À la défense de l’UQAM

Malgré la crise financière qui secoue l’institution depuis un an, de nombreuses voix se portent à la défense de l’UQAM et rappellent l’importance de sa mission dans un Québec tourné vers l’avenir.

15 Novembre 2007 à 0H00

Au cours de la dernière année, l’UQAM a traversé l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. L’automne dernier, alors qu’elle fait face, comme toutes les universités québécoises, à un déficit d’opération, le conseil d’administration apprend que le parachève - ment du Complexe des sciences Pierre-Dansereau, qui devait s’autofinancer, va exercer une pression de plus de 100 millions de dollars sur sa situation financière. À ce moment, le chantier de l’Îlot Voyageur, un autre projet immobilier, est déjà amorcé. Jusqu’à l’entente de septembre dernier avec le ministère de l’Éducation et l’Université du Québec sur une procédure pour dénouer la crise, les mauvaises nouvelles financières s’accumu - lent (voir la chronologie des événements en encadré), malgré les énergies déployées par l’équipe de Danielle Laberge, la rectrice par intérim, pour redresser la situa - tion et préserver la mission de l’Université.

Dès l’annonce des dépassements de coûts au Complexe des sciences, en novembre 2006, l’UQAM a mis en place des mesures de contrôle financier sévères. Au cours de l’année, afin de faire la lumière sur ce qui s’est passé, elle a ouvert ses livres à diverses firmes comptables et au Vérificateur général du Québec.

Les inscriptions en hausse cet automne et deux sondages récents montrent que la population a gardé toute sa confiance en l’UQAM.

Ces derniers mois, plusieurs personnes de l’inté - rieur et de l’extérieur de la communauté universitaire ont publiquement fait connaître leur appui à l’UQAM et leur désir de voir l’Université continuer à se développer en assumant sa mission toujours aussi essentielle pour la société québécoise. Leurs lettres soulignent aussi que l’UQAM n’est pas seule dans la tourmente budgétaire et constituent un appel au réinvestissement tant attendu dans l’enseignement supérieur. Nous en publions ici des extraits:

Une belle place dans le réseau canadien

L’UQAM s’est taillé une belle place dans le réseau cana - dien et sur la scène internationale. Plusieurs collègues sont des figures marquantes dans leur secteur sur le plan international, et les programmes de formation sont de très bon niveau. (…) 

Si les réalisations et le destin de l’UQAM ont dépassé les ambitions originelles des concepteurs, nous devrions nous en réjouir. D’autant que le Québec a un besoin impérieux de deux grandes institutions universitaires francophones à Montréal. (…) 

Notre environnement est mondial. (…) L’école de rang, c’est du passé, donc foin de localisme : le dévelop - pement de nos universités sera assuré pour une part non négligeable par la venue d’étudiants étrangers, notre capacité d’attraction et notre rayonnement international. (…)

La comparaison avec les institutions canadiennes montre que beaucoup est fait au Québec avec peu. La place souvent enviable que l’on a acquise est à renouveler ou à reconquérir sans cesse. Or, dans notre communauté universitaire québécoise, qu’une institution concurrente soit en grande difficulté ne peut être une bonne nouvelle pour aucune autre. Nous sommes tous concernés. Il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt.

Gérard Boismenu, professeur à l’Université de Montréal / Lettre publiée dans Le Devoir, 11 septembre 2007

La loi de l’Université du Québec

Quand on s’interroge sur la mission de l’UQAM, il faut d’abord se référer à la Loi de l’Université du Québec (UQ), adoptée en décembre 1968 et toujours en vigueur. Selon cette loi, chaque université constituante du réseau de l’UQ assume une mission fondamentale permanente. Ainsi, l’UQAM « a pour objet l’enseignement supérieur et la recherche ; elle doit notamment, dans le cadre de cet objet, contribuer à la formation des maîtres. Elle peut également offrir des services à la collectivité qu’elle dessert.

