Lumière sur Roger Racine, directeur photo

30 Octobre 2006 à 0H00

Les directeurs photo, maîtres de la lumière et responsables de la beauté des images au cinéma, sortent rarement de l’ombre. Même les cinéphiles les plus aguerris ne retiennent généralement que les noms des acteurs et du réalisateur d’un film qu’ils ont aimé. «Les autres membres créatifs des équipes de tournage sont exclus du star system», souligne Michel Caron, professeur à l’École des médias. Ayant lui-même signé la direction photo pour des séries comme Chartrand et Simone ou des longs métrages de Jean-Claude Labrecque, Robert Ménard ou Roger Cantin, le professeur a récemment entrepris de faire connaître au public quelquesuns de ses collègues et, surtout, les précurseurs de son métier. Il terminera prochainement un premier documentaire sur Roger Racine, pionnier de la direction photo au Québec.

Aujourd’hui âgé de 82 ans, Racine a amorcé sa carrière à l’ONF avant de faire le saut du côté du privé. Il a contribué à plusieurs films de son époque, dont Aurore, l’enfant martyre, Les lumières de ma ville et Le curé de village. À la Cinémathèque québécoise, Roger Racine et Michel Caron ont visionné ensemble tous ces films et bien d’autres. «Il m’a dévoilé plusieurs trucs auxquels il avait recours, notamment pour compenser le fait que les vieilles pellicules étaient moins sensibles à la lumière qu’aujourd’hui, raconte Michel Caron. Il fallait éclairer beaucoup plus, mais Racine utilisait les jeux d’ombres pour adoucir ses images.»

Le professeur de l’UQAM dit avoir été étonné par la modernité de certains longs métrages. Le film Forbidden Journey, par exemple, tourné au coeur de Montréal, présente une facture résolument urbaine qui contraste avec les oeuvres cinématographiques de l’époque, généralement centrées sur la vie de village. «Si on s’est désintéressé de plusieurs de ces vieux films, c’est souvent parce le scénario était médiocre ou le jeu des comédiens, quelconque, poursuit Michel Caron. L’image, elle, n’a généralement rien à envier aux productions contemporaines.»

Le professeur a recueilli plusieurs heures de témoignage auprès de Roger Racine, filmées par un de ses étudiants. Ce sont aussi ses étudiants qui l’ont aidé à faire la recherche préliminaire et à fouiller les archives cinématographiques. L’équipe passera bientôt au montage du documentaire. Michel Caron n’a pas encore approché de distributeur pour son film, même s’il en a déjà ciblé quelques-uns qui pourraient être intéressés.

Son premier public, toutefois, sera ses étudiants. Il compte inviter Roger Racine lors de cette projection de lancement. «Le cinéma québécois fonctionne très bien en ce moment. C’est un peu grâce à des gens comme Roger Racine qui ont jeté les assises de l’industrie telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il ne faut pas oublier ces pionniers.»

Le professeur a commencé à réfléchir aux prochains documentaires qu’il souhaiterait réaliser. «J’aimerais faire une série sur les grands directeurs photo du Québec, dit-il. Ces professionnels sont souvent anonymes. À part Sven Nykvist, le directeur photo d’Ingmar Bergman décédé récemment, très peu sont connus. J’aimerais en faire passer quelques autres à la postérité.»

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