Forestare touche du bois

Le groupe fait résonner ses 12 guitares classiques sur plusieurs scènes d’ici et de France.

15 Novembre 2007 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Photo: Nathalie St-Pierre

C’est en 2001, alors qu’il jouait en solo pour la première partie des spectacles de Richard Desjardins à Toulouse, que le guitariste Alexandre Éthier a eu l’idée de Forestare. «J’ai eu un flash: une forêt de guitares ! J’ai contacté les musiciens qui m’inspiraient et je leur ai proposé l’idée d’un groupe rendant hommage aux arbres, matière première de nos instruments », se rappelle le fondateur de l’ensemble. Depuis, le groupe a le vent dans les branches. Il a fait résonner ses 12 guitares classiques sur plusieurs scènes d’ici et de France, et son premier album éponyme, paru en mars dernier, a été chaudement accueilli. 

«La formule des grands ensembles musicaux a toujours la cote dans les écoles primaires et secondaires, mais est pratiquement inexistante au niveau universitaire», explique Alexandre Éthier, qui a étudié la guitare classique à l’UQAM avec le professeur Alvaro Pierri, comme la plupart des membres de Forestare, soit Simon Auger, Jonathan Barriault, Rémi Castonguay, Marie-Soleil Fortier (B. Mus., interprétation, 04) François Gauthier (B. Mus. enseignement, 06), Charles Gauvin, Olivier Labossière (B. Mus. interprétation, 04), Carl Marineau, Caroline Paradis (B. Mus. enseignement, 06), Rodrigo Rubilar et Julie Vincelette (B. Mus. interprétation, 06).

Les douze guitaristes sont accompagnés par le contrebassiste Mathieu Désy, tandis que le chef d’orchestre Pascal Côté (B. Mus., enseignement collectif, 00) dirige toute la bande. «Nous travaillons comme un groupe rock», affirme fièrement Alexandre Éthier. «Nous nous amusons effectivement beaucoup en répétition, mais nous travaillons aussi très fort pour que nos pièces soient impeccables en concert», précise Pascal Côté, dont le cheminement en direction d’orchestre a été influencé par le professeur Miklós Takács, fondateur et directeur du Chœur de l’UQAM.

Photo: Nathalie St-Pierre

À cheval entre deux univers, les concerts de Forestare plaisent autant aux amateurs de musique classique qu’aux adeptes de la pop. «Ça ressemble aussi parfois à du heavy metal, dit en riant Alexandre Éthier, qui ne se soucie guère que l’on tente de catégoriser son groupe. Tout ce que l’on souhaite, c’est donner un bon show.» 

C’est effectivement le cas: les musiciens de Forestare interprètent avec brio les pièces de leur répertoire éclectique, mariant intensité et virtuosité, martelant ou effleurant les cordes de leurs instruments. À certains moments, ils tapent sur le bois de leur guitare pour créer des effets inusités. Leurs prestations sont d’autant plus impressionnantes que contrairement aux musiciens classiques, ils jouent toutes les pièces de mémoire, sans partitions. Et le chef d’orchestre, qui interagit souvent avec le public, les dirige avec panache, sans pour autant jouer à la diva. «Je ne pourrais pas l’être, je suis trop jeune pour cela!» s’exclame en riant Pascal Côté. 

Forestare se démarque également des autres formations par son engagement écologiste et sa sensibilité aux réalités des Premières Nations. «Certains artistes participent à un concert-bénéfice de temps en temps pour se donner bonne conscience, observe Alexandre Éthier. Pour nous, c’est un véritable engagement. Depuis cinq ans, plus du tiers de nos spectacles ont été associés à des causes environnementales ou sociales, et nous souhaitons continuer sur cette lancée.» 

Enregistré au Domaine Forget, à Saint-Irénée, le premier album de Forestare, paru en mars dernier chez Atma Classique, fait la part belle aux compositeurs québécois, parmi lesquels Pascal Sasseville Quoquochi (Chaman), Denis Gougeon (Une Petite Musique de nuit d’été), Francis Marcoux (Selisir) et François Gauthier (Equus). «Je crois que nous sommes le seul ensemble à miser sur 90 % de répertoire québécois», souligne Alexandre Éthier. L’ami Richard Desjardins a accepté d’y chanter, accompagné par l’ensemble, ses pièces Les Yankees et La maison est ouverte. Une version adaptée (et magistralement interprétée) de Electric Counterpoint, du compositeur américain Steve Reich, ainsi que deux pièces du compositeur cubain Leo Brouwer complètent les onze pièces de ce premier album. Les critiques ont été dithyrambiques, et l’album s’est hissé parmi les meilleurs vendeurs pendant plusieurs semaines.

La pression pour le deuxième disque sera énorme, reconnaît Alexandre Éthier, mais Forestare n’en est pas encore là. Pour l’instant, le groupe peaufine un spectacle qui devrait être présenté en tournée au Québec à l’automne 2008. Les répétitions, ouvertes au public (et gratuites) ont lieu à la Casa Obscura (4381, avenue Papineau), tous les mardis de 18h30 à 22h30. Avis aux intéressés qui souhaitent découvrir la forêt en ville!

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