Depuis 1969, l’UQAM s’en est très précisément tenue à cette mission fondamentale permanente. (…) Elle a innové en matière de services à la collectivité, ce que reconnaissent volontiers les milieux intéressés. Elle a décerné près de 170 000 diplômes. (…) 

L’UQAM a aussi été créée pour réaliser cette mission fondamentale permanente dans une perspective d’accessibilité. Elle a ainsi mis en oeuvre des pratiques spécifiques pour faciliter l’accès aux études universitaires de groupes sociaux longtemps exclus de cet ordre de formation. Par exemple : implantation au centre-ville, cheminement à temps partiel, cours du soir, admission sur la base de l’âge et de l’expérience professionnelle, autant d’acquis préservés à ce jour. (…)

Il est essentiel de replacer la crise financière de l’UQAM dans son vrai contexte. L’ensemble des universités québécoises, notamment les plus riches, se déclarent sous-financées de l’ordre d’au moins 300 millions de dollars au fonctionnement. Comment peut-on faire grief à l’UQAM d’invoquer un sous-financement chronique qui remonte aux années 70? Ce sous-financement n’a été que très incomplètement et partiellement corrigé par le gouvernement au fil des ans. Il est visible, à quiconque se donne la peine d’observer les choses, que le degré de richesse de l’UQAM à tous égards est bien inférieur à celui des universités plus anciennes. (…)

Claude Corbo, professeur au Département de science politique et recteur de 1986 à 1996 / Lettre publiée dans Le Devoir, 12 septembre 2007

Une grande jeune université

L’UQAM est en pleine tourmente, mais de grâce reconnaissons publiquement sa notoriété. Ce n’est pas parce qu’elle traverse une crise qu’elle perd l’ensemble de ses qualités acquises en plus de trois décennies. (…)

L’UQAM est une grande jeune université très appréciée pour son esprit novateur et ses compétences. Elle a une personnalité propre que lui envient de plus vieilles universités. (…)

En plus d’entendre publiquement les corrections apportées à la situation, il faut entendre haut et fort que l’UQAM n’a pas perdu sa raison d’être ni sa force qui est l’enseignement et la recherche.

Louise Boisclair, diplômée, Ateliers Le cheval de Troie / Lettre reçue le 2 juin 2007

D’un déficit à l’autre

Le déficit accumulé de l’UQAM, résultat de la somme des déficits annuels, est encore parmi les plus bas des grandes universités québécoises. Cela s’explique par le fait que, pendant plusieurs années, le budget annuel de l’UQAM était équilibré alors que celui d’autres institutions était souvent déficitaire et ajoutait chaque année plusieurs millions au déficit cumulé. (…)

Pour l’année qui se termine, on apprend que le déficit de l’Université de Montréal s’élèvera à 19 millions, portant le déficit cumulé à 120 millions de dollars. (…)

On pourrait aussi rappeler que la première position à ce palmarès est occupée par l’Université Laval, avec un déficit cumulé de 132 millions. Quant à l’UQAM, son déficit cumulé est de l’ordre de 41 millions, une situation certes déplorable, mais loin d’être exceptionnelle.

Au-delà du fiasco immobilier (…), il demeure que le gouvernement a le devoir de s’assurer que l’université publique qu’il a créée pour répondre aux besoins des francophones ait les moyens d’assumer adéquatement sa vocation. 

Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et en sociologie des sciences / Lettre publiée dans Le Devoir, 15 juin 2007

Pour sa philosophie

Grâce à l’UQAM, je vais avoir une maîtrise en biochimie que j’ai pu suivre à temps partiel, à un rythme et avec des facilités qu’aucune autre université n’offrait. L’UQAM m’a séduite non seulement pour la qualité de son enseignement et de sa recherche, mais surtout pour sa philosophie, où chacun peut trouver sa place.

