La microfinance pour sortir de la pauvreté

27 Novembre 2006 à 0H00

Le prix Nobel de la paix 2006, le professeur d'économie Muhammad Yunus, a rehaussé de sa présence le 11e sommet sur le microcrédit tenu à Halifax, à la mi-novembre. Le fondateur de la Grameen Bank, que l'on a surnommé le «banquier des pauvres», n'est évidemment pas le seul à avoir cru et à croire passionnément aux vertus de la microfinance. Chez nous, une filiale du Mouvement Desjardins s'y intéresse depuis le début des années 70. À l'oeuvre auprès de plusieurs institutions et organismes dans près d'une trentaine de pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe de l'Est, Développement international Desjardins (DID) a récemment fait appel à la Téluq afin de concevoir un programme court de premier cycle en «Pratiques et gestion du crédit productif en microfinance».

Par microfinance, on entend trois choses : microcrédit, épargne et assurance, qui s'adressent aux populations exclues du système bancaire traditionnel, explique le professeur Moujib Bahri, responsable du programme à la Téluq. «Les sommes prêtées ne sont pas énormes, parfois seulement 20 $ ou 30 $, mais à l'échelle de certains pays, où les habitants gagnent moins de 1 $ par jour, elles peuvent faire une différence.» Certaines familles peuvent ainsi acheter des médicaments ou envoyer leurs enfants à l'école. Pour d'autres, le microcrédit est de type productif, c'est-à- dire qu'il permet de soutenir la production agricole, de développer un métier artisanal ou d'entreprendre le commerce de produits de subsistance.

«Beaucoup de projets liés à la microfinance ont été réalisés par des gens qui ne possédaient pas les compétences nécessaires et les résultats ont été mitigés, affirme toutefois Éric Boudreault, conseiller en formation chez DID. D'où l'importance d'une formation adéquate.» Les experts de la Téluq et de Développement international Desjardins élaborent conjointement les trois cours de ce nouveau programme, le seul du genre dans la francophonie. «DID nous offre son expertise sur le terrain afin d'étoffer le contenu pratique des cours», explique M. Bahri. Ce programme s'adresse d'abord à ceux qui interviennent déjà au sein d'institutions de microfinance, mais peut également intéresser les étudiants québécois qui désirent acquérir des compétences dans le domaine. Le premier cours sera offert dès l'été 2007.

Pas un remède miracle

«Une paix durable ne peut être obtenue à moins qu'une partie importante de la population trouve des moyens de sortir de la pauvreté», a déclaré le président du Comité Nobel en remettant le prix au professeur Yunus en octobre dernier. Mais pour les détracteurs de la microfinance, celle-ci ne profite pas aux plus pauvres d'entre les pauvres. «Les plus pauvres n'en sont pas encore au stade du microcrédit, concède le professeur Bahri. Ils ont encore besoin de l'aide internationale traditionnelle. Les études démontrent que les institutions de microfinance qui réussissent le plus sont celles qui ciblent ceux qui ont été sensibilisés à l'importance de l'épargne.» Et pour cause : les institutions de microcrédit imposent des taux d'intérêts plus élevés que les banques traditionnelles, qu'elles expliquent par le risque plus grand qu'elles encourent. «Les résultats semblent leur donner raison, puisque la qualité de vie des populations augmente et que les emprunteurs remboursent leurs dettes, poursuit-il. Bref, tout le monde y trouve son compte.»

Une particularité du microcrédit est qu'il vise plus les femmes, qui s'occupent de la vie matérielle du foyer et de la santé des enfants. «Les études démontrent qu'elles sont davantage solvables que les hommes et que leur taux de remboursement est plus élevé», note M. Bahri. Ses hypothèses? Elles seraient plus honnêtes… et solidaires. «Les institutions prêtent également à des groupes de cinq ou six personnes avec la notion de caution solidaire, explique- t-il. Si l'un est en défaut de paiement, tous les autres se voient couper le crédit. Il se développe donc une solidarité, impensable dans notre système occidental, férocement individualiste.»

Malgré son succès grandissant, la microfinance n'est pas la panacée pouvant résoudre tous les problèmes de pauvreté. «Les spécialistes s'entendent pour dire que la microfinance doit être combinée à une stratégie d'éducation, à l'amélioration de la vie politique et démocratique et à une bonne gouvernance», conclut M. Bahri.

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