Regards d'enfants sur le Brésil

13 Novembre 2006 à 0H00

Étudiant au baccalauréat en urbanisme, Étienne Faucher est un véritable fana de la photo. À tel point qu’il ressent un besoin irrépressible de partager sa passion. Mais pas avec n’importe qui. L’été dernier, il s’est envolé vers le Brésil pour enseigner les rudiments de son art aux enfants de la région de Piaui, le plus aride et le plus pauvre des États brésiliens. Pendant deux mois et demi, en compagnie de sa copine Clara Low-Décarie, étudiante en médecine à l’Université de Montréal, il a accompagné une trentaine de jeunes filles et garçons alors qu’ils prenaient leurs tout premiers clichés.

Les deux photographes amateurs ont été inspirés par le documentaire Born into Brothels, de Zana Briski. Cette photographe professionnelle a passé des années dans les bordels de Calcutta à documenter la vie des prostituées. Avec le temps, elle s’est liée d’amitié avec leurs enfants. Pour les aider à échapper au cercle vicieux de la prostitution, elle leur a appris les rudiments de la photographie. L’aventure a donné naissance à un film magnifique, lauréat de l’Oscar du meilleur documentaire en 2005.

«Clara et moi avons trouvé l’idée géniale, se rappelle Étienne. Avec peu de moyens, Zana Briski a réussi à éveiller la sensibilité des enfants démunis, les aidant à échapper, ne seraitce que pour quelques heures, à la réalité de leur quotidien. Nous avons pensé qu’il serait intéressant de reproduire l’expérience ailleurs.»

L’idée du Brésil s’est imposée tout naturellement puisque Étienne y avait habité plus jeune, son père ayant accepté un mandat pour l’Université de Brasilia. «J’ai contacté un dirigeant de la compagnie Brasil Ecodiesel qui a des installations au Piaui, explique-t-il. L’entreprise offre aux démunis des terres et achète leur récolte de mamona, une plante qui entre dans la fabrication du biodiésel. La compagnie a aussi bâti une petite école pour accueillir les enfants des paysans.»

Une fois l’entente conclue avec l’école en question, Étienne et Clara ont affiché des publicités à l’université et visité le Village des valeurs, à la recherche de vieux appareils photo qui ne servaient plus. Ils ont recueilli 13 appareils automatiques 35 mm et acheté 50 rouleaux de film 36 poses. Quelques cours de portugais plus tard, l’heure du départ avait sonné.

Perceptions nouvelles

Sur place, les enfants ne les ont pas accueillis sans méfiance. Les deux jeunes coopérants ne se sont pas découragés pour autant. Chaque semaine, à l’école, ils ont organisé des ateliers pour les élèves. Ils ont enseigné les règles de composition du paysage, du portrait, puis ont laissé leurs émules expérimenter d’eux-mêmes, appareils en main. De 13 curieux au départ, la classe est rapidement passée à une trentaine d’élèves. «Pour tous les jeunes apprentis, il s’agissait du premier contact avec une caméra, dit Étienne. La majorité d’entre eux ne s’étaient même jamais vus sur une photo.»

Les résultats? «Les photos sont étonnamment bien réussies, répond Étienne. Surtout, je pense que l’expérience a permis aux enfants de poser un regard différent sur leur quotidien, en les ouvrant à la beauté du monde qui les entoure.» Avant de quitter la région, les deux Québécois ont donné tout leur matériel au professeur en titre de l’école et laissé bien des rouleaux de film, pour s’assurer que l’expérience se poursuive.

Depuis leur retour, ils ont monté un site Internet mettant en valeur les photos de leurs jeunes élèves et organisé une exposition au café Les Gourmets Pressés, où Étienne travaille à temps partiel comme serveur. Les photos sont en vente au coût de 40 dollars chacune. Les profits seront envoyés au Brésil, pour permettre le développement des nouveaux clichés qui seront pris par les jeunes.

Même s’il a trouvé l’expérience parfois ardue, à cause des difficiles conditions de vie notamment, l’Uqamien n’hésiterait pas à repartir de nouveau, pour l’Amérique du Sud, ou ailleurs. En Afrique peut-être. «Clara a un projet avec Jeunesse Canada Monde, dit-il. Je me joindrai peut-être au groupe et monterai des ateliers de photos, en marge de leur projet.»

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