Laurence Lejeune, étudiante à la maîtrise en biochimie, responsable du Service de cytométrie, Institut Lady Davis, Hôpital Général Juif — Montréal / Lettre reçue le 9 septembre 2007

Socialement responsable

Les pouvoirs publics le reconnaissent : la société québécoise doit poursuivre ses efforts de développement de la recherche et de scolarisation universitaire, notamment aux cycles supérieurs, à la fois sur le plan de la formation de la relève et sur celui de la formation continue. L’UQAM a joué un rôle important dans cet effort collectif depuis sa création et on voit mal comment la société pourrait tout d’un coup se passer d’elle. (…) Il ne faudrait pas que le dérapage immobilier dont nous assumerons les conséquences dans toute la mesure du possible fasse perdre de vue, nous le disons sans complaisance, nous le disons parce que c’est l’évidence même, qu’il ne s’agit pas seulement de savoir comment l’on doit traiter une mauvaise gestion de l’immobilier, mais aussi comment le Québec disposera d’un des joyaux de son patrimoine universitaire.

Les doyens : Enrico Carontini, Faculté de communication ; René Côté, Faculté de science politique et de droit ; Pierre Filiatrault, École des sciences de la gestion ; Yves Mauffette, Faculté des sciences ; Louise Poissant, Faculté des arts ; Robert Proulx, Faculté des sciences humaines ; Marc Turgeon, Faculté des sciences de l’éducation / Lettre publiée dans Le Devoir, 17 septembre 2007

Lettre ouverte au Premier Ministre Jean Charest

Depuis près de 40 ans, l’ESG UQAM forme des gestionnaires compétents, créatifs, intègres, critiques et socialement responsables. Cela représente près de 60 000 diplômés issus de nos programmes en gestion, dont plusieurs ont accédé à des postes importants dans les organisations québécoises et à l’étranger. Dans les années 70, 47 % des employeurs de la région de Montréal étaient francophones, alors qu’en 2008 c’est plus de 67 %. Le portrait a radicalement changé et il ne faut pas sous-estimer le rôle joué par l’ESG UQAM dans ce virage important. (…) 

De toute évidence, l’École des sciences de la gestion est un instrument de développement économique pour Montréal et pour tout le Québec, et ses diplômés y jouent un rôle de premier plan. Ses nombreux partenariats avec les organisations du milieu lui assurent un positionnement unique au Québec, dans plusieurs domaines d’expertise. Sa notoriété, bâtie au fil des ans, et ses nombreuses réalisations ne devraient pas faire les frais des difficultés financières actuelles.

Pierre Filiatrault, doyen de l’ESG UQAM / Lettre reçue le 18 septembre 2007

Fière fille de la Révolution tranquille

1969. Il ne faut jamais oublier que l’UQAM, l’Université du Québec à Montréal, est née de la Révolution tranquille, seule université dont le nom même la désigne à la fois comme université d’État, université publique, et université urbaine, ancrée dans notre ville. C’est dire qu’elle représente encore, en dépit de l’actuel déferlement de l’idéologie néolibérale, un des lieux institutionnels où s’est matérialisée la volonté de construire une société juste, un établissement déterminé à accomplir un idéal commun d’égalité et de solidarité. (…)

Dès ses débuts, notre Université a su ouvrir les disciplines les plus traditionnelles aux courants contemporains, aux débats actuels, aux problématiques complexes, répondant ainsi aux mutations sociales et aux défis les plus difficiles. (…) 

Le rôle essentiel de l’UQAM dans la prise en main du destin économique des francophones se révèle au fil des succès remportés par son École des sciences de la gestion, alors que son École de design alimente la plupart des « boîtes » renommées de Montréal. Moteur économique puissant à l’échelle de la métropole dans laquelle elle s’ancre, notre Université tient son rôle dans l’essor économique des Québécois. Serait-il si négligeable que l’on puisse l’occulter sans autre forme de procès ? Et encore, la culture et les medias d’ici seraient-ils aujourd’hui ce qu’ils sont, manifesteraient-ils la même créativité, la même exubérance sans l’apport des diplômés de notre Faculté des arts et de notre Faculté de communication, qui contribuent à modeler l’identité symbolique du Québec et du grand Montréal?

Se situant aux premiers rangs des universités canadiennes pour la recherche, les bourses, les contributions en sciences humaines et sociales, notre Université ne se distingue-t-elle pas par son audace intellectuelle, son rayonnement scientifique ? Et aussi par sa capacité à attaquer de front les grands problèmes sociaux comme la pauvreté ou le suicide des jeunes?

