Parcours d'une passionnée de l'entraide humanitaire

16 Octobre 2006 à 0H00

«Ces distinctions tombent à point», confie Josée-Anne Riverin, à propos du titre de Personnalité par excellence 2006, qui lui a été décerné le 28 septembre dernier au Gala Forces AVENIR, quelques jours avant que La Presse et Radio-Canada ne la désigne à leur tour «Personnalité de la semaine». «J'étais un peu découragée, parce que j'ai fait des demandes d'emploi auprès de certaines organisations... qui n'ont pas cru en mon expérience.» S'en mordent- elles les doigts aujourd'hui? La jeune femme de 23 ans, au regard pétillant, dégage une énergie contagieuse. Passionnée par l'entraide humanitaire locale et internationale, elle vient de compléter son baccalauréat en relations internationales et droit international. Voici le parcours inspirant de cette diplômée, sous forme de récit de voyages en trois temps.

 

L'Afrique du Sud

Après avoir complété son Secondaire 5, volet éducation internationale, Josée-Anne projette d'aller apprendre l'anglais «à la dure». Pas question de se «contenter» des États-Unis ou de l'Angleterre : parmi les destinations offertes par AFS Interculture Canada, elle choisit l'Afrique du Sud. On lui offre d'habiter dans une famille noire de Soweto. Ses parents, au fait du passé violent de cette banlieue de Johannesburg, symbole de la résistance noire à l'apartheid, lui recommandent de revoir son choix, mais elle s'entête. Avec le recul, ce séjour lui apparaît comme le déclencheur de sa passion pour les droits humains.

Accueillir une umLungu, «blanche» en zoulou, est un honneur pour certains habitants, car elle s'intéresse à leur milieu de vie. «Mais d'autres n'ont pas cru en mes bons sentiments et j'ai été victime de racisme pour la première fois de ma vie, ce qui est très formateur», relate-t-elle. L'apartheid, officiellement aboli en 1994, a laissé des traces. Même si elle sait que l'on ne change pas les mentalités facilement, Josée-Anne tient à s'exprimer sur l'importance de s'ouvrir aux autres. Son intervention à l'école publique multiethnique qu'elle fréquente mène à un échange interculturel entre des Noirs d'une école de Soweto et des Blancs de Johannesburg.

 

La Mauritanie

À son retour, elle amorce ses études collégiales à Jonquière en sciences humaines, profil ouverture sur le monde. Elle collabore à des salons jeunesse pour AFS et accompagne parfois les étudiants étrangers qui séjournent dans sa région. En 2003, elle participe avec un groupe d'étudiants à un stage de coopération internationale de deux mois en Mauritanie. Modeste, elle tient à remettre les pendules à l'heure, car les journaux qui ont parlé d'elle récemment lui ont donné le beau rôle. «Il s'agissait d'un stage d'observation au secrétariat d'État à la condition féminine, explique-t-elle. J'ai vu comment les coopératives locales fonctionnaient et j'ai donné un coup de main à l'organisation de la Journée internationale de la femme, rien de plus.» À son retour au Québec, elle tente de mettre en contact les organismes de femmes de la Mauritanie avec ceux du Saguenay.

 

Le Cambodge

Son cégep complété, elle s'inscrit au baccalauréat en relations internationales et droit international à l'UQAM. Son horaire est chargé : elle prend part à l'organisation du Festival du savoir dans le quartier St-Michel/Parc- Extension, en plus d'être agente promotionnelle, puis coordonnatrice provinciale du Programme d'économie d'eau potable du RÉSEAU Environnement. Elle trouve également le temps de participer à des ateliers de sensibilisation pour l'UNICEF dans des écoles primaires.

Elle rencontre Marjolaine Breton, une camarade de classe avec laquelle elle se découvre un rêve commun : réaliser un documentaire. «Je voulais aller en Asie du Sud-Est, dans un endroit où les droits humains étaient problématiques, raconte-t-elle. Le Cambodge s'est imposé de lui-même, mais nous avions besoin d'établir des contacts avec un organisme local.» Timides mais décidées, elles présentent leur projet à Peter Leuprecht, l'actuel directeur de l'Institut d'études internationales de Montréal (IEIM), basé à l'UQAM. À l'époque, il était encore le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les droits de la personne au Cambodge. Il les met en contact avec le Haut-Commissariat des droits de l'homme au Cambodge, lequel les redirige vers la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme (LICADHO).

Une fois leur projet sur les rails, la Faculté de science politique et de droit s'y intéresse et le soumet à l'ACDI, obtenant une subvention de 50 000 $. Ce montant sert à Josée-Anne et à sa collègue, mais permet également de développer d'autres liens avec le Cambodge, qui déboucheront sur un projet encore plus ambitieux et une subvention de 600 000 $. «Contrairement à ce qui a été écrit, nous avons été les instigatrices pour notre stage auprès de la LICADHO, mais le reste du projet appartient à la Faculté», rectifie Josée-Anne.

Le documentaire qu'elles réalisent là-bas, dont le montage a été effectué par deux finissants en communication, Charles Trinque et Julie Marcotte, s'intitule 0,14 $ l'hectare. Il traite de la concession des terres au Cambodge. «Des paysans sont expropriés ou même tués par les milices afin que le gouvernement «prête» leurs lopins de terre à des entreprises, sous couvert d'incitatifs à la croissance économique du pays», explique Josée-Anne. «Ces compagnie coupent les forêts à blanc et dévastent les terres, avant de quitter le pays.»

À leur retour, elles présentent leur documentaire dans des cégeps ainsi qu'à l'UQAM, dans le cadre d'une conférence sous l'égide de l'IEIM, à laquelle assistent des gens de la communauté cambodgienne. «Une femme, les yeux dans l'eau, m'a dit que nous avions montré des choses dont personne n'ose parler là-bas, même s'ils sont tous au courant», raconte Josée- Anne, qui souhaite également le présenter auprès du ministère des Affaires étrangères.

 

Les projets d'avenir

À son retour du Cambodge, elle s'est impliquée dans les travaux de la Clinique internationale pour la défense des droits humains de l'UQAM, une organisation qui lui tient toujours à coeur, même si son baccalauréat est terminé et qu'elle étudie présentement en relations publiques à l'Université de Montréal.

Elle songe entreprendre une maîtrise en droit international et ne sait pas encore, pour l'instant, ce qu'elle va faire de la bourse de 15 000 $ de Forces AVENIR. Son engagement lui procure stimulation et enrichissement avant tout. «Je ne veux pas être moralisatrice et dire qu'il faut absolument aller à l'autre bout du monde pour s'impliquer. Il suffit simplement de chercher à s'informer, une responsabilité collective, selon moi. Mais si l'on veut en faire plus, je suis la preuve qu'on n'a pas besoin d'être une grande intellectuelle ou une hippie à poncho», conclut-elle en riant.

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