Le jeu pathologique et les réseaux humains de communication

13 Novembre 2006 à 0H00

Les études indiquent que les appareils de loterie vidéo (ALV) sont plus fortement associés au jeu pathologique et à la dépendance que les autres types de jeu, et que même si les joueurs d'ALV sont plus nombreux à demander de l'aide auprès des centres de traitement, le nombre de rechutes est élevé. Intervenant à la Régie régionale de la santé et des services sociaux (RRSSS) de Montréal-Centre auprès de joueurs pathologiques et étudiant à la maîtrise en communication à l'UQAM, Jean-François Biron a voulu fouiller un aspect méconnu de la problématique: la nature du réseau social des joueurs.

Il a fait appel aux professeurs Pierre Mongeau et Johanne Saint-Charles, du Département de communication sociale et publique, qui ont piloté avec lui une étude dont les résultats déboulonnent un mythe tenace. «Les joueurs pathologiques ne sont pas des personnes seules que l'on doit sauver de leur isolement, affirme Mme Saint-Charles, spécialiste de l'étude des réseaux sociaux et directrice du Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE). Notre recherche démontre qu'il faut plutôt les sauver de leur enfermement au sein d'un réseau dense.»

Dans le cadre de leur étude, financée par la RRSSS de Montréal-Centre et intitulée «Une approche communicationnelle de la problématique des appareils électroniques de jeu dans la région montréalaise», l'équipe de recherche a effectué 240 observations de joueurs en action (ALV, cartes et bingo) pour constater que l'interactivité sociale des joueurs d'ALV est pratiquement inexistante, contrairement aux autres joueurs.

Mais là ne réside pas la surprise des chercheurs. Ils ont également procédé à 90 entrevues dans le but de comparer les réseaux personnels de joueurs actifs de loterie vidéo (plus d'une fois par semaine depuis six mois), de joueurs d'ALV en traitement (depuis moins de trois mois) et de joueurs de bingo. «Au Canada, la taille moyenne du réseau d'un individu comme vous et moi, c'est-à-dire les gens que nous considérons comme des proches, est d'environ 20 personnes, qui ne se connaissent pas toutes entre elles», précise Johanne Saint-Charles.

Les résultats de leur recherche démontrent que les joueurs actifs de loterie vidéo possèdent un réseau similaire en nombre à ceux en traitement (respectivement 11 et 13 personnes en moyenne, contre 25 à 28 pour les joueurs de bingo), mais que les composantes de leur réseau ne sont pas les mêmes. «Les joueurs actifs que nous avons rencontrés sont enfermés dans un réseau où tous les gens se connaissent et leur renvoient une image de joueur, explique-t-elle. Ils ne peuvent pas se définir autrement.» Voilà donc une piste prometteuse pour la Direction de la santé publique, qui a manifesté son intérêt à poursuivre les recherches dans le domaine.

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