Rappelons aussi ces chiffres éloquents : sait-on qu’en éducation, l’UQAM forme 30 % des enseignants du Québec et près de 70 % de ceux de Montréal? (…)

Aussi, Uqamiennes, Uqamiens, nous nous déclarons intraitables. Nous nous mobiliserons toujours pour préserver l’intégrité de notre Université, pour contribuer à son rayonnement, bref, pour lui garder sa place vibrante indissolublement liée à l’histoire du Québec et de son peuple.

Les professeurs de l’UQAM : Martine Beaulne, Paul Bélanger, Diane Berthelette, Josiane Boulad-Ayoub, Antoine Char, Jean-François Chassay, Marc H. Choko, Teodor Gabriel Crainic, Charles-Philippe David, Martine Époque, Alain G. Gagnon, Louise Gaudreau, Yves Gingras, Laurier Lacroix, Jean-Paul Lafrance, Simone Landry, Peter Leuprecht, Jacques Lévesque, MarcMichel Lucotte, Danielle Maisonneuve, Frédéric Metz, Claude Pichet, Monique Régimbald-Zeiber, Paul Tana, Yves Théorêt, Larry Tremblay. / Lettre publiée dans Le Devoir, 22 septembre 2007

Quelques dates clés pour comprendre la crise à l’UQAM

14 novembre 2006
La nouvelle vice-rectrice aux Affaires administratives et financières, Monique Goyette, informe le conseil d’administration de l’UQAM de dépassements de coûts de 40 M $ dans le parachèvement du Complexe des sciences, inauguré en novembre 2005, et d’un manque à gagner de 66 M $ dans le financement de ce projet. Ce fardeau financier s’ajoute à un déficit cumulé de 16,9 M $ au 31 mai 2006, qui s’élèvera à 41 M $ au 31 mai 2007. 

8 décembre
Le recteur Roch Denis quitte ses fonctions et, le 12 du même mois, Danielle Laberge, vice-rectrice à la Vie académique et vice-rectrice exécutive, est nommée rectrice par intérim. 

17 avril 2007
Le Comité de gouvernance du C.A. recommande de mettre en place des mesures de vérification et de contrôle serrées pour éviter de futurs dérapages dans les projets immobiliers de l’UQAM. L’Université met en vente cinq immeubles acquis ces dernières années et encore inutilisés, en raison de coûts d’entretien et de rénovation trop élevés

11 mai
La Direction de l’UQAM s’adjoint les services de Me Lucien Bouchard afin de l’appuyer dans ses négociations avec la firme Busac, concernant la révision du projet immobilier de l’Îlot Voyageur, qui ne rencontre plus les conditions de rentabilité initialement approuvées par le C.A.

25 mai
La firme KPMG, mandatée par la direction de l’UQAM pour faire la lumière sur la reddition de comptes dans le dossier du Complexe des sciences, remet un rapport révélant une double comptabilité, ce qui expliquerait que le C.A. n’ait pas été mis au courant plus tôt des dépassements de coûts.

15 juin
Tel que demandé, l’UQAM soumet à la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), Mme Michelle Courchesne, un plan de redressement qui prévoit un retour à l’équilibre budgétaire dans trois ans et la réduction de son déficit cumulé anticipé de 303 M $ à 155 M $, en 2012. Ce plan n’a pas été accepté.

17 juillet
Une équipe du Vérificateur général du Québec, mandatée par le MELS sur la proposition du C.A. de l’UQAM, débute l’examen des principaux facteurs responsables des pertes occasionnées par les projets du Complexe des sciences et de l’Îlot Voyageur

27 septembre
Le gouvernement du Québec retire du périmètre comptable de l’UQAM le projet de l’Îlot Voyageur et annonce la conclusion d’une entente administrative qui balisera la démarche devant conduire au redressement de la situation financière de l’UQAM. Un plan d’action qui mettra en œuvre les mesures d’équilibre budgétaire découlant de ces travaux est prévu pour la fin février 2008.

 

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