Productrice éclectique

15 Décembre 2006 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Quatre trophées Félix trônent sur un classeur dans le petit salon de La Compagnie Larivée Cabot Champagne, mais le regard est davantage attiré par les affiches promotionnelles ornant les murs. Stylisées et hautes en couleurs, elles reflètent bien l'univers éclectique de la boîte et de ses artistes. Qu'ils vendent 200 ou 100 000 albums, Suzie Larivée défend ses poulains avec la même fougue : «Ce qui nous importe, c'est la qualité de leurs textes et de leur approche musicale», dit la productrice.

Suzie Larivée (B.A. histoire de l'art, 1990) a rejoint son frère Claude et ses associés, Luc Cabot et Marie-Christine Champagne, peu après le début de l'aventure de La Compagnie, en 1996. L'entreprise s'est fait connaître avec les soirées dansantes C'est extra, puis en produisant et diffusant des spectacles au Cabaret Music-Hall, qu'elle a exploité pendant dix ans, boulevard Saint-Laurent. Mais c'est avec la création des disques de La Tribu, en 1999, qu'elle a véritablement pris son envol. Réputée pour avoir favorisé l'émergence de la relève de la chanson québécoise (en produisant une soixantaine d'albums, parmi lesquels ceux des Cowboys Fringants, Jérôme Minière, Pépé, Martin Léon, Ginette et Urbain Desbois), elle représente également des artistes établis tels que Robert Charlebois, Pierre Flynn, Diane Tell et le Français Thomas Fersen.

Codirectrice des disques de La Tribu, Suzie Larivée prend visiblement beaucoup de plaisir à côtoyer les artistes. « Nous ne collaborons qu'avec des auteurs-compositeurs- interprètes, qui ont généralement une idée très précise de ce qu'ils désirent», explique-t-elle. Pour cette raison, elle n'intervient guère dans les studios d'enregistrement. Elle s'implique par contre dans le visuel des albums, qui constitue en quelque sorte la signature de La Tribu, reconnaissable à l'utilisation de pochettes en carton. Cette partie de son travail lui permet de puiser dans ses expériences en arts visuels, acquises autant à l'UQAM que dans le réseau des maisons de la culture, où elle a travaillé au début des années 90. «Dès le départ, nous avons instauré une esthétique particulière, en travaillant avec des peintres, des illustrateurs, des photographes et des designers graphiques», explique-t-elle. Le choix du carton est un choix écologique, bien sûr, mais c'est aussi pour que la pochette s'apparente à un livre. «Nous offrons une expérience qui englobe l'écoute musicale et la lecture du livret.»

Les artistes viennent cogner à la porte de La Compagnie parce qu'il y règne une atmosphère familiale, «mais aussi parce que nous avons la réputation d'être souvent plus audacieux que les artistes que nous représentons!», ajoute Suzie Larivée en riant. Un exemple? Le spectacle non subventionné de la Saint- Jean-Baptiste 2005, au parc Jean-Drapeau : «dix heures de musique réunissant une dizaine d'artistes», rappelle la productrice.

La toile tissée au fil des ans par Larivée Cabot Champagne n'est pas étrangère à son succès. Contrairement à d'autres compagnies, elle peut garantir à un artiste une série de spectacles à Montréal, quelques mois après la parution de son album. L'entreprise gère, en effet, le Théâtre La Tulipe, rue Papineau (anciennement le Théâtre des Variétés, rebaptisé en l'honneur de l'ancien propriétaire, Gilles Latulippe), et le Théâtre National, rue Sainte-Catherine. Suzie Larivée croit que ce sont les spectacles qui vont sauver l'industrie vacillante du disque. «Voilà pourquoi nous offrons des spectacles à prix économique ou qui regroupent plusieurs artistes, comme dans le cadre de la tournée Tous les garçons toutes les filles, explique-t-elle. Les spectacles stimulent la vente de disques.»

Espéré mais souvent éphémère, le succès commercial n'est pas toujours au rendez-vous. On le sait, les artistes ont parfois de la difficulté à vivre de leur art et ceux de Larivée Cabot Champagne ne font pas exception à la règle. Mais Suzie Larivée se démène pour ne pas qu'ils baissent les bras, les incitant à multiplier les projets et les collaborations avec d'autres artistes. Rien ne la rend plus fière que de voir un de ses poulains réussir à gagner sa vie grâce à la musique.

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