États-Unis : hégémonie ou empire?

30 Avril 2007 à 0H00

Malgré les conflits qui s’enlisent en irak et en afghanistan, la suprématie militaire de notre puissant voisin du sud n’est pas menacée, croient Charles-Philippe David et Frédérick Gagnon, de l’observatoire sur les États-unis de la Chaire raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

«Les statistiques sont là pour le démontrer, dit Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire et directeur de l’Observatoire. Les dépenses militaires des Américains s’élèvent à 700 milliards cette année. En Russie, c’est environ 60 milliards. En Chine, les chiffres varient, mais aucun pays dans le monde ne dépense le cinquième du budget militaire américain.»

Les États-Unis ont encore une marge de manoeuvre, croit le professeur. «Les dépenses militaires représentent moins de 4% du PIB. Pendant la guerre du Vietnam, c’était 8% et cette proportion est montée à près de 40% pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le président n’aurait aucune difficulté, s’il y avait un autre attentat terroriste, à pousser la machine un peu plus loin.»

Avec un autre chercheur de l’Observatoire, le professeur David Grondin, de l’Université d’Ottawa, Charles-Philippe David vient de codiriger Hegemony or Empire? The Redefinition of US Power under George W. Bush (Ashgate), un ouvrage qui analyse la nature de la suprématie américaine. Le livre résulte d’un colloque international que l’Observatoire des États-Unis a tenu sur cette question en février 2005 et auquel ont contribué plusieurs chercheurs, dont Frédérick Gagnon, candidat au doctorat en science politique et également auteur d’un livre paru l’automne dernier sur Le Congrès américain (Presses de l’Université du Québec).

«Pour moi, une politique impériale, c’est une volonté de contrôle direct sur les sujets, dit Charles-Philippe David, alors que l’hégémonie, c’est plus subtil. On parle de contrôler le système international par des moyens indirects – diplomatiques, économiques, militaires – sans nécessairement annexer des territoires, avoir des bases permanentes et des colonies un peu partout à travers le monde.»

Le débat, loin d’être clos dans les cercles académiques, a été alimenté par la présence à Washington, particulièrement depuis le 11 septembre 2001, de néo-conservateurs persuadés des bienfaits que les États-Unis peuvent apporter, de force s’il le faut, aux peuples «conquis». Mais cette croyance en la supériorité des valeurs américaines est assez constante depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, note Frédérick Gagnon. «On voit en étudiant les discours des présidents américains que tous souscrivent à l’idée que ce serait une bonne chose que le monde devienne un peu plus à l’image des États-Unis et adopte les valeurs américaines de liberté et de démocratie.»

Tout est dans la façon d’exporter ces valeurs. Avec leur nouvelle majorité au Congrès, remportée lors des législatives de l’automne dernier, les Démocrates peuvent-ils infléchir la politique étrangère américaine? Dans l’immédiat, rien n’est moins sûr, croient les deux experts. D’une part, les Démocrates sont divisés sur la question irakienne. D’autre part, avec des élections présidentielles à l’horizon de 2008, ils sont condamnés à une stratégie des petits pas.

«Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, marche sur une glace bien mince en tentant de faire obstruction à la stratégie du président, qui, de toutes façons, garde son droit de veto», dit Charles-Philippe David. Son collègue est du même avis : «Comme le Congrès a le pouvoir d’adopter les budgets, les Démocrates pourraient couper les fonds au président pour continuer la guerre en Irak, dit Frédérick Gagnon. Mais ils ne le feront pas. Car même si la majorité des Américains sont maintenant contre la guerre, ils ne veulent pas qu’on mette les troupes qui sont là-bas en péril.»

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