L'immobilisme du Québec face aux projets d'investissement majeur

30 Octobre 2006 à 0H00

Difficile de trouver un média qui n’a pas discuté, ces dernières semaines, de l’immobilisme dont fait preuve le Québec face à des projets d’investissement majeur. À la télévision, à la radio ou dans la presse écrite, les commentaires se multiplient sur les conséquences économiques de l’enterrement du complexe récréotouristique du bassin Peel ou de la centrale du Suroît. L’un des protagonistes de ce débat est Yves Rabeau, professeur au Département de stratégie des affaires de l’École des sciences de la gestion, et auteur d’une étude intitulée Échec aux projets créateurs de richesse, commandée par la Fédération des chambres de commerce du Québec et rendue publique le 27 septembre dernier.

Cet économiste soutient qu’en faisant une croix sur la centrale thermique du Suroît, le Québec a renoncé à des emplois de qualité et aux revenus substantiels qu’il aurait pu tirer non seulement en vendant de l’énergie aux Américains, mais également en économisant sur le transport de l’hydroélectricité, du nord de la province jusqu’à Montréal. «En construisant une centrale tout près de la métropole, c’est 30 millions de dollars qu’on aurait pu récupérer», dit-il.

Étant donné la vulnérabilité du réseau de transport face aux perturbations climatiques, la proximité de la centrale aurait aussi garanti la sécurité énergétique de Montréal, insiste Yves Rabeau. «Ça n’a pas de prix. Les hôpitaux et les autres institutions qui requièrent une alimentation constante en électricité auraient dû défendre ce point publiquement. Pourtant, ils ne l’ont pas fait.»

Le professeur Rabeau avance même des arguments écologiques pour défendre le défunt projet de centrale. Selon son analyse, le Suroît aurait permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre sur le continent nordaméricain grâce à la vente aux Américains d’énergie plus propre que celle qu’ils produisent à partir du charbon. Le projet aurait aussi accéléré la fermeture de la centrale de Tracy, plus polluante que le Suroît. «En plus, il aurait permis de peaufiner une nouvelle technologie thermique plus efficace que celles adoptées dans le passé.» Une option préférable, selon le professeur, à la filière éolienne à laquelle il fait très peu confiance.

 

Casino du bassin Peel

Yves Rabeau est tout aussi perplexe devant la mise au rancart du projet de déménagement du Casino de Montréal dans un nouveau complexe de divertissement situé dans le secteur du bassin Peel. «Le marché des casinos est en pleine révolution, fait-il valoir. Les Américains investissent des millions pour bâtir de nouveaux centres de jeu. Le casino de l’île Notre-Dame est maintenant démodé.»

Selon divers rapports de recherche consultés par le professeur Rabeau, rien n’indique que le déménagement du casino aurait poussé les habitants des quartiers du coin – Pointe-Saint- Charles, Petite-Bourgogne, Verdun et Saint-Henri – à jouer davantage. «Le projet ne visait pas à augmenter l’offre de jeu. Le nombre de machines demeurait inchangé. En plus, le jeu ne devenait qu’un volet du nouveau complexe. Les artistes du Cirque du Soleil auraient constamment diverti les visiteurs.»

Son étude met l’accent sur l’importance de la remise en valeur d’un quartier de Montréal qui a désespérément besoin d’un nouveau souffle. Elle souligne que Loto-Québec avait clairement exprimé la volonté de travailler de concert avec les habitants des environs pour assurer que les retombées soient positives pour les citoyens, en leur donnant accès en priorité aux emplois créés, par exemple.

Quant à l’investissement d’un milliard prévu par l’État, Yves Rabeau ne s’offusque pas, au contraire. «Évidemment, on préférerait que cet argent serve à créer des centres de recherche ou des hôpitaux. Il n’en demeure pas moins qu’il y a une demande pour les casinos. Si on ne répond pas à la de- mande des joueurs, ils vont simplement dépenser leur argent aux États- Unis. Tous ces deniers vont échapper aux coffres de l’État.»

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