Modernisme à la turque

13 Novembre 2006 à 0H00

En septembre dernier, une petite équipe de l’UQAM a participé à un atelier de conservation de l’architecture moderne à Istanbul, en Turquie. Avec des spécialistes provenant de plusieurs universités à travers le monde, Francine Vanlaethem, directrice du DESS en architecture moderne et patrimoine, ainsi que deux de ses étudiantes, Marie-France Morin-Messier et Natascha Gross, ont passé une semaine à étudier le site d’Ataköi, un ensemble résidentiel de la banlieue d’Istanbul datant de la fin des années 50.

«À 20 minutes du centre-ville et tout près de la plage, ce projet d’habitation dont le plan d’ensemble a été réalisé par l’architecte italien Luigi Piccinato représentait pour l’époque une sorte d’utopie résidentielle», signale Marie-France Morin-Tessier. Intégrant architecture, espaces verts et chemins piétonniers, Ataköi se voulait une porte moderne à la vieille ville, un espace avant-gardiste associé à un nouveau style de vie. Organisé par unités de voisinage comprenant des édifices à logements ainsi que des équipements collectifs, comme l’école et le centre d’achats, cet ensemble largement financé par l’État s’inscrivait parfaitement dans le projet de modernisation de la Turquie.

Depuis, la plage, trop polluée, a été fermée, des modifications parfois malheureuses ont été apportées aux immeubles et le temps a fait son oeuvre. Mais l’ensemble demeure un lieu de vie recherché, habité par plusieurs intellectuels et comptant des résidants qui y sont installés depuis le tout début. «Notre travail consistait à documenter les édifices des deux premières phases du projet et à faire des suggestions pour leur conservation», explique Marie-France Morin-Messier.

Docomomo International

Cette activité a eu lieu dans le cadre de la IXe Conférence de Docomomo International, un organisme d’origine néerlandaise voué à la documentation et à la conservation de l’architecture moderne. «À Montréal, la préoccupation pour le patrimoine moderne est apparue à la fin des années 80, lorsqu’un petit groupe de personnes s’est mobilisé pour la préservation du Westmount Square, raconte Francine Vanlaethem. Ce groupe est devenu Docomomo Québec.»

Tous les deux ans, Docomomo International organise dans une ville différente un événement sur l’architecture moderne réunissant des experts des quatre coins du monde préoccupés par la sauvegarde de ce patrimoine souvent mal apprécié, mal entretenu et mal conservé. Réjean Legault, un autre professeur de l’École de design qui s’est joint à la délégation uqamienne, avait participé au comité de sélection des communications présentées à la conférence de cette année, placée sous le thème Other Modernisms.

«Le mouvement moderne est d’abord apparu en Europe, explique France Vanlaethem, mais il a connu de nouvelles interprétations dans les autres lieux où il a émergé, que ce soit en Turquie ou en Amérique.»

Pour participer à ce voyage qui les a menées d’Istanbul à Ankara, où se tenait la conférence, les étudiantes ont bénéficié de diverses sources de financement, dont une bourse offerte par le Laboratoire de recherche sur l’architecture moderne et le design. Le 7 novembre dernier, Docomomo Québec, dont Francine Vanlaethem est présidente, présentait au Pavillon de design une soirée d’information sur l’atelier de conservation d’Ataköi et la conférence d’Ankara.

D’Istanbul au Lac-aux-Castors

Le 24 novembre, en collaboration avec Les Amis de la montagne, le DESS en architecture moderne et patrimoine organise une journée d’étude sur la rénovation récente du pavillon du Lac-aux-Castors, que France Vanlaethem qualifie d’exemplaire. «Le bâtiment a été rénové dans le respect du projet dessiné par les architectes Hazen Size et Guy Desbarats en 1955, sans pour autant être une restauration au sens strict.» Avis aux intéressés.

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