interrégional, intergénérationnel ou international. En plus de ces grands événements, l’Institut organise toutes sortes de rencontres : des conférences à la Grande Bibliothèque, des ciné-débats à l’Office national du film (tellement populaires qu’on doit refuser des gens à la porte) des colloques sur l’avenir de la forêt ou l’impact de l’arrêt Chaoulli.

« On est entré dans l’ère de la démocratie de délibération, dit Michel Venne. Cela ne veut pas dire qu’on en a fini avec la démocratie représentative : il n’est quand même pas possible de réunir sept millions de personnes à l’Assemblée nationale pour discuter des affaires de l’État. Mais les gens cherchent des lieux où ils peuvent à la fois s’informer et débattre, et les médias ne répondent pas entièrement à ce besoin. »

Lui-même issu des médias, Michel Venne signait dans le numéro spécial de L’actualité sur les « 101 mots pour comprendre le Québec », publié l’hiver dernier, l’article consacré à la liberté : « Être libre, écrivait-il, c’est être responsable. Voilà pourquoi la liberté est une exigence qui se mérite à chaque instant. » Une belle devise pour un citoyen du nouveau monde.

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