La société civile dans l'espace mondial

13 Novembre 2006 à 0H00

«Horizontalité, réseau, multitude : voilà trois mots clés qui caractérisent bien la société civile », dit le sociologue Jules Duchastel. La société civile, c’est cette myriade de mouvements sociaux, de groupes écologistes ou communautaires, souvent organisés en réseaux mais dépourvus de toute structure hiérarchique et aux intérêts parfois divergents qui tentent d’influencer l’agenda des gouvernements. Au sens large, la société civile comprend aussi les chambres de commerce et autres organisations non gouvernementales de défense des intérêts privés. Mais c’est plus souvent en référence à son opposition au discours néolibéral qu’on s’intéresse à cette nébuleuse dont l’influence déborde le cadre national.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie, Jules Duchastel observe depuis plusieurs années les nouvelles formes de régulation politique apparaissant dans le cadre de la transnationalisation de l’espace mondial. «On passe d’un système international, fait de relations entre nations, à un système transnational, qui repose fortement sur des institutions supranationales auxquelles les États abandonnent une partie de leur souveraineté », précise le chercheur.

En réaction à ce phénomène, on observe, depuis le milieu des années 90, une mobilisation de plus en plus grande de la société civile sur la scène mondiale. Cela s’est traduit par des manifestations, parfois violentes, lors des grands sommets économiques. Mais cela comporte aussi des implications au sein des organisations internationales. «Il y a eu une inflexion dans le discours des organisations, qui n’est plus uniquement dominé par le triomphalisme néolibéral», souligne Jules Duchastel.

Dans le cadre d’un projet de recherche subventionné par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, le chercheur s’intéresse aux politiques ébauchées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UNESCO, l’Union internationale des télécommunications (UIT) et l’Organisation internationale du travail (OIT) pour prendre en compte les revendications de la société civile dans leurs processus de délibération.

Dans le cas de l’OMC, même si une politique officielle d’ouverture a été adoptée, on reste loin d’une participation réelle, ce qui amène la société civile à développer différents types de stratégies pour se faire entendre. Par contre, l’UIT a intégré des représentants de la société civile à l’organisation de son Sommet mondial sur la société de l’information. «Le Sommet n’a pas permis de résoudre le problème de la fracture numérique entre pays riches et pauvres, admet Jules Duchastel, mais des représentants de la société civile ont pu participer à la préparation de l’événement et mettre à l’agenda des questions qui, autrement, n’auraient pas été discutées.»

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