L'importance d'écouter les citoyens du 3e âge

13 Novembre 2006 à 0H00

Tous les parents de jeunes enfants ont sans doute suivi avec intérêt la polémique entourant la sortie du livre Le bébé et l’eau du bain, du Dr Jean-François Chicoine et de la journaliste Nathalie Collard, au printemps dernier. Les deux auteurs, qui ont fait couler beaucoup d’encre, y abordent l’impact des services de garde sur le développement des enfants, le domaine de recherche de la professeure Nathalie Bigras, du Département d’éducation et pédagogie. Son équipe vient d’ailleurs de mettre la touche finale à un article portant sur les liens entre le développement cognitif des enfants de milieux défavorisés et l’utilisation des services de garde.

Mme Bigras et ses collègues Andrée Pomerleau, Gérard Malcuit et Danielle Blanchard ont voulu creuser un filon jusqu’ici inexploité: l’incidence du cumul des facteurs de risque que sont la pauvreté (ou la précarité du revenu familial), la faible scolarité des parents et la monoparentalité sur la fréquentation des services de garde. Pour ce faire, ils ont analysé les données provenant de collectes effectuées entre 1998 et 2003 par l'équipe de recherche DEC (Développement des Enfants dans leur Communauté), chargée d’évaluer l’implantation et les impacts de 1,2,3GO!, l’initiative communautaire mise sur pied par Camil Bouchard, professeur au Département de psychologie, aujourd’hui député du Parti Québécois. L’échantillon retenu comportait 978 enfants âgés entre 20 et 42 mois (habitant en territoire urbain, semi-urbain et rural), évalués à l’aide du Bayley Scales of Infant Development, une échelle qui possède une bonne validité prédictive des mesures ultérieures du développement intellectuel de l’enfant.

Leur article, intitulé «Le développement des enfants vivant dans des conditions de risques psychosociaux : les services de garde peuvent-ils faire une différence?», démontre que plus les familles cumulent de facteurs de risque, moins elles ont tendance à utiliser un service de garde structuré. Le développement cognitif des enfants en souffrirait, car ceux qui fréquentent des services de garde ont de meilleurs résultats que ceux qui n’en fréquentent pas du tout ou qui se font garder par la voisine de palier.

Mme Bigras et ses collègues publieront prochainement ces résultats et comme plusieurs de leurs prédécesseurs, ils espèrent attirer l’attention des instances gouvernementales. « Il faut voir à ce que les enfants de milieux défavorisés aient un meilleur accès à des services de garde de qualité, explique Mme Bigras. Cet accès pourrait atténuer certains effets des facteurs de risques psychosociaux sur le développement des enfants et constituer ainsi un facteur de protection pour les enfants qui en ont le plus besoin et qui, malheureusement, sont ceux qui les utilisent actuellement le moins.»

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