Du diabète au cancer: le contrôle métabolique comme approche thérapeutique

19 Février 2007 à 0H00

Le professeur de biochimie Borhane Annabi, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en oncologie moléculaire, avoue qu’il rame présentement à contre-courant. «Les recherches récentes en traitement du cancer proposent l’utilisation potentielle de certaines cellules souches comme vecteur de thérapie cellulaire», explique-t-il. En d’autres mots : on modifie génétiquement ces cellules afin qu’elles délivrent une molécule anticancéreuse au foyer tumoral. «Cela fonctionne déjà, poursuit M. Annabi, puisque ces mêmes cellules ont la capacité d’être attirées vers ces foyers tumoraux. Paradoxalement, cette propriété s’avère aussi être délétère puisque ces cellules pourraient, malgré elles, contribuer au développement tumoral.»

Les plus récentes recherches de son équipe, publiées dans les prestigieuses revues scientifiques Stem Cells et Journal of Biological Chemistry, ont mis en évidence les voies de signalisation impliquées dans la mobilisation et dans le contrôle métabolique des cellules souches en réponse aux facteurs tumoraux. L’élément central de leur recherche est une protéine transportant le glucose-6-phosphate (ou G6PT), étonnamment surexprimée dans les cellules tumorales cérébrales, réputées être difficiles à traiter en raison de leur récidive et de leur caractère extrêmement infiltrant. «Cette protéine n’intéressait auparavant que les chercheurs oeuvrant sur le diabète, explique M. Annabi, puisque ses seules fonctions connues relevaient du contrôle métabolique glucidique.» Le professeur et son équipe ont toutefois découvert que G6PT contrôlait d’autres fonctions. «Anissa Belkaid et Jean-Christophe Currie, deux étudiants à la maîtrise, ont observé que G6PT régulait en fait non seulement le comportement invasif des cellules tumorales – c’est-à-dire leur survie, leur migration et leur multiplication – mais aussi la mobilisation des cellules souches en réponse aux facteurs de croissances tumoraux. En inhibant les fonctions ou l’expression de G6PT, nous avons du coup réduit cette réponse, et pouvons envisager de développer de nouvelles approches thérapeutiques.»

Ces observations constituent un point tournant dans la carrière du professeur Annabi, qui réalise ainsi la jonction entre son expertise première en diabète, et celle en cancérologie acquise sous la direction du professeur Richard Béliveau durant son deuxième stage postdoctoral. L’équipe du professeur Annabi espère un renouvellement de la Chaire de recherche du Canada en oncologie moléculaire pour un deuxième mandat, afin de poursuivre leurs travaux. «Nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements, mais les perspectives sont prometteuses!», ajoute-t-il, enthousiaste.

Au mois de mars prochain, Borhane Annabi prononcera une conférence à l’intention d’une partie de l’équipe médicale du Montreal General Hospital. «Les gens veulent comprendre pourquoi nous allons à contre-courant, dit-il. Notre message est simple : avant d’aller plus loin en matière de traitement, il importe de comprendre encore davantage les mécanismes cellulaires qui sont en jeu.»

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