Lire dans l'avenir de nos forêts

13 Novembre 2006 à 0H00

Faites-nous confiance, disaient-ils… Pendant des décennies, les forestiers ont coupé sans ménagement les forêts du Québec, «sortant» toujours plus de bois pour alimenter scieries et moulins à papier. Lorsque Richard Desjardins a sonné l’alarme en 1999 avec L’erreur boréale, une pénurie de la ressource ligneuse était déjà prévisible. Un constat confirmé par la vérificatrice générale du Québec, en 2002, puis par le rapport de la Commission Coulombe, en 2004. Manifestement, les forestiers ont longtemps travaillé sans réellement s’interroger sur les impacts de leurs coupes et de leurs timides interventions de reboisement.

Cette lacune, Christian Messier espère la combler, du moins en partie, grâce à des outils de modélisation qu’il est en voie de peaufiner. Ces «jeux vidéo» ultrasophistiqués permettront aux ingénieurs forestiers de tester virtuellement plusieurs scénarios de coupe et de constater leurs impacts à court, moyen et long terme, autant sur le volume de bois coupé que sur les emplois liés à la foresterie, la qualité de vie de la faune, les territoires de trappe des communautés autochtones, l’aspect visuel de la forêt, etc.

«Nous voulons que ces outils servent non seulement aux compagnies, mais également aux chasseurs, aux pourvoyeurs, aux simples citoyens, bref, à tous ceux qui ont à coeur la forêt», explique le professeur du Département des sciences biologiques de l’UQAM, qui est également directeur du nouvellement créé Centre d'étude de la forêt (CEF), un groupe interuniversitaire qui réunit 46 chercheurs en foresterie de Montréal, Québec, Sherbrooke et de l’Abitibi-Témiscamingue.

Les outils de modélisation – qui ont été validés notamment en simulant la dynamique des forêts du passé – ne représenteront jamais exactement la réalité, met en garde le professeur Messier. «Toutefois, ils reposent sur les connaissances les plus avancées que nous avons des écosystèmes et aideront certainement les intervenants à atteindre un consensus autour des scénarios d’aménagement les plus acceptables sur le plan économique, environnemental et social.»

Pour réaliser ce projet, Christian Messier a travaillé en collaboration avec quatre autres chercheurs du CEF: trois de l’UQAM et un de l’Université Laval. Rappelons que les chercheurs de l’UQAM en foresterie ont à leur disposition des laboratoires de terrain hors du commun, à la Forêt du lac Duparquet en Abitibi, en association avec l’UQAT, et dans les monts Sutton, avec Conservation de la Nature. L’équipe a aussi collaboré avec des centres de recherche de la Colombie-Britannique, de l’Ontario, de la Finlande et des États-Unis.

Au mois de novembre, les chercheurs présenteront leurs premiers résultats au ministère des Ressources naturelles de Terre-Neuve-et-Labrador, aux chercheurs de l’Université de Terre-Neuve et aux Innus qui s’intéressent à l’aménagement de la forêt du Labrador. Ces intervenants ont commandé une étude à l’équipe de Christian Mercier. «Ce sera une première validation de notre modèle. Il pourra ensuite être adapté à n’importe quelle forêt.»

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