Les préjugés à l'égard de la recherche-action sont tenaces

13 Novembre 2006 à 0H00

Ils ne sont que six personnes pour coordonner, chaque année, plus de 100 projets de formation, de recherche et de transfert des connaissances, impliquant des professeurs et des groupes sociaux. Mais ce travail considérable, accompli par le Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM, est encore méconnu au sein de la communauté universitaire.

«L’UQAM est la seule université au Canada à s’être dotée d’un service aux collectivités dans le but de démocratiser l’accès au savoir universitaire pour des communautés qui, traditionnellement, en sont exclues: organismes communautaires, groupes de femmes et syndicats», souligne le directeur du SAC, André Michaud. Mission d’autant plus importante, quand on sait que les activités de ces groupes contribuent à la compréhension ou à la résolution de problèmes sociaux, économiques, culturels ou environnementaux.

Depuis 2002, le nombre d’activités coordonnées par le SAC a augmenté de manière significative. Une quarantaine de nouveaux projets de recherche, s’ajoutant à ceux déjà en cours, ont été entrepris, de même qu’une dizaine de projets de formation à portée sociale et académique, et plus de 80 activités de transfert des connaissances.

«Nous sommes là pour fournir un appui institutionnel aux professeurs et aux organisations de la société civile, explique Irène Demczuk, agente de développement au SAC. Les groupes viennent nous voir avec des demandes précises et nous les mettons en contact avec des professeurs, tout en nous assurant qu’ils s’entendent sur des objectifs communs. Nous participons à toutes les étapes de la démarche, de l’élaboration du projet à la diffusion des résultats.»

Savoirs complémentaires

En matière de recherche, le SAC met sur pied des comités paritaires, composés de professeurs de l’UQAM et de représentants des groupes partenaires, dont le rôle consiste à évaluer les projets soumis par les organismes. Les thématiques de recherche vont de l’intégration des immigrants au marché du travail, à la gestion écologique des déchets, en passant par la modernisation de la rue Notre-Dame, projet proposé par la Table d’aménagement du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Pour Irène Demczuk, le savoir des professeurs et celui des organisations de la société civile sont complémentaires. «Le fait de collaborer avec ces groupes permet aux professeurs d’avoir un contact direct avec des gens qui ont développé une expertise parce qu’ils sont les premiers à être confrontés, quotidiennement et sur le terrain, à des problèmes sociaux. Ces acteurs, en retour, acquièrent auprès des professeurs des outils d’analyse, des habiletés et de nouvelles connaissances.»

«Les préjugés à l’égard de ces recherches, définies parfois de façon péjorative comme de la recherche-action, sont encore tenaces, y compris en milieu universitaire», poursuit M. Michaud. Mais cela n’a pas empêché que les recherches soient davantage financées, depuis trois ans, par des fonds externes provenant d’organismes subventionnaires ou de ministères, ajoute-t-il.

Travail sur le terrain

Le SAC coordonne également des activités de formation – séminaires, conférences, ateliers de discussion – qui visent à répondre aux besoins concrets des groupes sociaux. Par exemple, la professeure Maria Nengeh Mensah de l’École de travail social a dispensé de la formation à des membres du réseau de la santé et des services sociaux qui sont en contact avec des travailleuses du sexe et ce, à la demande du groupe Stella, qui intervient auprès de ces femmes. La Ligue des droits et libertés s’est associée aux professeurs Lucie Lamarche et Georges Lebel du Département des sciences juridiques pour un projet de formation sur l’appropriation par les citoyens des droits économiques et sociaux de la personne.

Quant au volet transfert des connaissances, il a connu un développement prometteur au cours des trois dernières années, affirme M. Michaud. «La diffusion des résultats des recherches permettent des retombées sociales immédiates. Ainsi, la publication d’une brochure sur la violence en milieu de travail ou la tenue d’un colloque sur l’homophobie à l’école ont permis d’éclairer et d’alimenter le débat public sur des enjeux de société.»

Pour mieux remplir sa mission, le Service aux collectivités entend travailler de façon plus unifiée avec les différentes facultés, alors que s’amorce l’application à l’UQAM de la nouvelle politique facultaire. «Surtout, nous voulons continuer de cultiver un regard nouveau sur les problèmes sociaux émergents. C’est notre principal défi», conclut André Michaud.

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